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May 20, 2026

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Isabelle Lourenço au sujet de l’inculpation de Zapatero: Plus Ultra et les zones d’ombre d’une trajectoire politique

« L’affaire Plus Ultra ouvre une nouvelle séquence judiciaire et politique autour de José Luis Rodríguez Zapatero », analyse Isabelle Lourenço, chercheuse au Centre d’études africaines de l’Université de Porto.

Par Racha Selmi

« L’affaire Plus Ultra ouvre une nouvelle séquence judiciaire et politique autour de José Luis Rodríguez Zapatero », analyse Isabelle Lourenço, chercheuse au Centre d’études africaines de l’Université de Porto.

Selon El Independiente, le juge José Luis Calama, de l’Audience nationale espagnole, situe l’ancien président du gouvernement espagnol au centre présumé d’une structure « stable et hiérarchisée » de trafic d’influence, liée au sauvetage public de la compagnie aérienne Plus Ultra, qui avait reçu 53 millions d’euros d’aide de la SEPI pendant la pandémie.

Le magistrat soupçonne l’existence d’un réseau organisé utilisant sociétés interposées, documents de conseil ou de consultance et circuits financiers opaques pour obtenir des décisions favorables auprès d’organismes publics. Zapatero est convoqué comme mis en examen le 2 juin, notamment pour trafic d’influence présumé et blanchiment de capitaux présumé. Il nie toute irrégularité et affirme n’avoir jamais effectué de démarche liée au sauvetage de Plus Ultra.

« Ce dossier est particulièrement sensible parce qu’il touche plusieurs dimensions à la fois : l’argent public, les réseaux d’influence, les liens avec le Venezuela et le rôle d’un ancien chef de gouvernement qui a continué, après son départ de La Moncloa, à peser dans certains espaces diplomatiques et économiques », souligne Isabelle Lourenço.

D’après les éléments rapportés par El Independiente, l’enquête s’intéresse aussi à des paiements qui auraient transité par différentes sociétés et dont une partie aurait bénéficié à Zapatero ou à son entourage familial. Reuters rapporte que l’enquête évoque environ 1,95 million d’euros dissimulés à travers des sociétés-écrans, documents simulés et canaux financiers opaques, toujours au stade des accusations judiciaires et sans condamnation à ce jour.

« Mais cette affaire ne surgit pas dans le vide », poursuit Isabelle Lourenço. Elle s’ajoute à une longue série de controverses qui ont accompagné la carrière politique et post-politique de Zapatero. Le premier exemple est évidemment le Venezuela. Depuis plusieurs années, l’ancien président espagnol s’est présenté comme médiateur dans la crise vénézuélienne. Pour ses défenseurs, il a joué un rôle de facilitateur dans des processus de dialogue et de libération de prisonniers.

Mais pour une partie de l’opposition vénézuélienne et de la droite espagnole, son rôle a plutôt contribué à offrir du temps, de l’oxygène politique et une forme de légitimation internationale au chavisme. Reuters rappelait déjà en 2017 que le dialogue de 2016, mené avec la participation de Zapatero et du Vatican, n’avait pas permis d’avancer sur les demandes centrales de l’opposition.

Cette proximité avec les dossiers vénézuéliens devient encore plus problématique dans l’affaire Plus Ultra, car la compagnie avait des liens avec le Venezuela et opérait sur des lignes entre l’Espagne et l’Amérique latine. « C’est précisément cette intersection entre médiation politique, réseaux économiques et intérêts aériens qui nourrit aujourd’hui les soupçons », estime Isabelle Lourenço. Même si Zapatero rejette catégoriquement toute implication illégale, l’image qui ressort est celle d’un ancien dirigeant devenu intermédiaire d’influence dans des espaces où les frontières entre diplomatie, affaires et pouvoir politique apparaissent de plus en plus floues.

« Ainsi, l’affaire Plus Ultra ne doit pas être lue seulement comme un épisode judiciaire isolé. Elle révèle une continuité : celle d’un ancien président socialiste qui, après son passage au pouvoir, a conservé un rôle d’intermédiaire dans plusieurs dossiers géopolitiques sensibles — Venezuela, Maroc, Sahara Occidental — tout en restant proche de réseaux économiques et politiques influents », analyse Isabelle Lourenço.

Ce qui est aujourd’hui en jeu n’est donc pas seulement la responsabilité pénale éventuelle de Zapatero, qui devra être établie par la justice. C’est aussi la question plus large de la transformation d’anciens responsables d’État en acteurs privés d’influence, capables de mobiliser leur carnet d’adresses, leur prestige institutionnel et leurs relations internationales au service d’intérêts économiques ou diplomatiques.

« Le cas Zapatero met en lumière un problème structurel : l’absence de séparation nette entre service public, médiation internationale, lobbying et bénéfices privés. Même sans condamnation, l’accumulation des controverses affaiblit l’image d’un homme politique longtemps présenté comme une figure de dialogue et de paix. Elle oblige aussi à poser une question plus profonde : jusqu’où un ancien chef de gouvernement peut-il utiliser son capital politique sans tomber dans une zone grise où l’influence devient commerce, et où la diplomatie devient instrument d’intérêts privés ? », conclut Isabelle Lourenço.

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