Par Hanane Ben

Rien ne va plus entre l'opposition, les médias espagnols et le gouvernement Sanchez. Enquêtes et révélations se multiplient dans la presse ibérique pour dénoncer les versements millionnaires accordés au Maroc par Madrid et Bruxelles pour la gestion des frontières. Un soutien financier de 158 millions d'euros qui passe d'autant plus mal que les services de renseignement mettent en cause la passivité, voire la complicité de Rabat lors des récentes poussées migratoires à Ceuta.

Dans une enquête du média espagnol THE OBJECTIVE, les journalistes mettent en lumière l'ampleur des engagements financiers consentis par le gouvernement de Pedro Sanchez et la Commission européenne en faveur du Maroc. Depuis 2019, la coopération économique et institutionnelle avec le royaume chérifien s'élève à au moins 158,47 millions d'euros. Cette enveloppe globale se divise en deux leviers majeurs : d'une part, 92,37 millions d'euros d'aides directes accordées par le ministère espagnol de l'Intérieur pour financer la coopération policière et le matériel d'intervention ; d'autre part, 66,1 millions d'euros déployés à travers neuf projets gérés par la fondation publique FIAP et financés par Bruxelles, visant notamment la modernisation de la Justice marocaine et le renforcement des contrôles frontaliers.

L'article souligne cependant un contraste saisissant entre ce soutien financier massif et l'enchaînement des crises diplomatiques et sécuritaires entre les deux voisins. Malgré des versements censés endiguer l'immigration clandestine et lutter contre les réseaux de traite d'êtres humains, la relation bilatérale a été ébranlée par l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario, la crise d'espionnage liée au logiciel Pegasus, ou encore le virage historique de Madrid sur le dossier du Sahara Occidental. Pour le journal, ces investissements millionnaires interrogent d'autant plus que les drames humains et les tensions aux frontières de Ceuta et Melilla n'ont jamais cessé.

L'enquête prend une tournure plus critique encore en abordant les récentes procédures menées devant l'Audience nationale espagnole au sujet des événements de Ceuta. S'appuyant sur des rapports de la Police nationale et du Centre national d'intelligence (CNI), le média révèle que les autorités de Rabat étaient parfaitement informées à l'avance des risques de poussées migratoires massives. Pire encore, les enquêteurs pointent du doigt la passivité orchestrée des forces marocaines, voire la participation active de certains agents pour guider les flux vers le territoire espagnol, remettant ainsi directement en cause l'efficacité et la bonne foi d'un partenariat financier pourtant soutenu à bras-le-corps par Madrid.

Une situation paradoxale qui alimente la controverse à Madrid, où l'opposition et une partie de la presse accusent désormais le pouvoir espagnol de financer à fonds perdus un partenaire pour le moins imprévisible.