Par Hanane Ben

L’illusion du papier a fini par se heurter au béton du terrain. En rappelant sans détour la différence entre de simples mémorandums d'entente signés devant les caméras et la réalité d'infrastructures physiques concrètement opérationnelles, le ministre nigérian des Ressources pétrolières a porté un coup d’arrêt net à l'emballement médiatique marocain.

 Analysée comme une remise au point cinglante, sa récente déclaration réaffirme une vérité pragmatique : face aux annonces théoriques du projet atlantique, le Gazoduc Transsaharien (TSGP) menant vers l'Algérie demeure la seule option techniquement viable, la plus rapide et la plus avancée pour acheminer le gaz africain vers l'Europe. Un recadrage incisif qui relègue les campagnes de communication adverses au rang de simple « propagande sur papier ».

En marge du 69ᵉ Sommet ordinaire de la CEDEAO qui s'est tenu à Freetown, en Sierra Leone, Ekperikpe Ekpo, qui gère directement les dossiers stratégiques liés aux infrastructures gazières et à l'exportation du gaz naturel pour Abuja, tout en saluant la signature politique de la CEDEAO, il a tenu à clarifier le calendrier et la nature exacte des travaux.

Il a souligné que cet accord marque le début des étapes administratives formelles (mise en place d'une société de projet, recherche de financements, etc.), rappelant ainsi la réalité opérationnelle face au storytelling médiatique qui présentait le projet comme déjà à un stade d'exécution avancée sur le terrain.

Quant à l'Algérie, elle fait valoir la force du terrain, imposant une réalité technique imparable. Forte de ses infrastructures déjà raccordées à l'Europe et d'un financement autonome de son tronçon, Alger incarne le partenaire le plus solide et immédiatement opérationnel pour le Nigéria.

Face au risque de compromettre ce canal rapide et rentable vers le marché européen, Abuja a simplement choisi de clarifier les choses : le Nigéria a rappelé avec lucidité que si les accords de la CEDEAO permettent de faire avancer l'intégration régionale, seul le projet transsaharien (TSGP) repose aujourd'hui sur des chantiers concrets et une viabilité économique à court terme.

Dans notre article sous le titre : « L’éphémère Gazoduc Nigéria- Maroc : pourquoi la CEDEAO veut-elle torpiller le projet Algérie- Nigéria ? » nous avons démontré que contrairement au projet atlantique (AAGP), véritable mirage diplomatique de 6 800 km traversant 13 États pour une facture astronomique de 30 milliards de dollars sans financements fermes ni légitimité gazière, le Gazoduc Transsaharien (TSGP) reliant le Nigéria à l'Algérie s'impose par son pragmatisme économique : un tracé deux fois plus court, un coût divisé par deux et plus de 50 % d'infrastructures déjà opérationnelles et raccordées au marché européen via la Méditerranée, porté directement par deux géants producteurs du continent. 

En évitant les risques juridiques majeurs du tracé atlantique et la complexité de treize cadres fiscaux différents, l'axe Alger-Abuja reste la seule option concrète. C'est précisément cette viabilité immédiate qui a contraint le Nigéria à recadrer les ardeurs médiatiques pour préserver son alliance stratégique avec l'Algérie.

Soutien d’Abuja au Front Polisario: deuxième camouflet pour le Maroc

En réaffirmant officiellement sa reconnaissance de la RASD lors de la visite d'un envoyé spécial sahraoui auprès du président Bola Tinubu, le Nigéria rappelle son attachement strict aux principes d'autodétermination et aux fondements de l'Union africaine. Le ministre des Affaires étrangères de la RASD, Mohamed Yeslem Beissat, a été officiellement reçu le 23-24 juillet 2026 par Sola Enikanolaiye, ministre d'État nigérian des Affaires étrangères.

La délégation sahraouie a remis une lettre personnelle du président de la RASD, Brahim Ghali, adressée au président Bola Ahmed Tinubu.

Le ministère nigérian des Affaires étrangères a publiquement réaffirmé à cette occasion les « relations fraternelles historiques » liant la République du Nigeria à la RASD, des relations diplomatiques établies depuis 1984.

Rappelant également que le président du Nigéria, Bola Tinubu, avait déjà transmis un message chaleureux d'amitié à la RASD lors de l'anniversaire de la proclamation de la république, confirmant que la ligne diplomatique d'Abuja reste intacte malgré la pression marocaine. 

Par ailleurs, cet épisode illustre la dynamique de la diplomatie sahraouie qui continue d'ancrer ses alliances sur le continent, réaffirmant que la question du Sahara Occidental demeure un processus inachevé de décolonisation selon le droit international.

Cette prise de position du Nigéria contredit directement les prétentions du Makhzen qui affirmait que le dossier du Sahara Occidental était clos et que le projet de gazoduc Nigeria-Maroc traduisait une convergence politique globale avec Abuja.

Le Nigéria démontre que les discussions autour d'une coopération économique n'ont jamais signifié un alignement politique sur Rabat, d'autant que le projet de gazoduc reste plombé par son coût astronomique, sa complexité et l'absence de financements.