Par Hanane Ben

Sans surprise, la  Royauté du Maroc a réactivé son appareil de propagande numérique pour cibler l'Espagne, en mobilisant un réseau d'influenceurs et de pseudo-experts sur les réseaux sociaux. Si les campagnes habituelles visent fréquemment le patrimoine et l'identité algériens, le point de mire s'est cette fois-ci déplacé vers le nord : il s'agit de contester ouvertement la souveraineté espagnole sur les enclaves de Ceuta et Melilla.

Selon une enquête publiée par le média El Español, cette offensive orchestrée en sous-main par les services de renseignement marocains s'intensifie notamment sur YouTube et diverses plateformes sociales. À travers des prises de parole coordonnées, ces relais affichent un objectif clair : dépeindre une Espagne vulnérable et affaiblie tout en remettant en cause le statut juridique de ces deux villes autonomes, dans un contexte de vive tension diplomatique entre Madrid et Rabat.

Pour nourrir cette narration absurde, la milice numérique de Rabat ne recule devant rien. Ses propagandistes osent prétendre que Madrid tremblerait devant de futures revendications, inventant de toutes pièces un flou juridique autour du statut de Ceuta.

Mais le ridicule atteint son paroxysme lorsque ces mouches électroniques sortent du chapeau une théorie digne de la science-fiction : un soi-disant pacte secret entre Washington et Londres pour « offrir » Gibraltar à l'Espagne, à la condition stricte que Madrid abandonne Ceuta et Melilla au Maroc. Une fable grotesque qui ferait rire si elle ne traduisait pas le désespoir d'un régime aux abois.

Cette gesticulation virtuelle vise avant tout à faire oublier l'ignominie des faits. L'opinion internationale garde encore en mémoire le choc de l'invasion de Ceuta : des hordes d'individus poussés vers les grillages, des vagues humaines instrumentalisées sans ménagement et des images humiliantes qui ont fait le tour du globe. Un désastre médiatique et moral pour le Royaume.

Pourtant, fidèle à sa ligne de conduite, le Makhzen cherche à transformer ce revers honteux en opportunité politique. Conseillé par ses officines sionistes, le régime alaouite réactive sa spécialité maison : le chantage cynique. En accentuant la pression sur une Espagne jugée à tort crédule ou affaiblie, il tente d'arracher par la menace et l'intox ce qui ne lui a jamais appartenu. Des méthodes de voyou diplomatique qui ne trompent plus personne.

L'arme des « droits de l'homme »

Dans cette stratégie délibérée de la tension, le régime ne se contente pas de lâcher ses propagandistes et ses pseudo- analystes sur les réseaux sociaux. Il pousse le cynisme encore plus loin en mobilisant ses soi-disant « militants des droits de l'homme ».

Envoyés au front médiatique pour recueillir des témoignages à charge, ces mercenaires de l'indignation sélective accusent aujourd'hui l'Espagne de « mauvais traitements » envers les migrants. L'arroseur arrosé tente de jouer les victimes. Après avoir sciemment ouvert les vannes de l'émigration et poussé des milliers de personnes contre les barbelés de Ceuta, Rabat sort la carte de la leçon de morale. Un comble d'hypocrisie pour un pouvoir qui instrumentalise la détresse humaine comme simple monnaie de chantage diplomatique.

Face à ce tissu de mensonges, Madrid a balayé d'un revers de main ces accusations sans fondement. Et pour cause : le monde entier a assisté en direct à la crise et n'a pas été dupe. Là où Rabat tente d'inventer des violences de la part des forces de l'ordre espagnoles, la mémoire collective retient une tout autre réalité : des policiers et des gardes civils espagnols au bout du rouleau, contraints d'improviser des opérations de sauvetage humanitaire pour secourir des milliers de Marocains cyniquement manipulés et jetés à la mer par leur propre monarque.

Tout le monde se souvient de ces images poignantes du sauvetage de nourrissons extirpés des eaux par la Garde civile, ou de ces agents espagnols prenant en charge des mineurs déboussolés et abandonnés à leur sort.

Mais l'image la plus révélatrice — celle qui est restée gravée dans les esprits et a fait le tour de la planète —, c'est celle de la cruauté du pouvoir marocain lui-même : un citoyen désespéré tentant d'escalader une paroi rocheuse, stoppé net par un agent du Makhzen qui lui balance froidement un bloc de pierre en plein visage pour l'empêcher de remonter. Une scène d'une barbarie inouïe qui résume à elle seule la considération que ce régime porte à son propre peuple.

Évidemment, ce prétendu Conseil national des droits de l'homme marocain a subitement souffert d'une cécité bien commode. Il n'a rien vu du jet de pierre, tout comme il a fermé les yeux sur l'ouverture délibérée des grilles frontalières par les forces marocaines. Une manœuvre d'une irresponsabilité criminelle qui a provoqué une tragédie coûtant la vie à une centaine de personnes, sans qu'un seul mot de compassion ne soit prononcé par les autorités de Rabat pour leurs propres victimes.

Ce « pseudo- conseil » ne brille d'ailleurs que par son silence complice lorsqu'il s'agit de défendre les véritables causes des droits humains. Où est-il quand les militants sahraouis croupissent et subissent l'arbitraire dans les geôles du régime ? Où est-il lorsque les opposants politiques, les activistes du Hirak du Rif et les journalistes indépendants sont jetés en prison pour le simple crime d'avoir dénoncé la corruption et la tyrannie d'un royaume d'un autre âge ? Une indignation sur commande, orchestrée au service exclusif du palais.

En Algérie, les méthodes crapuleuses du Makhzen ne prennent plus personne par surprise. Vol de patrimoine, falsification de l'histoire, spoliation culturelle et pulsions expansionnistes : le voisin de l'Ouest a toujours lorgné sur les terres algériennes, oubliant un peu trop vite que si les archives coloniales françaises devaient parler, toute la région jusqu'à la Moulouya reviendrait de droit à l'Algérie.

Aujourd'hui, le Maroc se voit pousser des ailes. Fort d'une alliance désespérée où il a bradé sa souveraineté aux sionistes et aux Américains, le régime se croit soudainement invincible. Mais la réalité est implacable : Ceuta et Melilla n'ont jamais été marocaines et l'Espagne n'y renoncera jamais. Le Makhzen ne fait que pisser dans le sable. C'est la signature d'un pouvoir bien connu de ce côté-ci de la frontière : il gesticule, ment et réinvente l'histoire, mais s'empresse de faire l'autruche et d'enfoncer sa tête dans le sable dès que les projecteurs se braquent sur ses propres crimes.