Par Fatma Zohra Hamza.

Les combats ont repris dans le Tigré, au nord de l’Ethiopie, sur fond d’une coalition militaire de 07 groupes armés dont le TPLF(front de libération du peuple du tigré) et les milices FANO de la région Amhara. L’alliance de ces anciens ennemis sous l’impulsion de l’ingérence étrangère des Emirats, présente un risque réel de voir le conflit basculer vers une guerre à grande échelle contaminer toute la corne de l’Afrique.

Pour le quatrième jour consécutif, les affrontements se poursuivent, entre l’armée éthiopienne (les forces de défense nationale éthiopiennes ENDF) et les forces tigréennes à Sekota, dans la zone de Wag Hamera, en Amhara, cette ville reprise par les forces gouvernementales.

Selon les informations disponibles, l’ENDF ont aussi pris le contrôle de la ville d'Alamata, dans la zone sud du Tigré. Aussi, Des frappes de drones ont été rapportées, notamment contre l’immeuble hébergeant la télévision publique du Tigré à Mekele, faisant craindre une escalade et de nouveaux déplacements de population ; des risques accrues par l’ingérence étrangère. 

Cette nouvelle escalade militaire fait voler en éclat l’accord de paix de Pretoria, signé en novembre 2022 entre le gouvernement fédéral d’Abiy Ahmed et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) sous médiation de l’union africaine, pour mettre fin à la précédente guerre civile du Tigré.

Après trois ans de calme précaire, la situation dégénère et semble échapper à tout contrôle faisant peser des menaces réelles sur des axes logistiques vitaux, à commencer par le corridor de Berbera qui relie son port à Addis-Abeba.

A qui profite la guerre ?

Les Emirats, alimentent la guerre en cours en Ethiopie. Abu Dhabi, fait parvenir, des armes principalement des drones et des missiles ainsi que des mercenaires vers l’Ouest du pays ; où les FSR, bénéficient d’un entrainement militaire et d’une base aérienne, c’est ce que révèle l’ONG ACLED, spécialisée dans la collecte, l'analyse et la cartographie en temps réel des données sur les violences politiques à travers le monde.

Abu Dhabi, l’un des principaux acteurs du proxy wars en Afrique, maintient ainsi, sa politique d’influence, dans ce pays, en combinant non seulement bases militaires, soutien à des régimes ou factions par l’attribution de prêts pour garantir la soumission de cet Etat de transit mais aussi en étendant sa stratégie portuaire.

Le corridor de Berbera, l’instrument d’influence émirati !

L’Ethiopie enclavée, dépendante du corridor maritime ralliant Djibouti à Bab Al Mandeb, est prise au piège, dans la guerre au Moyen-orient.

Cette conjoncture en mer Rouge, pousse l’Éthiopie à diversifier ses corridors pour son commerce extérieur et ainsi renforcer son pouvoir de négociation avec les pays voisins. Sa solution de repli : Le corridor de Berbera.

Même si Djibouti reste le principal débouché maritime éthiopien, des analystes présentent Berbera comme un moyen pour Addis-Abeba pour réduire sa vulnérabilité et renforcer ses connexions dans l’est et le sud du pays.

Il faut savoir que le port de Berbera est exploité et développé par l’entreprise émiratie, DP World. Abu Dhabi a aussi financé la route Berbera- Ethiopie, faisant de Berbera un instrument de pression de choix pour ce petit Etat du Golf.

Berbera possède également une valeur militaire importante grâce à son aéroport et ses installations portuaires permettant de surveiller le golfe d’Adenet l’approche méridionale de la mer rouge.

Un détail capital qui fait de ce corridor un outil de puissance économique et géopolitique pour les émirats ; en leur permettant de créer une nouvelle route commerciale qui relie leur hub de Jebel Ali au marché éthiopien sans dépendre de Djibouti ni de l’Erythrée ; une route au service de la stratégie de puissance émiratie dans la corne de l’Afrique.