Par Hanane Ben
Le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI) sur l’Algérie ne relève pas de l’analyse économique : il relève du dogmatisme. En dressant un tableau délibérément noir de la situation nationale, l'institution de Bretton Woods s'enferme dans des spéculations hors sol, totalement déconnectées des réalités du terrain. Mais la riposte n'a pas tardé.
Lors de son récent entretien avec la presse nationale, le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, a balayé ces prévisions frileuses. Là où le FMI plafonne arbitrairement la croissance algérienne à 3,8 %, les études rigoureuses menées sur le terrain démontrent qu'elle franchira le cap des 4,01 à 4,02 %, tirée par des fondamentaux solides et vérifiables.
Cette fracture entre la réalité et la fiction du FMI met à nu les faiblesses d'une méthodologie exsangue. Empêtrée dans des modèles théoriques rigides et des simulations excessivement conservatrices, l'instance internationale s'avère incapable d'appréhender la dynamique d'un pays qui refuse le carcan de ses algorithmes.
Analysons de plus près les constatations et projections farfelues du FMI concernant l'économie de notre pays.
Sur le déficit budgétaire projeté à 9,6 % du PIB, le déficit va se maintenir à des niveaux insoutenables (plus de 9-10 % du PIB) à cause de l'explosion des dépenses publiques. Faux a réalité budgétaire est autre. En Algérie, le taux d'exécution effectif des dépenses d'équipement et d'investissement prévues dans la Loi de Finances atteint rarement 100 %. Les dépenses réelles en fin d'exercice sont généralement inférieures aux prévisions budgétaires initiales, ce qui réduit le déficit réel.
Egalement, les projections du FMI sous-estiment l'impact des réformes fiscales récentes (numérisation des impôts, élargissement de l'assiette fiscale et recouvrement des créances) qui augmentent les recettes ordinaires de l'État indépendamment du pétrole.
Sur l'envolée de la dette publique jusqu'à 79 % à l'horizon 2031, la projection du FMI estime que la dette publique va atteindre des niveaux critiques (53,2 % en 2026, puis près de 79 % d'ici 2031) en raison du besoin de financement interne. Soit, mais le FMI omet de dire que la dette publique algérienne est exclusivement domestique (libellée en dinars algériens). La dette extérieure brute reste marginale (autour de 1 % du PIB).
L'État ne subit donc aucun risque de change ni de pression de créanciers étrangers ou de marchés financiers internationaux. De plus, une dette détenue par des institutions et banques publiques nationales peut être restructurée ou lissée à tout moment par les autorités financières locales sans risque de défaut souverain.
Pour ce qui est de la baisse des réserves de change à 46,5 milliards de dollars, la projection du FMI voit les réserves de change s'éroder rapidement face au déficit du compte courant. Cependant, le FMI applique des modèles de commerce ouverts classiques. Or, l'Algérie applique une politique active de rationalisation et de contrôle strict des importations et de la facture des services. Par ailleurs, la trajectoire de croissance des exportations non pétrolières (hors hydrocarbures) continue de progresser, atténuant la pression sur la balance des paiements et stabilisant le niveau des réserves de change bien au-dessus du seuil critique théorique de 3 mois d'importations.
Concernant le retour de l'inflation à 5,5 %, la masse monétaire en expansion et la dépense publique vont raviver l'inflation en 2026, selon les prévisions du FMI. Mais contrairement aux hypothèses de marché pur du FMI, l'État algérien maintient un système fort de subventions et d'interventions directes sur la régulation des stocks de produits alimentaires de base pour amortir les chocs de prix. La hausse de l'inflation est qualifiée par le FMI lui-même de « temporaire ». L'amélioration de la production agricole nationale et la baisse des cours mondiaux des denrées importées réduisent la transmission de l'inflation importée.
En dernier, la projection du FMI sur le manque de dynamisme et le frein du secteur privé estime que la croissance reste trop dépendante du secteur public et manque de réformes structurelles profondes. Ce qui nous amène à pointer du doigt l’inertie du modèle économique de cette institution mondiale. Les modèles statistiques du FMI mettent du temps à intégrer les effets concrets du nouveau Code de l'investissement et de la simplification administrative (Agence AAPI), dont les projets validés entrent progressivement en phase de production. La croissance hors hydrocarbures demeure solide (autour de 4 %), portée par le bâtiment, l'agriculture et les mines (ex. projets ferroviaires et miniers structurants à Gara Djebilet ou Phosphate de Bled El Hadba) qui créent de la valeur réelle hors pétrole.
L'expertise de Nouredine Legheliel : anatomie d'un rapport à charge
Sollicité par notre rédaction, l'expert en économie et spécialiste des marchés financiers, Nouredine Legheliel, tire à boulets rouges sur le FMI. Sans la moindre concession, il dénonce un parti pris flagrant et une démarche à charge, accusant l'institution internationale de truquer les cartes pour imposer un récit alarmiste totalement déconnecté des réalités algériennes.
