Par Hanane Ben

L'Algérie ne se contente plus d'être un simple exportateur de gaz et de pétrole, mais joue un rôle de plus en plus stratégique de pilier de la stabilité énergétique entre l'Afrique et l'Europe. Porté par un cadre juridique renouvelé et des investissements colossaux de 60 milliards de dollars, le pays s'impose comme un verrou géopolitique de fiabilité, capable de fournir des molécules de gaz indispensables à court terme tout en préparant les réseaux d'énergie propre de demain.

ALNAFT (l’Agence Nationale pour la Valorisation des Ressources en Hydrocarbures) a officiellement lancé l'appel d'offres international nommé « Algeria Bid Round 2026 » le 19 avril 2026. Retour sur une opération d'envergure au cœur d'un plan d'investissement de 60 milliards de dollars pour le Sahara algérien, les détails clés de ce nouveau cycle de licences et son impact sur l'avenir énergétique de la région.

Sept blocs d'exploration et de production sont proposés dans cet appel d’offre. Situés dans les bassins du Sud algérien (Berkine, Illizi, Oued Mya, Benoud et Amguid), ils couvrent notamment les wilayas d'Ouargla, Illizi, Touggourt et El Bayadh. Ces périmètres recèlent un potentiel évalué à environ 1,8 milliard de barils de pétrole ainsi que d'importants volumes de gaz naturel.

Ce tour d'enchères s’inscrit sous le régime de la Loi 19-13 sur les hydrocarbures, pensée pour offrir un cadre fiscal incitatif et sécurisé pour les investisseurs internationaux.

Pour ce qui est du partage de production, il est stipulé que 6 des 7 blocs sont proposés sous forme de Contrats de Partage de Production avec Sonatrach, le 7ᵉ étant proposé en contrat de participation (où Sonatrach détient au minimum 51 %).

L'opération s'inscrit dans la stratégie globale de l'Algérie visant à soutenir un programme d'investissements du secteur énergétique estimé entre 50 et 60 milliards de dollars afin de renforcer les capacités de production et d'exportation notamment vers l'Europe.

Le calendrier officiel établi par ALNAFT pour l'« Algeria Bid Round 2026 » a débuté par le lancement officiel de l'appel d'offres, effectué le 19 avril 2026 à Alger.

La procédure s’est poursuivie avec l'ouverture de la Data Room virtuelle et l'accès aux données techniques le 1ᵉʳ juin 2026, permettant aux investisseurs d'étudier les sept blocs d'exploration proposés. 

Les compagnies pétrolières auront jusqu'au 26 novembre 2026 pour déposer leurs offres finales, date à laquelle s'effectueront l'ouverture des plis et l'attribution des périmètres. Enfin, le processus s'achèvera le 31 janvier 2027 avec la signature officielle des contrats d'hydrocarbures entre Sonatrach et les partenaires retenus.

Les grands axes définis par Sonatrach sur ce programme d'investissement

Dans le cadre de ses orientations stratégiques et de son plan de développement à moyen terme (2026–2030), le groupe Sonatrach s'aligne pleinement avec la dynamique d'attraction des investissements étrangers avec des axes bien définis pour un budget colossal de 50 à 60 milliards de dollars.

Près de 75 % du montant total (soit environ 36 à 45 milliards de dollars) sont consacrés exclusivement aux activités d'exploration et de production.

L'objectif étant de reconstituer et d'accroître les réserves nationales de pétrole brut et de gaz naturel pour soutenir les capacités d'exportation (notamment vers le marché européen) tout en répondant à la demande intérieure croissante.

De ce fait, Sonatrach agit comme le partenaire clé dans ce cadre : 6 des 7 blocs de l'« Algeria Bid Round 2026 » étant proposés en PSA, Sonatrach codéveloppera ces gisements aux côtés des majeurs internationales sélectionnées.

Le cadre légal de la Loi 19-13 sur les hydrocarbures permet à Sonatrach d’offrir un partenariat flexible, réduisant le risque financier pour les investisseurs tout en maintenant la souveraineté nationale (majorité de 51 % conservée dans les contrats).

Il est noté qu’environ 13 % du budget d'investissement est injecté dans le raffinage, la pétrochimie et la transformation chimique (polypropylène, MTBE, complexe intégré de phosphate). Le but : évoluer d'un modèle basé uniquement sur l'extraction vers une industrie intégrée créatrice de valeur ajoutée sur le sol algérien.

Par ailleurs, le géant national intègre dans ses investissements la modernisation des infrastructures, la numérisation des processus et la réduction de l'empreinte carbone (baisse des émissions de méthane et élimination du torchage du gaz) pour répondre aux standards internationaux des partenaires mondiaux.

