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March 29, 2026

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Cacophonie inédite au sommet de l’État français dans son rapport avec l’Algérie: Dérive politique et naufrage diplomatique

Dans le concert des relations avec l’Algérie, chacun joue son octave à Paris où le chef d’orchestre agite obstinément sa baguette pour donner du sens à l’absurde.

Par Brahim Takheroubte

Dans le concert des relations avec l’Algérie, chacun joue son octave à Paris où le chef d’orchestre agite obstinément sa baguette pour donner du sens à l’absurde.

Entre le Palais de l’Élysée, le Quai d’Orsay et Matignon, l’orchestre est désordonné au point de produire une symphonie insipide, décousue, pour ne pas dire tout simplement de la pollution acoustique. De quoi faire retourner Talleyrand dans sa tombe devant tant de médiocrité savamment harmonisée.

Car après tout, même le cynisme, pour être grand, exige un Smig d’élégance. Retour sur un cafouillage que la France d’Emmanuel Macron doit soigneusement conserver dans ses archives.
Le 25 mars dernier, la justice française a rendu une décision surprenante qui trahit une faillite morale et politique. En effet, elle a décidé de prolonger d’une année supplémentaire la détention provisoire d’un fonctionnaire consulaire algérien, incarcéré depuis avril 2025.

Ainsi, Paris s’enfonce dans une logique d’escalade profondément hostile qui va à contre-sens des événements, à la manière d’un ex-ministre de l’Intérieur, le tristement célèbre Bruno Retailleau.
Il est difficile de ne pas relever une désarticulation inquiétante au sommet de l’État français. D’un côté, des gestes d’apaisement savamment orchestrés : déplacements de personnalités officielles, déclarations apaisantes et appels téléphoniques.

Dans ce chapitre, la visite de deux jours, effectuée en février dernier, par le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, à Alger, a ravi les observateurs politiques qui y voyaient un réel signal de réchauffement, ou encore l’appel téléphonique de Jean-Noël Barrot, le 16 mars dernier, à son homologue Ahmed Attaf, participent à cette mise en scène diplomatique.
De l’autre, des actes brutaux, froids, dénués de toute intelligence politique, viennent ruiner ces initiatives d’apaisement. Il y a un proverbe bien de chez nous qui résume à bien des égards cette situation : «le labour du chameau».

Cet animal a la fâcheuse habitude de piétiner «rigoureusement» le travail qu’il vient lui-même d’accomplir tout au long de la journée. C’est exactement ce qui arrive dans l’Hexagone, sérieusement affecté par le syndrome du chameau. Pendant que certains tendent la main à l’Algérie, d’autres serrent l’étau. Cette ambivalence produit fatalement une diplomatie schizophrénique, incapable d’accorder ses paroles avec ses actes.
À ce stade, une question s’impose plus qu’elle ne se pose : à quoi joue la France ? Un agent consulaire arrêté d’une manière extravagante par des agents de sécurité encagoulés et indélicats qui l’ont menotté en pleine rue de Paris devant des passants ahuris.

Cet agent consulaire, maintenu en détention en violation de la Convention de Vienne, est accusé, à tort, d’avoir participé à une tentative d’enlèvement d’un dealer, comme si les services de sécurité algériens étaient incapables, s’ils en avaient réellement l’intention, d’exécuter une opération aussi banale.
Mais comment décrypter le message de la justice française qui a injustement décidé de prolonger cette détention ? C’est que les engagements internationaux peuvent être piétinés lorsque cela arrange. Une dérive judiciaire aux relents politiques plaçant la France dans une posture dangereuse qui fragilise non seulement sa relation avec Alger, mais aussi sa crédibilité sur la scène internationale.

Plus troublant encore, l’agent consulaire a été victime de traitements indignes et de maltraitance qui révèlent une réalité difficilement conciliable avec les discours moralisateurs que la France ne cesse de brandir. Donner des leçons de droits de l’homme tout en tolérant de telles pratiques ? L’incohérence frise ici le cynisme.

Loin d’être un simple contentieux judiciaire, cette affaire est le symbole d’une relation prise en otage par les contradictions françaises. Alors même que des signaux récents laissaient entrevoir une volonté de reprise du dialogue, Paris choisit de maintenir une mesure perçue à Alger comme une provocation directe, voire une violation assumée du droit international.

Le dossier repose sur un ramassis de mensonges émanant d’un ancien dealer recruté par les services français, qui le présentent parfois comme un «opposant » et parfois comme influenceur, dont la crédibilité suscite de sérieux doutes, y compris dans les milieux diplomatiques occidentaux.
Ce qui se joue aujourd’hui dépasse largement le cas d’un fonctionnaire consulaire. C’est la crédibilité même de l’État français qui est en cause. Une crédibilité sérieusement entamée par des décisions erratiques, des postures ambiguës et une gestion chaotique d’un dossier hautement sensible.


Qui gouverne réellement la France ?Y a-t-il encore un pilote dans l’avion France ?


Ou assiste-t-on à une fragmentation du pouvoir où chaque institution, chaque responsable, voire chaque clan agit selon ses propres logiques, sans coordination ? La question n’est plus rhétorique. Elle devient centrale.
Sur le dossier algérien, le constat est accablant.

Chaque haut responsable semble improviser, naviguer à vue, parfois même se contredire ouvertement. Cette absence de ligne claire alimente une confusion qui confine à l’improvisation. En persistant dans cette voie, Paris prend le risque de compromettre durablement toute perspective de normalisation avec Alger. Une responsabilité historique dont il devra répondre un jour…

B. T.

Source: El Moudjahid

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