Dans la foulée de la dynamique géopolitique que connaît le monde aujourd’hui, l’Algérie serait le pôle d’attraction d’un ballet diplomaique attendu dans les prochains jours. Sur ce registre, des informations annoncent la visite de la présidene du Conseil italien, Giorgia Meloni, du président du Conseil espagnol Pedro Sanchez et du président portugais Antonio José Seguro, fraîchement élu à la tête de l’Etat lusophone.
Ce défilé diplomatique prévu à Alger est appelé à assoir le nouvel échiquier géopolitique en Méditerranée occidentale, dont l’Algérie jouera un rôle de premier ordre comme un acteur incontournable en matière d’instauration de la paix et de la sécurité, et surtout comme un parenaire fiable et crédible en matière d’approvisionnement énergétique des pays voisins de la Méditerrannée Sud, comme l’Ialie, l’Espagne, ou le Portugal.
Les hôtes de l’Algérie discuteront bien entendu avec les hauts responsables algériens de la question de la sécurisation énergétique face aux fluctuations que connait le marché suite au conflit du Proche-Orient, la fermeture du Détroit d’Ormuz, et la baisse de la production pétrolière et gazière des pays du Golfe, comme l’Arabie saoudite, le Qatar, les EAU, le Bahrein, et le Koweit.
La France, grand perdant du partenariat de l’Algérie avec ses voisins de la Méditerranée du Sud
La visite des hauts dirigeants italien, espagnol ,et portugais à Alger est suivie de près par Paris, qui voit le partenariat déjà scellé, entre l’Algérie d’un côté et les trois pays membres aussi de l’UE, diminue sa marge de manoeuvre et d’influence à maintenir cette stratégie et paradigme néocoloniaux à l’égard de l’Algérie, dont les dirigeants ne cessent de plaider pour une relation apaisée basée sur le respect mutuel et la concrétisation des rapports mutuellement bénéfiques de gagnant-gagnant au profit des deux peuples indispensable pour l’avenir de toute la région.
Sur ce plan , il est clair qu’aujourd’hui, que cette région ouest méditerranéenne connaît une mutation structurelle irréversible, marquant une nouvelle ère dans les rapports de force et une illustration d’une doctrine de souveraineté décomplexée.
La rupture avec le paradigme néocolonial que Paris veut imposer aux algériens, est loin d’être conjoncturelle et les tensions vécues entre les deux capitales ces dernières années ne sont pas une simple crise cyclique, mais un divorce stratégique fondé sur le rejet d’un atavisme colonial persistant et d’une dérive médiatique française aux accents algériphobes.
Désormais, pour Alger, la France apparaît à la fois otage et prisonnière de ses contradictions internes et de schémas de domination d’un autre âge, perdant ainsi son statut de passage obligé, face à cet effacement, une nouvelle architecture diplomatique s’érige autour d’une ” Europe latine ” pragmatique, privilégiant le co-développement à l’ingérence.
L’axe Alger-Rome, moteur de cette dynamique, consacre l’Algérie comme le hub énergétique vital de l’Europe dans un esprit de respect mutuel, ce bloc est consolidé par la normalisation réaliste avec l’Espagne de Pedro Sánchez et la fiabilité constante du Portugal, transformant l’Algérie en un verrou de sécurité indispensable et un pôle de croissance majeur pour le bassin méditerranéen, ce redéploiement consacre la Realpolitik algérienne ; une stratégie de puissance multipolaire qui impose désormais ses propres conditions et son calendrier, en s’alliant avec ceux qui respectent son intégrité, l’Algérie s’établit comme le pivot incontournable entre l’Afrique et le Sud de l’Europe. La France, incapable de se réinventer face à cette mutation chirurgicale, demeure la grande absente de ce nouveau chapitre historique où le pragmatisme souverain a définitivement pris le pas sur les héritages subis.
L’Italie, hub énergétique et partenaire stratégique de l’Algérie
La visite annoncée de Giorgia Meloni à Alger, prévue pour le mercredi 25 mars, est déjà un signal fort à cette nouvelle donne de coopération mutuellement bénéfique entre deux Etats souverains. Outre la consultation politique du haut niveau sur les questions régionales et internationales et les convergences des points de vue sur plusieurs dossiers d’intérets communs, cette visite de la présidente du Conseil italien est loin d’être un déplacement diplomatique classique, mais en réalité, une visite qui traduit une détermination et convictions claires exprimées par les deux parties à consolider un partenariat devenu stratégique ces dernières années.
Depuis plusieurs mois, Algérie et Italie multiplient les échanges à haut niveau. Ce déplacement intervient d’ailleurs dans la continuité directe d’un entretien téléphonique tenu le 2 février entre Abdelmadjid Tebboune et la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni. À cette occasion, les deux dirigeants avaient évoqué plusieurs dossiers sensibles et structurants, preuve que les relations bilatérales ne se limitent plus à des échanges protocolaires.
Ce qui se joue aujourd’hui entre Alger et Rome dépasse largement le cadre diplomatique traditionnel. L’Italie est devenue l’un des partenaires européens les plus actifs de l’Algérie, notamment dans les domaines de l’énergie, de l’économie et de la sécurité. Dans un contexte international marqué par des recompositions géopolitiques et des tensions sur les marchés énergétiques, Alger apparaît comme un acteur incontournable pour l’approvisionnement du sud de l’Europe.
