A l’occasion de la promotion de son livre, La vérité sur le Système Epstein, Alain Bauer, professeur émérite au conservatoire national des arts et métiers et écrivain est revenu sur l'affaire Epstein, estimant que le monde s'apprête à découvrir un immense scandale d'abus sexuels interconnectés, impliquant les figures les plus puissantes de l'argent et de l'État.
«Nous sommes à l'aube de la grande affaire de prédation sexuel entre la finance et la politique», a-t-il déclaré, affirmant que les cercles de la haute finance (banquiers, milliardaires, fonds d'investissement) et les cercles du pouvoir politique sont intimement liés, et que ces deux mondes partagent ou couvrent les mêmes dérives et abus sexuels et où la France y joue un rôle central à cause des complices et des ramifications locales du dossier.
Alain Bauer a expliqué qu'on passe enfin du domaine de la rumeur et du complotisme au domaine des faits judiciaires et scientifiques. La révélation de ces documents permet, selon lui, pour la première fois d'analyser de manière détaillée ce qui est vérifié, validé et documenté. «On sait qu'il y a un système américain, mais maintenant on découvre qu'il y a un système anglais et aussi un dossier français».
La France n'était pas juste un lieu de vacances pour Epstein. Il existait un volet français structurel, notamment à travers Jean-Luc Brunel (le rabatteur français) et l'appartement parisien d'Epstein qui servait de point de chute. Ces documents prouvent que des connexions, des victimes potentielles, et possiblement des complices ou des clients français de haut rang font partie intégrante de ce réseau.
«Comme Mme la procureure de Paris l'a répété l'autre jour : cela a permis d'ouvrir deux nouvelles enquêtes. Une sur les volets financiers : qui a payé quoi et qui a été corrompu. Et une sur le volet de la prédation sexuelle. Et sur le volet de la prédation sexuelle, il y a onze nouvelles plaintes en France depuis février», a-t-il indiqué, notant que les chiffres et les décisions judiciaires prouvent que la branche française du réseau est potentiellement aussi vaste et grave qu'aux États-Unis ou au Royaume-Uni
Le criminologue français a estimé que la découverte de cette affaire n'est que la face émergée du plus grand réseau d'abus sexuels jamais vu, une affaire d'État mondiale où la haute finance et la politique sont intimement corrompues. Il a expliqué qu'Epstein a inventé la franchise de la pédocriminalité d'élite.
Il n'était que le rouage central — l'entremetteur — d'une machine infernale conçue pour lier la finance et la politique par le secret, le plaisir illégal et le chantage. «Jeffrey Epstein, c'est un entremetteur, c'est un demi-mondain. C'est quelqu'un qui rend des services à tout le monde, la perversité sexuelle et la pédocriminalité en plus. Et il faut bien comprendre : Epstein, ce n'est pas le premier prédateur sexuel, mais c'est le modèle de la prédation», a-t-il poursuivi.
Les explications d’Alain Bauer sont sans équivoque. Pour lui, un «EpsteinGate» à la française est en marche. Les nouvelles plaintes et les enquêtes financières démontrent que la France abritait un pilier majeur de ce réseau de criminalité sexuelle internationale, et que les élites financières et politiques françaises risquent d'être directement éclaboussées par les investigations à venir. C’est pour cela que faire tomber Epstein et ses complices directs ne suffit pas, il faut maintenant démanteler tout le réseau de puissants qui ont profité de ce modèle.
Alors que le criminologue Alain Bauer révèle l'existence de nouvelles plaintes et évoque une explosion à venir dans l'affaire Epstein, est-ce par peur du scandale qu’une enquête parlementaire à l'Assemblée nationale a été refusée ? En tout cas, le refus d'ouvrir une telle commission par Yaël Braun-Pivet suscite de vives questions.
L’opposition française a qualifié ce refus de manœuvre politique visant à étouffer le scandale. Pour les opposants, l'argument juridique de la séparation des pouvoirs brandi par Yaël Braun-Pivet n'est qu'un prétexte commode : ils rappellent qu'une commission d’enquête n’a pas pour but de juger des individus, mais de mettre en lumière les complicités étatiques, les failles des services de renseignement et l'impunité dont a bénéficié le réseau Epstein sur le sol français.
L'idée que des élites françaises aient pu fréquenter ce réseau ou fermer les yeux nourrit la suspicion que le pouvoir politique cherche à éviter un déballage public hors du contrôle du secret de l'instruction judiciaire.
Pour le criminologue, l'affaire Epstein est en train de devenir un scandale d'État en France, et non plus une simple affaire étrangère dont la France serait spectatrice. Affaire à suivre, donc.
Hanane Ben