Par Hanane Ben
Comme si cette double douche froide — la priorité redonnée au gazoduc algérien et la réaffirmation du soutien nigérian au Polisario — ne suffisait pas, un nouveau front de tensions vient s'ouvrir entre Rabat et Abuja.
Cette fois, c'est sur le terrain du droit des passagers et de la souveraineté institutionnelle que la crise s'aggrave: les défaillances répétées de Royal Air Maroc et le comportement jugé hautain de sa direction locale ont poussé l'Autorité de l'Aviation Civile du Nigeria à sortir l'artillerie lourde.
L’Autorité de l’Aviation Civile du Nigeria (NCAA) hausse le ton contre Royal Air Maroc. Dans une déclaration virulente, Michael Achimugu, Directeur de la Protection des Consommateurs, dénonce les manquements répétés de la compagnie et le mépris de sa direction locale face aux régulateurs.
C'est une prise de parole particulièrement cash et sans filtre pour un cadre supérieur d'une agence gouvernementale nigériane.
En tant que directeur des affaires publiques et de la protection des consommateurs à la NCAA, Michael Achimugu s'exprime ici avec une telle fermeté rare qui montre à quel point les relations entre les autorités nigérianes et la direction locale de Royal Air Maroc ont atteint un point de rupture.
Malgré une première sanction en 2025, les griefs s’accumulent : bagages perdus ou retardés sans information, absence d'assistance financière d'urgence et lenteur dans le traitement des litiges.
Le point de rupture reste l'attitude du directeur pays de la RAM, Ahmed Boussouf. Accusé de refuser de se rendre aux convocations officielles à Abuja et d'avoir lancé un provocateur « Faites ce que vous voulez » aux autorités, il a provoqué la colère du régulateur.
Face à cette insoumission, Michael Achimugu a annoncé qu'il demanderait la suspension pure et simple des vols de Royal Air Maroc au Nigeria.
Rappelant que les passagers nigérians disposent d'alternatives comme Ethiopian Airlines, Egypt Air ou Air Algérie, la NCAA affirme qu'elle n'hésitera plus à appliquer des sanctions exemplaires pour faire respecter les droits des usagers.
Au-delà des arbitrages géopolitiques et énergétiques, les relations entre les deux pays restent profondément marquées par le climat délétère qui a entouré la dernière Coupe d'Afrique des Nations organisée au Maroc.
La victoire du Nigeria s’est jouée dans une atmosphère électrique, ternie par de graves dérives : tensions autour du vol de la serviette du gardien nigérian Stanley Nwabali en pleine rencontre, affrontements hostiles, agressions physiques ciblant les supporters des Super Eagles et arrestations suivies de l'emprisonnement de plusieurs d'entre eux.
Ce passif sportif lourd n'a fait qu'attiser les rancœurs, transformant chaque nouvel incident en étincelle. Les défaillances répétées de Royal Air Maroc et l'attitude jugée arrogante de sa direction viennent ainsi s'ajouter à une longue liste de griefs, achevant de porter la tension entre Abuja et Rabat à son paroxysme.
Dernier épisode en date pour envenimer la situation : le scandale survenu lors du rassemblement de la sélection féminine nigériane à Casablanca.
En pleine préparation pour la compétition, plusieurs joueuses phares des Super Falcons (dont la capitaine Rasheedat Ajibade et l'attaquante Esther Okoronkwo) ont dénoncé le vol de plus de 1 200 dollars directement extorqués de leurs portefeuilles dans leurs chambres d'hôtel.
L'absence de réponse satisfaisante de la direction de l'établissement et la gestion de cet incident sur place ont une nouvelle fois indigné le public nigérian, ajoutant une couche supplémentaire d'amertume dans des relations bilatérales désormais électriques à tous les niveaux.
On assiste très clairement à un durcissement de ton méthodique et assumé de la part d'Abuja, qui s'apparente à une riposte graduée face à Rabat. Une analyse que beaucoup d'observateurs du continent partagent aujourd'hui.
Pendant longtemps, le Nigeria a adopté une posture plutôt diplomatique et modérée sur plusieurs dossiers. Mais la succession d'incidents récents — qu'ils soient géopolitiques, sportifs ou liés au traitement de ses citoyens — a fini par saturer la patience des autorités et de l'opinion publique nigérianes.
Le Nigeria semble désormais appliquer une ligne de conduite très claire sous l'administration actuelle : exiger le respect strict des règles, défendre fermement ses intérêts et rendre la monnaie de leur pièce à ceux qui manquent de considération envers son statut de puissance régionale.