La visite de Giorgia Meloni devrait ainsi permettre d’accélérer plusieurs projets en cours. Parmi eux, la création d’une chambre de commerce algéro-italienne, une initiative portée par la partie italienne. Derrière cette idée se cache un objectif clair : faciliter les investissements, encourager les échanges commerciaux et créer un cadre structuré pour les entreprises des deux pays. Ce type d’outil est souvent déterminant pour transformer des intentions politiques en réalisations concrètes.
La concrétisation du Plan Mattei en ligne de mire
Dans ce cadre, ilfaut noter que le partenariat stratégique algéro-italien ne se limite nullement au volet bilatéral, comme l’indique la volonté politique des deux pays à mettre en oeuvre le Plan Mattei,portant le nom du Grand Ami de la révolution Algérienne Enrico Mattei. Un plan, qui verra l’Algérie et l’Italie sceller une coopération élargie impliquant Rome dans le développement socioéconomique du continent africain, où l’Algérie est appelée à devenir la porte et la clé à sa couverture, via d’importants projets structurants.
Une nouvelle page dans les relations enre Alger et Madrid
La presse espagnole annonce un déplacement imminent du ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares qui devrait se rendre à Alger au cours de la dernière semaine de mars pour sa première visite officielle en tant que chef de la diplomatie espagnole et pour finaliser le prochain sommet entre le Premier ministre Pedro Sánchez et le président de la république Abdelmadjid Tebboune , comme l’a fait savoir le média espagnol El Confidencial Digital
Pour rappel, le président du Conseil espagnol Pedro Sánchez, s’était rendu à Alger en octobre 2020, avant son changement de cap diplomatique concernant le Sahara Occidental, et la fameuse lettre du 18 mars 2022, ouvrant la voie à une rupture avec l’Algérie pénalisant de facto les entreprises espagnoles.
Les relations commerciales entre l’Espagne et l’Algérie se sont relativement normalisées en 2024, après 28 mois de crise diplomatique et 3,2 milliards d’euros de pertes pour les entreprises espagnoles. La levée de l’embargo algérien a eu un impact désastreux sur ces dernières : les exportations espagnoles vers l’Algérie ont chuté deprès de 2 milliards d’euros en 2021 à 330 millions d’euros en 2023.
Au total, les entreprises ont cessé d’exporter des marchandises pour une valeur équivalente à 3,2 milliards d’euros , ce qui représente la différence entre la dernière année de normalité économique (2021) et les balances commerciales des années suivantes et des huit premiers mois de 2024.
En 2021, les exportations vers l’Algérie s’élevaient à 1,888 milliard d’euros, un chiffre qui a chuté à 1,017 milliard d’euros en 2022 – suite à un blocus commercial de six mois – puis à 332 millions d’euros en 2023, le niveau le plus bas jamais enregistré. Malgré une amélioration du contexte économique, les échanges commerciaux entre les deux pays n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant le revirement politique de Sánchez, qui avait trahi la position historique de l’Espagne sur cette question dedécolonisation en s’alignant sur la position del’occupant marocain.
Le gouvernement de Sánchez a procédé à un changement d’ambassadeurs en décembre 2025, nommant Ramiro Fernandez Bachiller pour remplacer Fernando Moran Calvo-Sotelo,fils de l’ancien ministre socialiste sous le gouvernement de Felipe González , qui a atteint l’âge de 70 ans le 12 décembre, âge de la retraite pour les diplomates.
Le déplacement du chef de la diplomatie espagnole à Alger intervient après sa rencontre avec son homologue algérien Ahmed Attaf à Madrid et après la réunion des ministres du G20 .
Le 9 février dernier, les deux ministres se rencontrèrent à nouveau à Madrid , profitant du fait qu’Attaf se trouvait dans la capitale espagnole pour assister à une réunion sur le Sahara Occidental organisée par les États-Unis et à laquelle participaient également le Front Polisario , le Maroc et la Mauritanie.
C’est à la suite de cette dernière réunion qu’Ahmed Attaf a annoncé qu’Albares se rendrait prochainement à Alger pour préparer la première réunion de haut niveau entre les deux pays depuis 2018. Aucune déclaration n’a été faite publiquement par le ministère espagnol des affaires étrangères dirigé par Albares, bien qu’il ait été indiqué que « le ministre a l’intention de se rendre à Alger à un moment donné ».
Lors de sa visite, Albares, qui rencontrera à nouveau son homologue algérien, espère être reçu par le président de la république Abdelmajid Tebboune .
Cette visite , et la nécessité de résoudre la crise avec l’Algérie, revêtent un intérêt particulier à l’heure actuelle, compte tenu des conséquences du conflit au Moyen-Orient . L’Algérie fournit à l’Espagne 38 % de sa consommation, et les échanges commerciaux entre les deux pays s’élèvent à 7 milliards d’euros . Par conséquent, des rencontres d’affaires entre hommes d’affaires espagnols et algériens devraient également avoir lieu lors de la visite d’Albares .
Les gouvernements des deux pays souhaitent mettre un terme, avec la visite du ministre Albares, à une crise qui a débuté il y a quatre ans et qui pourrait balayer le terrain pour une visite de Pedro Sanchez à Alger, en vue rebâtir un nouveau partenariat entre les deux pays.
En somme, les visites annoncées des hauts responsables italien, espagnol et portugais à Alger, oeuvront à redissiner une nouvelle ère et un nouvel échiquier géopolitique dans un monde en pleine mutation et otage de tensions .