Par Hanane Ben

L'affaire des bijoux conservés dans le coffre-fort de José Luis Rodríguez Zapatero — ces cadeaux remis par Mohammed VI après la crise de 2007 — pourrait ressembler à une simple anecdote politico-financière. Elle constitue en réalité le symptôme éclatant d'un mal beaucoup plus profond : la capitulation structurelle de la gauche espagnole face aux exigences répétées du Makhzen.

Ceux qui s'étonnent aujourd'hui de la posture docile du gouvernement espagnol oublient un peu vite l'histoire récente. La stratégie marocaine consistant à imposer son agenda par la pression, puis à sceller le retour à la normale par des gestes symboliques ou diplomatiques, ne date pas d'hier. Les gouvernements successifs, et tout particulièrement les socialistes au pouvoir à Madrid, ont fait preuve d'une mollesse déconcertante face aux provocations de Rabat.

Dès 2007, lorsque le Maroc réagit violemment à la visite des souverains espagnols à Ceuta et Melilla en rappelant son ambassadeur, la réponse de Madrid manque cruellement de fermeté. Au lieu de poser une ligne rouge infranchissable sur sa souveraineté, le pouvoir socialiste cherche l'apaisement à tout prix. La rencontre d'Oujda en 2008, agrémentée de présentations royales et d'un chèque d'aide financière de plus de 500 millions d'euros quelques mois plus tard, pose les bases d'un engrenage dangereux. C'est à ce moment précis que Zapatero entame le premier grand virage sur le dossier du Sahara Occidental en bénissant le plan d'autonomie marocain.

Cette concession majeure a établi un précédent désastreux. Au lieu d'obtenir une relation bilatérale équilibrée, l'Espagne s'est installée dans une position de vulnérabilité permanente. Le Makhzen a rapidement compris que l'arme migratoire, la fermeture unilatérale des douanes commerciales ou les pressions sur les eaux territoriales des Canaries faisaient plier la diplomatie espagnole. À chaque crise provoquée par le voisin du Sud, les socialistes répondent par un repli stratégique, préférant acheter une tranquillité précaire plutôt que d'assumer un véritable rapport de force.

L’ombre judiciaire qui plane aujourd'hui sur le coffre-fort de Zapatero — alors que la justice espagnole cherche à faire la lumière sur l'origine et le statut de ces présents précieux — ne fait que renforcer le trouble autour du personnage. Loin de s'être éloigné de la scène politique, l'ancien président du gouvernement est devenu le promoteur le plus ardent et le plus décomplexé de la ligne marocaine en Espagne.

Son soutien à l'expansionnisme de Rabat n'est plus seulement une posture diplomatique passée, mais un véritable sacerdoce idéologique. Dans son ouvrage La solución pacífica, Zapatero réaffirme sans ambages sa caution au plan d'autonomie marocain pour le Sahara Occidental, le présentant comme la seule issue réaliste et viable. En qualifiant cette option de solution de paix, il reprend au mot près la rhétorique du Makhzen et légitime rétroactivement le fait accompli.

Cette ferveur militante au profit des thèses marocaines jette une lumière crue sur les concessions faites sous son mandat. Elle démontre que le virage stratégique de l'Espagne, souvent présenté à l'époque comme un simple apaisement conjoncturel, traduisait en réalité un alignement profond et durable sur les ambitions territoriales de Rabat. Que ce soutien inconditionnel s'accompagne d'opacité financière et d'affaires de coffres-forts ne fait qu'accentuer la sensation d'une diplomatie espagnole bradée au mépris de ses propres intérêts géopolitiques.

De Zapatero hier à Pedro Sánchez aujourd'hui, le fil conducteur reste le même. Le basculement historique opéré ces dernières années sur le Sahara Occidental n'est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein, mais l'aboutissement logique d'une doctrine de la capitulation amorcée en 2008. En cédant systématiquement face au chantage politique de Rabat, le PSOE n'a pas seulement fait preuve de faiblesse : il a durablement compromis l'indépendance de la politique étrangère espagnole.