L'expert en sécurité, José Maria Gil Garre, a affirmé que le Makhzen a orchestré l'"invasion" de Ceuta, fin juillet dernier, en transmettant des ordres jusqu'au niveau opérationnel des gendarmes et des forces auxiliaires déployés sur la frontière pour laisser passer les migrants marocains de façon illégale dans le territoire espagnol.

Selon le rapport de l'expert publié samedi par le quotidien espagnol "La Razon", la capacité de moduler la réponse des forces de sécurité à la frontière constitue l'un des instruments classiques de pression asymétrique dont dispose le Makhzen et qu'en l'occurrence, cet instrument a été utilisé en connaissance de cause et sur instructions parvenues au niveau opérationnel.

Le rapport a relevé que les ordres relatifs au positionnement, à la gestion des flux migratoires et au déploiement des barrages flottants sont du type d'instructions qui ne peuvent s'expliquer que par l'existence d'une chaîne de commandement opérationnelle atteignant ce niveau.

Il a affirmé que la capacité de transmettre des ordres jusqu'aux confins de la frontière est l'élément qui transforme la permissivité observée le 30 juillet en une régulation délibérée des flux migratoires. 

Des documents des services de renseignement et de sécurité espagnols avaient révélé dernièrement l'implication du Makhzen dans l'afflux de milliers de migrants marocains en situation irrégulière vers Ceuta, après une alerte adressée par les services espagnols à leurs homologues marocains concernant un projet de traversée collective, sans qu'une réponse ferme ne soit apportée.

Le gouvernement espagnol avait publié 40 documents, rapports et correspondances relatifs aux événements, émanant notamment du Centre national de renseignement (CNI), de la Garde civile, de la Police nationale et du Centre de renseignement des forces armées (CIFAS).

Ces documents retracent la chronologie des informations disponibles avant l'afflux massif de migrants les 30 et 31 juillet dernier, au cours duquel plus de 70.000 personnes avaient tenté de rejoindre Ceuta. 

Selon un document du CNI, les services espagnols avaient alerté, le 29 juillet, les deux services de renseignement marocains DGST et DGED sur des appels à une traversée vers Ceuta par voie terrestre et maritime le lendemain.

Un rapport de la Police espagnole évoque également l'intervention d'éléments marocains en uniforme pour orienter certains migrants vers des points de passage, qualifiant la réponse marocaine de "tolérance totale". 

Les documents espagnols écartent par ailleurs la responsabilité exclusive des réseaux de passeurs, estimant qu'ils n'auraient pas été capables d'organiser un mouvement d'une telle ampleur, dépassant 70.000 personnes.

Ces éléments mettent en cause, selon les rapports espagnols, le rôle du Makhzen dans l'utilisation de la question migratoire comme moyen de pression sur l'Espagne, tout en cherchant à se soustraire à sa responsabilité dans cette crise.