Après des années de blocage, la coopération entre l’Algérie et la France sur le dossier des biens mal acquis et celui relatif à l’extradition d’ex- responsables recherchés par la justice algérienne, connaîtra prochainement une nouvelle dynamique à la faveur de la visite lundi du ministre français de la Justice, Gérald Darmanin, selon l’ambassadeur de France à Alger, Stéphane Romatet.
“Evidemment, le dossier des biens mal acquis, le dossier des extraditions et le dossier de la criminalité organisée seront au cœur des entretiens entre les deux ministres (le ministre algérien de la Justice et son homologue français) et entre les magistrats spécialisés”, a-t-il déclaré à la chaine de télévision algérienne “AL24 News” en marge de la Journée internationale du vivre ensemble (16 mai de chaque année).
Affichant désormais la volonté assumée de la France de coopérer avec l’Algérie sur ces questions, M. Romatet a assuré que “le ministre de la Justice vient avec le procureur général financier, avec la procureure générale chargée de la criminalité organisée, justement pour avoir des discussions de justice à justice, pour avancer sur le dossier des biens mal acquis”. “C’est un dossier fondamental pour l’Algérie, nous en connaissons la sensibilité”, a-t-il souligné.
Selon l’ambassadeur de France en Algérie, les dossiers judiciaires intéressant les deux pays sont “très importants, très sensibles, très complexes et très nombreux”.
Il a rappelé, dans ce contexte, que le président français, Emmanuel Macron, a souhaité que le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, “vienne très vite en Algérie. Une semaine après la visite de la ministre déléguée aux Armées”.
“Il vient avec une très importante délégation de magistrats (…) pour avancer. Nous espérons vraiment beaucoup de cette visite”, a-t-il ajouté.
Les discussions, a poursuivi M. Romatet, porteront également sur “la lutte contre le narcotrafic qui est un sujet majeur et pour la France et pour l’Algérie”.
Par ailleurs, il a annoncé la relance immédiate des travaux de la commission mixte des historiens, témoignant de la volonté de Paris de consolider le rapprochement amorcé ces dernières semaines entre les deux capitales.
“Le président (Macron) a décidé que la Commission mixte des historiens reprendrait, sans délai, ses travaux, pour qu’ensemble, nous avançons sur ce chantier de la mémoire qui est si important pour l’Algérie”, a-t-il indiqué.
“Une démarche de mémoire, qui consiste, aussi, à regarder la vérité de l’histoire, dans ce qu’elle a de plus difficile, de plus tragique. C’était le sens de la commémoration de Sétif, le 8 mai”, a-t-il encore déclaré.
La Commission se penchera, ainsi, sur les questions de “l’accès aux archives, la numérisation, les programmes d’échange entre historiens, scientifiques, mais aussi sur la question des restitutions”. “Tout ceci est au menu de la prochaine réunion de la Commission mixte des historiens que nous souhaitons qu’elle se tienne dans les quelques jours, sinon dans les quelques semaines à venir”, a-t-il fait savoir.
Evoquant la détente entre les deux pays après une période de fortes tensions, l’ambassadeur de France en Algérie a mis en avant la volonté des présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron “d’accélérer la reprise du dialogue”.
“Il y a un désir des deux chefs d’Etat, du président (Emmanuel) Macron et du président (Abdelamdjid) Tebboune, d’accélérer la reprise du dialogue, en confiance, en partenariat, et dans le respect entre nos deux pays”, s’est félicité François Romatet.
Il a salué, par ailleurs, “l’écho extraordinaire” et l’esprit de “concorde” ainsi que d'”unité nationale” ayant entouré la visite du Pape Leon XIV en Algérie.