Par Hanane Ben

La presse ibérique s’étonne et spécule quant à l'absence de réaction virulente des autorités marocaines à la suite de la visite du roi Felipe VI aux deux enclaves de Ceuta et Melilla. La comparaison avec l'année 2007, lors du déplacement de l'ancien monarque Juan Carlos Iᵉʳ, est sur toutes les lèvres, rappelant qu'une crise diplomatique majeure avait alors éclaté avec le rappel immédiat de l'ambassadeur marocain. Cette fois-ci, la retenue apparente de Rabat semble plonger les observateurs et le gouvernement espagnol dans une profonde perplexité.

Pourtant, la lecture des articles de la presse espagnole laisse transparaître une fébrilité indiscutable, doublée d'une crainte mal dissimulée tant chez les médias que chez les dirigeants à Madrid. L'Espagne est pleinement consciente du déséquilibre des forces et de l'avantage stratégique que détient le Maroc grâce au levier de la question migratoire, devenu un instrument de pression récurrent sur la frontière sud de l'Europe.

Face au calme affiché par le régime voyou de Rabat, les analystes espagnols s'accordent à qualifier cette modération de mystère. Ils se perdent en conjectures et en suppositions inutiles pour tenter de déchiffrer la posture marocaine. En réalité, le secret de cette retenue n'a rien d'énigmatique et réside en totalité dans le discours prononcé par le roi Mohammed VI devant le Parlement marocain la semaine dernière.

De plus, le Maroc attend méthodiquement le résultat des élections espagnoles du 29 novembre prochain pour fixer sa stratégie face à l'Espagne et réajuster son rapport de force en fonction du futur gouvernement à Madrid.

C'est dans cette allocution royale que résidait déjà la véritable réponse de Rabat. Sans céder à la surenchère immédiate, le souverain marocain avait préventivement posé le cadre en abordant la politique migratoire de son pays, soulignant que le partenariat est un choix souverain et un engagement volontaire, qui ne sera en aucun cas soumis à une quelconque pression, menace ou chantage.

En instillant un doute clair sur l'efficacité du modèle migratoire actuel, Mohammed VI a signifié que la coopération ne se ferait plus sous la contrainte, le tout prononcé quatre jours seulement avant le déplacement des souverains espagnols.

Cependant, face à ces manœuvres et à cette pression permanente, la royauté espagnole semble enfin prendre toute la mesure d'une situation devenue insupportable. Par ce voyage historique, le roi Felipe VI marque une rupture nette avec la complaisance et la soumission manifestées jusqu'alors par le gouvernement socialiste de Pedro Sanchez envers Rabat.

Le monarque espagnol a fait preuve d'une intransigeance absolue quant à l'appartenance indiscutable de Ceuta et Melilla à la nation espagnole.

Loin de se laisser intimider par la question migratoire, Felipe VI a rappelé avec fermeté depuis Melilla que ces territoires sont pleinement à l'Espagne et à l'Europe, tout en insistant sur le fait que toute menace pesant sur leurs frontières constitue une attaque directe contre l'ensemble de l'Union européenne.

Le souverain a tenu à poser un acte fort pour l'avenir de ces deux villes autonomes, affirmant haut et fort que l'Etat ne les abandonnerait pas et qu'elles doivent désormais être pleinement intégrées au cœur de la vie nationale.

S'adressant directement aux populations locales, le Roi a martelé que les habitants des deux villes doivent ressentir plus souvent et plus concrètement le soutien et la présence du reste du pays.

Il a déclaré avec émotion que les citoyens méritent de ressentir plus souvent, y compris à travers leurs Souverains, l'affection et la proximité de tous les Espagnols, non pas malgré le fait de vivre sur ce territoire, mais précisément pour cette raison. 

En affirmant que l'Espagne est parfaitement préparée à défendre ses valeurs, ses libertés et son intégrité territoriale sans céder au chantage, Felipe VI met fin à une posture d'effacement et réaffirme avec souveraineté la présence espagnole en Afrique du Nord.