Nouvelles révélations dans la presse ibérique sur la gestion des fonds européens destinés au royaume du Maroc. La FIIAPP, fondation sous la tutelle du ministère espagnol des Affaires étrangères, a attribué de gré à gré un marché de 640 000 euros HT à l'entreprise Auto Hall. Le contrat, financé par l'UE pour équiper le ministère marocain de l'Intérieur, profite directement à une société dirigée par des cousins germains de Mohammed VI et comptant d'anciens hauts responsables marocains dans son conseil d'administration.
Selon des révélations du journal espagnol The Objective, cette attribution suscite la controverse en raison des liens étroits entre le concessionnaire retenu et le pouvoir marocain. L'entreprise Auto Hall est en effet majoritairement contrôlée par une société dirigée par Moulay Souleimane Cherkaoui, cousin germain du roi Mohammed VI.
Son conseil d'administration rassemble également son frère Moulay Omar Cherkaoui, l'ancien ministre Karim Ghellab ainsi que Mohamed Saâd Hassar, un ancien secrétaire d'État à l'Intérieur marocain — le ministère même qui est le destinataire final des véhicules.
Le marché, financé par l'Union européenne dans le cadre de la gestion des frontières et de la lutte contre l'immigration clandestine, prévoit la livraison de 12 ambulances tout-terrain. L'opération interroge également sur le plan des procédures : après l'annulation d'un premier appel d'offres classique auprès de sociétés espagnoles, la fondation a basculé vers une procédure négociée sans publicité.
Auto Hall a été la seule entreprise à soumettre une candidature et a décroché le marché sans que la négociation n'entraîne de baisse sur le prix unitaire des véhicules. Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus vaste de tensions et d'arrangements diplomatiques sensibles entre Madrid, Bruxelles et Rabat autour des questions migratoires.
Pour de nombreux observateurs et opposants politiques en Espagne, cet épisode illustre une fois de plus la complaisance, voire la complicité accrue du gouvernement de Pedro Sánchez à l'égard du régime de Rabat.
Depuis le virage diplomatique historique opéré par Madrid en 2022 sur le dossier du Sahara occidental, l'exécutif espagnol est régulièrement accusé de multiplier les concessions politiques, économiques et financières envers le pouvoir marocain pour garantir la coopération sécuritaire et migratoire, parfois au prix d'une certaine opacité dans la gestion des deniers publics et des fonds européens.
La presse espagnole dénonce régulièrement l'envoi de fonds publics et d'aides directes ou indirectes vers le Maroc.
Le ministère espagnol de l'Intérieur accorde régulièrement des subventions directes (plusieurs dizaines de millions d'euros par an) pour financer le matériel des forces de sécurité marocaines (véhicules tout-terrain, camions- citernes, lunettes de vision nocturne, drones, etc.).
Le gouvernement Sanchez avait approuvé une enveloppe d'urgence de 30 millions d'euros en faveur du Maroc au lendemain de la crise migratoire à Ceuta, lorsque 8 000 personnes avaient traversé la frontière, un geste qui a fait scandale et a été perçu par la presse d'opposition comme une « prime au chantage ».
Il est rapporté qu’entre les fonds propres espagnols et la gestion déléguée des fonds européens, l'Espagne a orchestré le transfert de plus de 150 à 200 millions d'euros sur les dernières années pour la gestion des frontières.
La presse a dénoncé, également, les données de la coopération espagnole (AECID) et de l'OCDE. Selon elle, le Maroc perçoit en moyenne 35 à 40 millions d'euros par an au titre de la coopération au développement. La presse pointe souvent du doigt des subventions destinées au secteur agricole marocain ou à l'artisanat, arguant que cela finance directement des producteurs marocains en concurrence directe avec les agriculteurs espagnols (notamment en Andalousie et à Murcie).
Pour ce qui est de la subvention indirecte de l'électricité, la presse d'investigation a révélé que la mise en place du mécanisme d'intervention sur le prix du gaz en Espagne (l'exception ibérique) a permis au Maroc de racheter de l'électricité produite en Espagne à un coût artificiellement bas, ce qui s'est traduit par un avantage estimé à plusieurs centaines de millions d'euros au bénéfice du réseau électrique marocain.
La presse espagnole a souligné qu'entre l'éclatement du scandale d'espionnage Pegasus (visant les téléphones de Pedro Sanchez et de ses ministres) et le virage sur le Sahara Occidental en mars 2022, les octrois de crédits et de matériel au gouvernement marocain ont atteint des niveaux record.
Les médias dénoncent le recours fréquent à des procédures d'urgence, de gré à gré ou via des fondations publiques (comme la FIIAPP), ce qui permet d'éviter les débats parlementaires et la concurrence classique entre entreprises.