Par Hanane Ben

Des indicateurs économiques annoncent le lancement imminent d'un méga-projet d'investissement en Algérie, estimé à 4,4 milliards d'euros. Cette initiative d'envergure nationale a pour objectif de structurer une filière intégrée de gestion des déchets, allant de la collecte à leur valorisation en énergies renouvelables.

Ce projet colossal de 4,4 milliards d'euros, révélé en août 2026, marque un tournant stratégique pour la transition énergétique et l'économie circulaire en Algérie. Il vise à transformer la gestion des déchets ménagers d'un fardeau environnemental et financier pour les collectivités locales en une ressource économique majeure et une source d'énergie propre (électricité, biomasse, carburants).

La coalition des géants nationaux et le partenaire européen

L'ouverture de canaux de coopération entre le partenaire européen et de grands groupes nationaux montre que les promoteurs du projet ne cherchent pas un simple financement passif, mais veulent construire un véritable partenariat industriel et technologique. L'objectif central est de localiser le savoir-faire européen en Algérie afin d'assurer, à long terme, la souveraineté technologique du pays dans l'économie verte.

Le groupe Cosider est appelé à participer à ce projet colossal. En tant que leader national du bâtiment et des travaux publics – déjà engagé sur des chantiers critiques comme le métro d'Alger ou le dessalement d'eau de mer –, Cosider apporte une puissance d'exécution unique. Le groupe sera le bras armé pour le déploiement concret des infrastructures lourdes au niveau national.

De son côté, le groupe Madar apportera sa rigueur de gestion financière et son expérience reconnue dans la diversification industrielle hors-hydrocarbures.

En outre, le Fonds National d'Investissement (FNI) interviendra en tant que garant financier public de l'État pour les investissements stratégiques à long terme. Sa participation structure le modèle de Partenariat Public-Privé (PPP), indispensable pour viabiliser un montant aussi astronomique (4,4 milliards d'euros).

Enfin, le partenaire européen de premier plan aura pour rôle d'apporter les technologies de pointe brevetées dans la valorisation énergétique (méthanisation avancée, incinération propre à haute performance avec captage des fumées) et d'encadrer la formation des compétences locales.

L'architecture technique : une couverture nationale structurée

Pour traiter efficacement les millions de tonnes de déchets produits annuellement en Algérie, le projet refuse la centralisation excessive et s'articule autour d'un réseau équilibré d'infrastructures. Ce maillage territorial reposera en amont sur un réseau national de centres de collecte et sur la mise à disposition de camions intelligents à travers les différentes wilayas pour optimiser le ramassage.

Les flux ainsi collectés seront acheminés vers cinq grandes plateformes de tri et de recyclage. Ces installations auront pour rôle principal de réceptionner les déchets ménagers, d'isoler automatiquement les matières valorisables telles que les plastiques, les métaux et le verre, et de préparer soigneusement la fraction organique en vue de sa transformation.

En aval, le réseau intègre cinq unités de valorisation énergétique. Ces usines de haute technologie seront chargées de convertir les déchets non recyclables en ressources énergétiques majeures. Elles produiront ainsi de la biomasse, des carburants alternatifs, mais aussi de l'électricité verte destinée à être directement injectée dans le réseau électrique national.

Pour garantir l'efficacité de ce système, le volet technologique du projet est officiellement adossé à un consortium industriel européen de premier plan, mené par des constructeurs et équipementiers allemands et suédois, deux références mondiales absolues dans le domaine du traitement des déchets ménagers. Ce choix stratégique garantit l'accès aux technologies de rupture les plus avancées au monde en matière de méthanisation, de valorisation thermique propre et de recyclage automatisé. Le rôle de ce partenaire ne se limite pas à la fourniture d'équipements, mais englobe une obligation contractuelle de transfert de savoir-faire et de formation des cadres techniques algériens.

Les impacts socio-économiques et environnementaux attendus

Au-delà de son envergure technologique, ce méga-projet s'imposera comme un véritable catalyseur pour la société et l'industrie algériennes. Sur le plan environnemental et social, l'initiative vise d'abord le désengorgement des décharges publiques grâce à une réduction drastique des volumes de déchets envoyés vers les Centres d'Enfouissement Technique (CET), aujourd'hui saturés à travers le pays. Cette dynamique s'accompagnera d'une amélioration notable du bilan carbone national, permise par la diminution massive des émissions de méthane issues de la décomposition des décharges à ciel ouvert.

Pour ancrer ces changements dans la durée, le projet ambitionne de susciter un véritable changement culturel : des campagnes massives de sensibilisation seront déployées pour promouvoir le tri sélectif à la source et impliquer directement le citoyen au cœur de cette transition.

Sur le plan économique, les retombées attendues sont tout aussi considérables. Le projet promet en effet une création massive d'emplois, avec des prévisions annonçant plus de 68 000 postes directs. Au-delà de ces postes au cœur même des usines, l'initiative va générer des milliers d'emplois indirects à travers tout le pays. Ces opportunités couvriront un large spectre de qualifications, allant de la collecte spécialisée à l'ingénierie complexe des procédés énergétiques.

Enfin, ce grand investissement va aider à l'émergence d'une véritable filière de l'économie verte en Algérie. Il donnera naissance à un écosystème dynamique de sous-traitance locale, stimulant ainsi l'activité des PME spécialisées dans le transport et la maintenance industrielle, tout en ouvrant la voie aux start-ups technologiques.

Bien que les arbitrages économiques et la structure du consortium national (Cosider, Madar, FNI) soient finalisés, le lancement opérationnel de ce méga-projet reste en attente des validations réglementaires et signatures officielles des contrats d'exécution. Les prochaines étapes institutionnelles détermineront le calendrier exact du déploiement de ces infrastructures stratégiques à travers les wilayas.