Le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a adressé, samedi à Addis-Abeba, une allocution au Sommet du Comité des Dix (C-10) de l’Union africaine (UA) sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, tenu en marge de la 39e session ordinaire du Sommet de l’UA, lue par le Premier ministre, M. Sifi Ghrieb, dont voici la traduction APS :
“Au nom d’Allah, Clément et Miséricordieux,
Prière et paix sur le plus noble des Messagers,
Excellence Julius Maada Bio, président de la République de Sierra Leone, coordonnateur du Comité des Dix de l’Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies,
Excellences, Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de Gouvernement,
Monsieur le président de la Commission de l’Union africaine,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout d’abord, d’adresser mes remerciements à la République de Sierra Leone, pays frère, en sa qualité de présidente du Comité des Dix de l’Union africaine sur la réforme du Conseil de sécurité, pour ses
efforts sincères et soutenus dans la promotion des nobles objectifs de notre Comité, visant à unifier la voix de l’Afrique et à renforcer sa place sur la scène internationale.
Nous aspirons aujourd’hui à consolider et à dynamiser ces efforts de manière constructive et résolue, à travers les conclusions de notre présent Sommet, qui constitue une opportunité pour évaluer le parcours de notre
processus de négociation collectif, adapter notre stratégie d’action aux évolutions du contexte international et renouveler nos efforts communs afin d’atteindre effectivement les objectifs tracés : une réforme juste et globale du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Mesdames et Messieurs,
Notre monde est aujourd’hui secoué par la montée préoccupante des conflits et la multiplication des foyers de tension, associées, hélas, à une incapacité institutionnelle manifeste paralysant l’efficacité du système onusien.
Cette réalité mine la confiance de la communauté internationale dans le droit international, consacre le deux poids, deux mesures, et impose la logique de la force au détriment des valeurs de justice, de coopération et d’égalité.
Tous ces développements ne sont, en définitive, que de nouvelles illustrations de la pertinence de nos mises en garde répétées et une preuve éloquente de l’impérieuse nécessité de la réforme que nous n’avons cessé d’appeler de nos vœux, afin que le Conseil de sécurité soit un instrument au service de la paix pour tous et non un outil d’hégémonie et d’influence.
Ces défis ne sauraient être dissociés de la situation extrêmement complexe que connaît aujourd’hui notre continent africain, où les menaces sécuritaires ont pris des proportions alarmantes, accentuées par l’intensification des ingérences étrangères aux agendas divergents, entraînant dans leur sillage un recul sans précédent de la paix et de la stabilité sur le continent.
L’Afrique fait face à de multiples crises imbriquées, allant de l’extension des fléaux du terrorisme et de la criminalité transfrontalière organisée et de la prolifération des foyers de tension et des conflits, jusqu’au phénomène des changements anticonstitutionnels de gouvernement, avec leur cortège d’instabilité et de défis en matière de gouvernance.
Dans cette perspective, tout en mesurant pleinement la profondeur et la gravité de ces défis, nous nous attachons à faire de cette conjoncture un levier pour renouveler notre détermination et unir nos volontés.
Nos démarches coïncident avec un soutien international inédit à la position africaine unifiée, ce qui nous engage collectivement à œuvrer résolument pour traduire cet appui en une volonté internationale agissante nous
permettant d’atteindre les objectifs tracés.
Il va de soi que le continent africain puisse occuper la place qui lui revient au Conseil de sécurité, compte tenu de son poids géopolitique, de son importance économique et de son apport civilisationnel.
La réalisation de cet objectif ne relève ni d’une faveur ni d’un don, mais constitue un droit historique dont la reconnaissance a tardé et une injustice qu’il convient de réparer.
Nos pays sont aujourd’hui, plus que jamais, en mesure de proposer des solutions efficaces et d’assumer pleinement leurs responsabilités dans l’instauration de la paix, d’autant que la majorité des questions à l’ordre du jour du Conseil de sécurité concernent la sécurité et la stabilité de l’Afrique.
Mesdames et Messieurs,
Notre Comité a parcouru d’importantes étapes dans la réalisation de ses objectifs, la plus importante étant l’adoption, par notre organisation africaine, d’un modèle africain qui incarne fidèlement les revendications justes et légitimes de notre continent et reflète avec sincérité la position africaine commune, sachant que les pays africains ont toujours été les moins représentés dans la catégorie des Etats membres non permanents.
Avec l’adoption de ce modèle, il nous incombe de faire preuve du plus haut degré de vigilance et de prudence, car si l’essence de notre modèle s’inscrit en droite ligne avec la position africaine commune, le défi réside dans la gestion de la phase qui suit son adoption et sa présentation dans le cadre des négociations intergouvernementales sous l’égide de l’ONU.
A cet égard, nous devons réaffirmer avec force que les négociations intergouvernementales, sous l’égide de l’Assemblée générale, doivent demeurer le seul cadre légitime de ce processus, tout en faisant montre de la plus grande vigilance face à toute tentative visant à entraver cette démarche ou à l’abandonner, notamment avec la montée de l’unilatéralisme au sein de communauté internationale, le recul du recours à l’action institutionnelle et l’affaiblissement continu de l’organisation onusienne.
A cet effet, j’appelle tous les frères africains à intensifier et à mobiliser les efforts nécessaires afin que les prochaines négociations se fondent sur le cadre de travail de l’année 2015, qui constitue un document de référence reflétant les positions et propositions d’environ 120 Etats membres des Nations Unies, y compris la position africaine unifiée, en faisant face aux tentatives visant à saper et à entraver le processus de réforme ou à affaiblir les positions et à diviser leurs partisans.
Nous devons, par ailleurs, poursuivre l’unification de nos rangs et de notre voix sur la scène internationale et nous engager à respecter les décisions pertinentes de l’Union africaine et du groupe africain, tout en nous abstenant de rejoindre les autres blocs d’intérêts, afin que le
continent s’exprime d’une seule voix jusqu’à la satisfaction des exigences
de la position africaine unifiée.
Mesdames et Messieurs,
En conclusion, et tout en réitérant l’engagement indéfectible de mon pays à œuvrer collectivement dans le cadre du Comité des Dix et à défendre la position africaine unifiée, telle qu’exprimée dans la Déclaration de Syrte et confirmée dans le cadre du Consensus d’Ezulwini, nous nous engageons à poursuivre sans relâche nos efforts pour porter la voix de l’Afrique, répondre à ses revendications légitimes et mettre fin à l’injustice historique dont elle a été victime.
Nous sommes convaincus que notre sommet contribuera à renforcer l’unité africaine, à construire une vision globale et à trouver des solutions collectives à même de consolider la sécurité et la paix sur notre continent et de rétablir la confiance dans le multilatéralisme efficace et équilibré au niveau international.
Je vous remercie de votre attention”.