L’utile rapport de l'USGS concernant l'Algérie

Dans son rapport d'évaluation (Fact Sheet 2026-3005 publié le 22 avril 2026), l'USGS (U.S. Geological Survey / Institut d'études géologiques des États-Unis) fournit une confirmation scientifique majeure du potentiel sous-terrain algérien, directement liée aux zones ouvertes à l'investissement par ALNAFT.

Selon les conclusions clés du rapport de l'USGS, l’Algérie possède des réserves colossales estimées en gaz non conventionnel : 80,1 trillions de pieds cubes (TCF) de gaz de schiste techniquement récupérables (moyenne estimée selon une méthodologie géologique rigoureuse) et 275 millions de barils de liquides de gaz naturel (NGL) associés à ces formations.

L'étude scientifique en question a ciblé la province des bassins du Grand Erg et d'Ahnet, qui englobe précisément les structures géologiques sous-jacentes des blocs proposés dans l'appel d'offres d'ALNAFT.

Pourquoi ce rapport est capital pour l'attractivité de l'Algérie ? L'évaluation de l'USGS apporte une validation géologique internationale et indépendante qui rassure les investisseurs étrangers (majors américaines et européennes) préparant leurs offres pour le 26 novembre 2026. Aussi, la présence de ces volumes massifs de gaz (conventionnel et non conventionnel) confirme la pertinence du programme quinquennal de Sonatrach et explique l'empressement des géants de l'énergie vers le Sahara algérien.

The Geopolitical Desk, Strago International et IEA

Dans leurs analyses de l'« Algeria Bid Round 2026 », les cabinets d'analyse géopolitique et de conseil en risque stratégique (The Geopolitical Desk et Strago International) apportent un éclairage complémentaire sur les facteurs d'attractivité et les défis de cet appel d'offres.

Pour The Geopolitical Desk, l'Algérie est un havre de stabilitécar face aux perturbations régionales et aux tensions sur les routes maritimes majeures, il souligne que l'Algérie offre un profil de risque géopolitique particulièrement attractif pour les investisseurs européens.

Il a indiqué, également, que la présence de gazoducs directs vers l'Europe (notamment l'Espagne et l'Italie) et d'infrastructures GNL mature fait de l'Algérie un partenaire clé pour la sécurité énergétique européenne. Le pays tire parti de la réorientation stratégique des pays européens qui cherchent à diversifier leurs importations au détriment du gaz russe.

Quant à Strago International, ce dernier met en avant le fait que les 7 blocs proposés ne se situent pas dans des zones dites « frontières » (inexplorées et hautement spéculatives), mais dans des bassins producteurs avérés (Berkine, Illizi, Touggourt). La proximité des infrastructures de transport et de traitement existantes réduit considérablement, selon lui, les coûts de développement (CAPEX) et le délai de mise en production.

Pour ces analystes, la flexibilité contractuelle offerte par ALNAFT (contrats de partage de production PSA et contrats de participation) associée au nouveau cadre fiscal confirme la volonté de l'Algérie à moderniser son secteur, tout en jugeant que le succès final du plan d'investissement dépendra du strict respect du calendrier d'attributions et de signature des contrats (visé au 31 janvier 2027).

Concernant l'Agence Internationale de l'Énergie (IEA), elle a analysé la stratégie énergétique de l'Algérie et l'« Algeria Bid Round 2026 » sous un angle à la fois sécuritaire (pour l'Europe) et environnemental. L’organisation a souligné le rôle stratégique crucial de l'Algérie, désormais positionnée comme l'un des trois plus grands fournisseurs de gaz naturel de l'Union européenne, aux côtés de la Norvège et des États-Unis en GNL, en mettant en avant l'avantage compétitif des gazoducs directs (Medgaz et Transmed) et des capacités de GNL algériennes, qui permettent de répondre rapidement aux pics de demande hivernaux en Europe avec un coût d'acheminement inférieur au GNL américain ou du Golfe.

L'AIE n’a pas manqué de rappeler que pour vendre son gaz sur le marché européen à long terme, l'Algérie doit répondre à des normes environnementales strictes.

Elle a salué les engagements pris par Sonatrach pour réduire les fuites de méthane et éliminer le torchage de gaz d'ici 2030 sur les sites de production, estimant que le gaz récupéré permettra d'augmenter le volume disponible pour l'exportation sans augmenter les prélèvements.

Quant à la transition de l’Algérie vers l'hydrogène vert et les énergies renouvelables, l’Agence encourage l'Algérie à utiliser les revenus des hydrocarbures issus de ce plan de 60 milliards de dollars pour financer le développement de l'énergie solaire et le projet de hub d'hydrogène vert (South2 Corridor) destiné à exporter de l'énergie propre vers l'Europe centrale via l'Italie.

L'Algérie se retrouve, plus que jamais, en position de force à l'aube de cette nouvelle ère énergétique. Un plébiscite international unanime qui confirme que le pays ne dispose pas seulement de ressources exceptionnelles, mais aussi du cadre et de la stabilité nécessaires pour les valoriser.