Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a adressé, vendredi à Addis-Abeba, une allocution aux participants aux travaux du Comité des chefs d’Etat et de Gouvernement africains sur le changement climatique (CAHOSCC), lue par le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, dont voici la traduction APS :
“Au nom d’Allah, Clément et Miséricordieux,
Prière et paix sur le plus noble des Messagers,
Excellences, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,
Monsieur le président de la Commission de l’Union africaine,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout d’abord, d’adresser mes remerciements et de dire ma profonde gratitude à Son Excellence, Dr William Samoei Ruto, président de la République du Kenya, pays frère, pour son aimable invitation à la tenue de cette importante réunion.
Mes remerciements vont également à M. Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine (UA), pour ses efforts soutenus au service de nos causes continentales.
Je tiens aussi à adresser mes chaleureuses félicitations au Premier ministre éthiopien, M. Abiy Ahmed, à l’occasion de l’organisation par son pays de la 39e session du Sommet de l’Union, en leur souhaitant à tous plein succès et en leur réitérant notre soutien total.
Mesdames et Messieurs,
Les effets délétères du changement climatique se sont transformés en un véritable obstacle entravant le processus de développement, en particulier dans notre continent africain, qui fait face au manque de financements nécessaires à l’adaptation climatique, dans un contexte marqué par la hausse de l’inflation mondiale et l’endettement de nombre de nos pays à des niveaux insoutenables. Cette réalité est devenue un facteur d’exacerbation des conflits, d’aggravation de la pauvreté et d’augmentation des inégalités, en particulier dans les pays les moins développés.
L’énorme paradoxe est que l’Afrique, qui n’a historiquement contribué qu’à une part infime des émissions mondiales de carbone, est celle qui souffre le plus des conséquences du changement climatique et qui bénéficie le moins du financement climatique indispensable pour investir dans des projets d’adaptation et de résilience.
Pis encore, nous faisons aujourd’hui face à des pressions pour sacrifier notre sécurité alimentaire et énergétique afin de supporter le fardeau des pays qui n’assument pas leurs responsabilités historiques en invoquant leurs priorités stratégiques.
Nous ne saurions ignorer ici les mesures commerciales unilatérales, dépourvues de tout fondement scientifique prouvant leur efficacité dans la lutte contre le changement climatique, alors que les études confirment leurs effets économiques et financiers dévastateurs sur la capacité de nos pays en développement à financer leurs politiques de développement.
Il est inacceptable d’avoir à subir les conséquences de tendances protectionnistes de parties extérieures, alors que ces mêmes parties se dérobent à leurs responsabilités évidentes.
Ce que nous avons observé lors de la dernière session de la conférence des parties (COP30), émaillée de tentatives de réécriture des principes de l’Accord de Paris, est une preuve éloquente du dangereux dérapage dans lequel certains pays développés cherchent à entraîner nos économies.
Nous affirmons depuis cette tribune que le respect effectif des engagements climatiques est tributaire de la réalisation d’une véritable justice climatique, incarnant les principes d’équité et de responsabilités communes, mais différenciées, ainsi que de la nécessité pour les pays développés de mener les efforts mondiaux, en réduisant leurs émissions et en fournissant le soutien financier et technologique nécessaire aux pays en développement, notamment africains.
De même, la réalisation d’une transition énergétique juste et le renforcement de la résilience face aux chocs climatiques nécessitent des mécanismes de financement plus flexibles et mieux adaptés, capables de combler le manque de ressources et d’accompagner les lourdes charges financières, en tenant compte des exigences du développement durable et de la responsabilité historique qui incombe aux économies développées dans la dégradation climatique actuelle.
Mesdames et Messieurs, L’Algérie souligne la nécessité de préserver la cohésion du groupe africain lors des prochaines négociations internationales, d’œuvrer pour une transition juste bénéficiant à l’ensemble de nos pays, tout en s’écartant des approches individuelles qui ignorent une réalité immuable dans notre continent, l’adoption d’une position unifiée étant la voie idéale pour défendre nos intérêts communs, bâtir des partenariats internationaux et régionaux ambitieux, accroître les financements destinés à nos pays et faciliter le transfert technologique pour faire face au dilemme climatique persistant.
Dans ce contexte, cette approche doit tenir compte des circonstances nationales et des capacités disparates de nos pays, notamment à la lumière du recul notable du financement international. Face aux difficultés croissantes rencontrées par nos économies dans les équations climatique et commerciale, il est devenu impératif d’adopter une démarche qui réponde réellement à nos besoins et qui encourage les initiatives régionales et continentales, ainsi que la coopération Sud-Sud.
Comme contribution à cet effort continental, l’Algérie a travaillé au lancement d’une initiative visant à créer une force civile africaine pour faire face aux catastrophes naturelles, assurant une réponse immédiate et efficace et apportant le soutien nécessaire aux pays impactés.
Dans les domaines de l’énergie et de la gestion des ressources hydriques, l’Algérie entend créer une synergie et une coopération bilatérale et régionale pour renforcer les capacités des pays voisins et échanger les meilleures pratiques, dont le projet d’interconnexion énergétique avec les pays du Sahel et l’initiative d’extension et de réhabilitation du barrage vert, qui comprend la mise en valeur de 4,7 millions d’hectares et la réhabilitation de 500.000 hectares, entre autres opportunités importantes visant à renforcer notre viabilité et le bien-être de nos peuples.
Monsieur le Président, Notre continent a toujours été une source intarissable de richesses, dont les peuples ont été privés des décennies durant, en raison de politiques coloniales racistes. Il lui appartient aujourd’hui d’occuper la place qui sied à son potentiel et à son histoire, à la lumière d’un système international multilatéral aspirant à réaliser la justice climatique et à garantir le droit au développement.
Pour atteindre cet objectif, nous devons faire en sorte que les acquis de notre développement ne se perdent pas dans le flux des mutations géopolitiques effrénées. L’Algérie, pour sa part, est prête à contribuer par tous ses moyens à la réalisation de ce noble objectif.
Je vous remercie pour votre attention”.