La France vit ces derniers jours au rythme du scandale de Jeffrey Epstein. Un scandale qui remonte le temps pour dévoiler le nom d’un diplomate français visé en 2013 par une enquête du FBI et de l’ONU, pour des soupçons de consultations de sites pédopornographiques, avant de quitter en urgence les États-Unis.
Des documents révélés par la justice américaine montrent aujourd’hui la grande proximité du diploate français avec Jeffrey Epstein, lorsqu’il était en poste à New York.
C’est un mail parmi des centaines de milliers figurant dans les « Epstein Files » divulgués par le ministère de la justice des États-Unis. Une goutte d’eau qui apparaît pourtant aujourd’hui comme une bombe à fragmentation pour la diplomatie française.
Le 13 avril 2016, la directrice financière de la banque Edmond de Rothschild envoie par courriel à Jeffrey Epstein un lien vers un article de blog dont le titre est explicite : « Un scandale de pédophilie étouffé par le Quai d’Orsay. »
L’article en question est en fait une reprise d’informations contenues dans un livre fraîchement paru du grand reporter Vincent Jauvert, “La Face cachée du Quai d’Orsay (Robert Laffont)”.
Le journaliste y raconte qu’un diplomate français en poste au siège de l’ONU, à New York, aurait été visé quelques années plus tôt par une enquête du Federal Bureau of Investigation (FBI) concernant des consultations présumées de sites pédopornographiques. Il explique aussi comment celui-ci aurait été discrètement exfiltré des États-Unis quand l’affaire s’est ébruitée au sein de la représentation française de l’organisation internationale.
Mais il y a un fait notable dans le récit de Vincent Jauvert : aucun nom n’est cité. Pourtant, Jeffrey Epstein sait, lui, de qui il est question. Sitôt après avoir été alerté par la dirigeante de la banque Edmond de Rothschild, le financier pédocriminel fait en effet immédiatement suivre le message, sans autre forme de commentaire, à deux diplomates : le Norvégien Terje Roed-Larsen, envoyé spécial auprès du secrétariat général de l’ONU, et son principal conseiller, le Français Fabrice Aidan.
Or, ce dernier est bien l’homme dont parle le journaliste dans son livre, selon des sources concordantes citées par Mediapart au sein de l’ONU et du Quai d’Orsay.
D’après le média français, l’ONU est alertée en 2013 par le FBI de l’existence d’une enquête susceptible de mettre en cause un de ses agents à New York. L’ONU décide alors d’ouvrir une enquête interne. Avant même son terme, Fabrice Aidan quitte son poste et parvient à être rapatrié en France en urgence.
« Fabrice Aidan a été employé par les Nations unies, détaché par le gouvernement français, de juillet 2006 jusqu’à sa démission en avril 2013. Au moment de sa démission, une procédure disciplinaire interne était en cours », fait savoir un officiel de l’ONU.
Représentant permanent de la France à l’ONU à l’époque, l’ambassadeur Gérard Araud confirme à Mediapart avoir pris connaissance d’un rapport du FBI envoyé au service de sécurité de l’organisation. « Il était question de consultations de sites pédopornographiques, mais pas de passage à l’acte. J’ai fait savoir au secrétariat général de l’ONU que je m’en occupais. Même si M. Aidan n’était pas sous mon autorité directe, je lui ai demandé de quitter tout de suite son poste, ce qu’il a fait. Je ne sais quelles sont les suites qui ont été données par le Quai d’Orsay », explique-t-il.
Selon le récit du livre de Vincent Jauvert, confirmé à Mediapart par une source haut placée du Quai d’Orsay informée du dossier, Fabrice Aidan a alors discrètement quitté les États-Unis via le Canada pour rentrer à Paris. Confronté à ce récit, Gérard Araud dit ne pas se souvenir des conditions de départ du diplomate, si ce n’est qu’il est parti par ses propres moyens. Fabrice Aidan bénéficie de la présomption d’innocence.
Quand Fabrice Aidan se mettait en quatre pour que Jeffrey Epstein soit invité à Abou Dhabi à la table de responsables gouvernementaux et des financiers locaux. Fabrice Aidan, rattaché à la direction Afrique du Nord et Moyen-Orient du ministère français des affaires étrangères, a multiplié par la suite les postes prestigieux dans des institutions privées ou publiques. Il a notamment travaillé auprès de la directrice générale de l’Unesco, Audrey Azoulay, puis a été recruté par le géant de l’énergie Engie, comme chargé des relations internationales, fonction dont il a été suspendu mardi 10 février, confirme un porte-parole du groupe auprès de Mediapart.
Avant cela, le diplomate avait aussi été embauché par la banque Edmond de Rothschild, qui, d’après nos informations, l’avait licencié quelques semaines après la publication du livre de Vincent Jauvert.
Une source interne indique à Mediapart que l’ex-directrice de la banque s’était inquiétée de pouvoir reconnaître Fabrice Aidan derrière le portrait-robot dressé par le billet de blog qu’elle s’était empressée d’envoyer à Jeffrey Epstein, dont elle connaissait la proximité avec l’agent français.
La consultation des messages échangés pendant plusieurs années entre Jeffrey Epstein et Fabrice Aidan permet de comprendre l’impensable situation de sujétion et de compromission dans laquelle le diplomate semble s’être mis vis-à-vis du criminel qui fait trembler la planète.
Mardi soir 10 février, le Quai d’Orsay réagit « Je saisis ce soir le procureur de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale pour lui signaler les faits présumés mettant en cause Monsieur Fabrice Aidan. Je diligente par ailleurs une enquête administrative pour contribuer au travail de la justice et lance une procédure disciplinaire », a écrit le ministre français des affaires étrangères Jean-Noël Barrot sur le réseau social X.
Lundi 9 février, Fabrice Aidan supprimait son compte sur le réseau social LinkedIn, où il était jusqu’ici très actif.