Pour démontrer l'inanité des projections de l'institution internationale, Nouredine Legheliel rappelle d'emblée une vérité historique fondamentale sur la fiabilité des modèles financiers : « Les prévisions à long terme relèvent bien souvent de la chimère. L'étude Ibbotson de 1976, véritable référence dans le monde de la finance, avait réuni 1 000 experts américains en leur demandant quel serait le taux d'inflation aux États-Unis dix ans plus tard. Résultat : sur 1 000 spécialistes, seules deux réponses s'étaient avérées exactes ! Alors, lorsqu'il s'agit des prévisions du FMI pour l'Algérie à l'horizon 2031, nous avons tous les droits d'émettre les plus grands doutes et d'interroger les intentions réelles de leurs auteurs. D'autant plus que, de 2008 à 2025, le FMI a très rarement anticipé correctement le chiffre réel de la croissance du PIB algérien. »
L'expert pointe ensuite du doigt ce qu'il considère comme le point le plus scandaleux et techniquement aberrant du rapport : l'estimation des réserves de change, que le FMI voit s'effondrer à 19,1 milliards de dollars d'ici 2031. Un chiffre jugé hautement improbable par Legheliel, qui démonte le calcul par les faits et les mathématiques financières :
« Prenons simplement, une partie des réserves de changes, à savoir les réserves d'or de l'Algérie, qui s'élèvent à 273 tonnes. Avec une once d'or s'établissant à 4 200 dollars US, le kilogramme d'or (équivalent à 32,15 onces) vaut aujourd'hui 135 030 dollars. Ces 273 tonnes d'or représentent aujourd'hui, à elles seules 37,50 milliards de dollars US ! Pour que les réserves globales de l'Algérie atterrissent à 19,1 milliards en 2031 comme le prétend le FMI, il faudrait supposer une chute de plus de 50 % du cours mondial de l'or. Est-ce crédible ? Y a-t-il une intention manifeste de nuire à l'Algérie, quand on sait à quel point ce chiffre truqué a été immédiatement repris par les détracteurs du pays ? Curieusement, pour d'autres nations détenant d'importantes réserves monétaires et d'or (comme les États-Unis avec 8 300 tonnes, l'Allemagne avec près de 4 000 tonnes ou la France avec 2 800 tonnes), les rapports du FMI n'intègrent jamais une telle hypothèse d'effondrement des cours de l'or qui changerait la donne de l'économie mondiale. »
Poursuivant son analyse, le spécialiste souligne un contraste frappant entre le texte et les statistiques présentées : « Dans le corps du rapport, il y a de l'optimisme et des éléments positifs qui sont reconnus. Mais dès qu'on arrive aux chiffres et aux prévisions chiffrées, la rupture est totale et autorise toutes les suspicions. »
Ce traitement à deux vitesses devient flagrant lorsque Nouredine Legheliel compare le traitement réservé à l'Algérie à celui accordé au voisin marocain :
« La première constatation saute aux yeux : pour l'Algérie, le FMI prévoit une décroissance continue du PIB sur la période 2028-2031, sans jamais fournir la moindre argumentation financière convaincante. En revanche, dans son rapport sur le Maroc, le FMI avance une croissance du PIB supérieure à 6 %, portée par une surestimation évidente et non justifiée qui ignore totalement les facteurs endogènes et exogènes. Pourtant, le Maroc est un pays lourdement surendetté.
Cette note de complaisance du FMI vise manifestement à embellir l'image de ce pays auprès des investisseurs internationaux pour l'enfoncer davantage dans le piège de la dette. Pour l'Algérie, le mécanisme est inverse mais récurrent : le FMI préconise systématiquement des chiffres en baisse par rapport à la réalité du terrain, pour ensuite être contraint de réviser ses chiffres à la hausse a posteriori. »
Enfin, l'analyste attire l'attention sur une anomalie institutionnelle et rédactionnelle révélatrice : « On a curieusement omis de mentionner la nationalité du rédacteur du rapport sur l'Algérie. À l'inverse, pour le Maroc (rédigé par une experte japonaise) ou pour la Tunisie, l'identité et l'origine des rédacteurs sont clairement exposées. Pourquoi ce manque de transparence spécifique à l'Algérie ? »
Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la crédibilité des travaux du FMI sur l'Algérie est entachée par des soupçons de manipulation.
En récidivant aujourd'hui avec des modélisations statistiques bancales, des projections farfelues et un parti pris flagrant, le FMI confirme l'obsolescence de sa grille de lecture face à une Algérie qui refuse de se laisser dicter son avenir. Face aux spéculations virtuelles et aux manœuvres de coulisses, l'Algérie oppose la réalité incontestable du terrain, celle d'une croissance maîtrisée et d'une souveraineté économique totale. Et comme l'a si bien signifié le président de la République : « Ils ont leurs données, nous avons les nôtres ! »