Par Hanane Ben
Dans un discours incisif et particulièrement véhément prononcé lors de la visite du roi Felipe VI et de la reine Letizia, le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas, n'est pas allé avec le dos de la cuillère pour dénoncer la crise majeure survenue les 30 et 31 juillet derniers. Qualifiant cet afflux massif de près de 100 000 personnes de « plus grave crise de sécurité nationale de notre démocratie », Juan Jesús Vivas a ouvertement accusé cette offensive d'avoir été « conçue, organisée et exécutée » pour déstabiliser la ville et mettre en péril la souveraineté espagnole.
Evoquant le drame humain tragique de 141 vies perdues et une population vivant dans la peur d'une « cocotte-minute prête à exploser », le président autonome a exigé le renvoi immédiat de tous les arrivants clandestins, martelant face à la Couronne que « Ceuta n'est pas à vendre, Ceuta doit être défendue, Ceuta, c'est l'Espagne ».
Mais derrière ce cri d'alarme lancé depuis le terrain se dessine une trahison politique bien plus grave orchestrée au sommet de l'Etat. L'assaut sur la frontière terrestre dissimulait une violation militaire de la souveraineté espagnole que le gouvernement de Pedro Sanchez s'est empressé d'étouffer. Alors que la ville sombrait dans le chaos fin juillet, des navires de la Marine royale marocaine s'introduisaient sans autorisation dans les eaux territoriales de Ceuta, frôlant la collision avec les patrouilleurs espagnols.
Plutôt que de dénoncer cette provocation avec la fermeté requise, Pedro Sanchez a fait le choix de la dissimulation. En informant confidentiellement le Palais de la Zarzuela tout en cachant l'incident au Parlement et au gouvernement régional de Ceuta, La Moncloa a délibérément menti par omission à la nation pour préserver ses relations diplomatiques avec Rabat. Réduisant cyniquement cette incursion militaire à un « incident isolé » lors de révélations tardives, Pedro Sanchez confirme sa stratégie d'esquive et de complaisance, préférant sacrifier la transparence institutionnelle plutôt que d'affronter la réalité des pressions marocaines.
Cette posture d'alignement systématique et d'opacité commence toutefois à coûter cher au chef du gouvernement. Dans les médias comme au sein de l'échiquier politique espagnol, les accusations d'allégeance et de soumission à Rabat se font de plus en plus assourdissantes. Une question obsédante brûle désormais sur toutes les lèvres : que cache réellement cette passivité face aux exigences du royaume voyou du Maroc ? Les soupçons d'un chantage politique ou de secrets d'Etat compromettants planent plus que jamais sur La Moncloa.
La convocation précipitée d'élections anticipées apparaît dès lors comme l'aveu d'échec d'un exécutif aux abois, incapable d'assumer sa propre gestion et ne maîtrisant plus le cours des événements. Alors que le gouvernement espagnol tourne en rond dans une fuite en avant institutionnelle, Rabat semble dicter son agenda et imposer son tempo à un pouvoir madrilène paralysé.
Face à la fermeté affichée par la Couronne sur le sol de Ceuta, l'appareil politico-médiatique marocain en est d'ailleurs réduit à des contorsions ridicules et à des récits complètement farfelus.
Ne supportant pas l'accueil triomphal réservé aux Souverains espagnols par une population scandant son attachement à l'Espagne, les médias et officines de propagande marocains, telles que le Centre marocain d'études stratégiques tentent désespérément de réécrire l'histoire.
Entre manifestations sur commande organisées par des syndicats à Agadir et analyses tirées par les cheveux affirmant que Sanchez aurait « supplié le roi d'intervenir » pour sauver son mandat avant les élections, Rabat nie l’évidence. En qualifiant la visite royale d'un souverain sur son propre territoire national de « simple geste protocolaire sans valeur », la presse marocaine a été mise à nue devant sa propre propagande.
Cette gesticulation médiatique trahit surtout la fébrilité d'un régime pris de court par l'affirmation sans ambiguïté de la souveraineté espagnole, tandis que La Moncloa continue de baisser les yeux face à des prétentions expansionnistes marocaines irrecevables.