Par Hanane Ben
Étonnant, ce dernier rapport du FMI. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu'après notre précédent article intitulé : « Chiffres truqués, dogmes et sous-estimation : la grande imposture des projections du FMI sur l'Algérie », démontrant à quel point les calculs et prévisions concernant l’Algérie étaient biaisés, l’institution de Bretton Woods vient tout juste de pondre une nouvelle évaluation.
Mais cette fois-ci, changement d'ambiance : le rapport est dûment signé et les indicateurs économiques de l’Algérie sont soudainement repassés au vert !
Qu’est-ce qui s’est passé entre-temps pour que le FMI effectue un tel virage à 180 degrés ?
C’est la preuve irréfutable que ces rapports reposent sur des approches pour le moins approximatives — pour ne pas dire sur des considérations purement politiques et géopolitiques, bien loin de toute rigueur et honnêteté académique.
Le premier écart flagrant entre les deux évaluations réside dans le registre sémantique employé par l'institution financière. Dans son précédent rapport, le FMI adoptait une posture nettement anxiogène, enfermant l'Algérie dans un récit de vulnérabilité où prédominaient les avertissements sur l'érosion des réserves de change, la soutenabilité des dépenses et les risques d'une surchauffe budgétaire. À l'inverse, la nouvelle publication abandonne ce vocabulaire alarmiste au profit de formules nettement plus élogieuses.
Le FMI y salue désormais des « progrès encourageants » et reconnaît que la stratégie nationale de diversification « commence à porter leurs fruits », élevant même le réseau d'infrastructures et le potentiel énergétique algérien au rang d'« atouts majeurs ».
Cette métamorphose s'observe également dans l'appréciation du tissu économique national. Alors que l'ancien document fustigeait une croissance excessivement dépendante du secteur public et déplorait une prétendue inertie des réformes structurelles, le nouveau texte vient acter la pertinence du modèle algérien.
L'instance internationale valide cette fois-ci l'impact concret des mégaprojets miniers, agricoles, hydriques et de transport, tout en reconnaissant les retombées positives des réformes institutionnelles. Le rôle facilitateur du Guichet unique de l'investissement (AAPI), le nouveau cadre sur le foncier économique et la modernisation fiscale, autrefois occultés ou minimisés, sont désormais mis en avant comme des leviers clés de la gouvernance et de la promotion du secteur privé.
Enfin, cette inflexion met en lumière l'obsolescence des anciennes modélisations statistiques du FMI. En passant d'une grille de lecture dogmatique — qui prévoyait un effondrement des indicateurs sans tenir compte de la régulation stricte des importations ni de la nature 100 % domestique de la dette algérienne — à un constat ancré dans la réalité des chiffres de production, le FMI concède implicitement ses erreurs d'appréciation passées. Ce grand écart entre une vision purement théorique et la reconnaissance finale de la dynamique réelle du pays confirme que les prévisions initiales relevaient davantage de spéculations approximatives ou d'orientations politiques que d'une véritable analyse financière de terrain.
Pourquoi un tel virage ?
Mais alors, qu'est-ce qui a bien pu pousser le FMI à opérer un tel rétropédalage en un temps record ?
La réponse tient d'abord à la réalité incontestable du terrain, qui a fini par percer les armures de la dogmatique de Washington. Face aux indicateurs intangibles de la production nationale — la concrétisation des mégaprojets industriels, la montée en puissance du secteur hors hydrocarbures et l'impact mesuré des réformes de l'AAPI —, les algorithmes froids et les modèles libéraux du FMI se sont révélés totalement obsolètes. L'institution a bien dû se rendre à l'évidence pour ne pas perdre le peu de crédibilité qui lui restait.
Il y a ensuite le rapport de force politique. Contrairement aux pays sous perfusion financière qui subissent l'austérité dictée par Bretton Woods, l'Algérie, forte de sa souveraineté financière et de son absence de dette extérieure, a opposé une fin de non-recevoir catégorique à ces scenarii alarmistes. Lorsque le président de la République assène avec fermeté que « [les institutions] ont leurs données, [l'Algérie] a les siennes », il renvoie le FMI à ses contradictions.
Enfin, n'oublions pas la double casquette stratégique de l'institution. Entre les rapports technocratiques d'évaluation globale — taillés pour prêcher la bonne parole de l'orthodoxie budgétaire — et les notes thématiques sur la diversification qui doivent s'ajuster à la réalité du positionnement géopolitique et énergétique de l'Algérie en Méditerranée et en Afrique, le FMI s'est pris les pieds dans son propre double discours. Une chose est sûre : chaque fois que la fiction de ses rapports heurtera la souveraineté économique algérienne, c'est bien la copie du FMI qui finira par être corrigée.