Par Hanane Ben

Le journaliste franco- marocain Ali Lmrabet, arrêté le 12 juillet à Tanger, a été remis en liberté à Casablanca ce 15 juillet en attendant les conclusions de l'enquête pour des contenus « diffamatoires et injurieux ».

Ancien diplomate devenu journaliste, Ali Lmrabet est l’un des intellectuels marocains les plus critiques de la monarchie et des institutions du Maroc. Il a été arrêté à son arrivée à l'aéroport international de Tanger-Ibn Battouta, alors qu'il venait d'Espagne où il vit en exil depuis plusieurs années.

Au parcours marqué par de lourds antécédents de poursuites judiciaires, de peines de prison et d'une interdiction d'exercer sa profession pendant dix ans au Maroc, il a été transféré aux services de sécurité avant d'être remis en liberté ce 15 juillet à Casablanca, dans l'attente des résultats d'une enquête ouverte à son encontre pour des contenus qualifiés de diffamatoires et injurieux.

Malgré les pressions et son éloignement géographique, il n'a jamais cessé de commenter l'actualité politique marocaine en diffusant ses propres podcasts et en collaborant activement avec différents médias d'envergure internationale, notamment espagnols, français et britanniques.

L’Association marocaine des droits humains (AMDH), principale organisation de défense des libertés au Maroc, a immédiatement et fermement condamné l'arrestation d'Ali Lmrabet, qualifiant cette procédure de « répression politique » visant à faire taire une voix dissidente historique.

L'association s'est insurgée contre l'utilisation systématique de la détention et de la garde à vue dans des dossiers liés à la liberté d'expression, exigeant des clarifications immédiates sur le transfert du journaliste de Tanger à Casablanca et dénonçant une tentative récurrente d'instrumentaliser le droit pénal pour punir des délits d'opinion.

Pour l'AMDH, cette interpellation bafoue non seulement la présomption d'innocence mais viole également de manière flagrante les engagements internationaux du Maroc en matière de droits humains et de liberté de la presse.

De son côté, le Comité des journalistes pour une presse libre et indépendante a tenu à rappeler qu'aucune poursuite liée à un travail de publication ou à l'expression d'une opinion ne devrait conduire à des mesures privatives de liberté.

Tout en admettant que la liberté de la presse ne confère pas d'immunité juridique absolue, ce collectif professionnel insiste sur le fait que tout litige éditorial doit être examiné exclusivement sous le régime du Code de la presse et de l'édition, et non sous celui du Code pénal. 

Le comité estime que le recours à la garde à vue à l'encontre d'un journaliste de la stature d'Ali Lmrabet constitue un dangereux précédent qui instaure un climat de censure et d'intimidation pour l'ensemble des professionnels des médias au Maroc.

Enfin, l'instance de défense des droits humains « Homam » a dénoncé ce qu'elle qualifie d'acharnement politico-judiciaire continu contre Ali Lmrabet, rappelant le lourd historique de sanctions démesurées et d'interdictions d'exercer dont il a été victime tout au long de sa carrière. Le collectif a exigé l'arrêt immédiat de toutes les poursuites et du harcèlement sécuritaire visant le journaliste, affirmant que le ciblage répété des figures critiques de l'exil marocain nuit gravement à l'image du pays et restreint de façon alarmante l'espace civique et le droit à la dissidence.

L’affaire Ali Lmrabet résume à elle seule un pouvoir aux abois qui, ne respecte aucune procédure, et choisit la manière forte pour neutraliser ses opposants.