Par Hanane Ben
Rami Abou Jamous, contributeur au journal Orient XXI, publie un journal de bord depuis Gaza où il adresse une lettre ouverte au ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Ce texte réagit à la reprise, par Barrot devant le Sénat, d’une citation controversée de l’ex- Première ministre israélienne Golda Meir : «Nous pouvons pardonner à nos ennemis d’avoir tué nos enfants, mais nous ne pouvons pas leur pardonner de nous forcer à tuer leurs enfants».
Pour Barrot, cette citation suprémaciste qui justifie le génocide des Palestiniens, illustre l’«éthique humaniste et universaliste» de l’entité sioniste.
L’auteur souligne son incrédulité initiale, pensant avoir mal compris, avant de confirmer l’authenticité des propos.
Abou Jamous reproche à Barrot d’opposer «l’humanisme» supposé de Meir à une loi israélienne récente instaurant la peine de mort exclusivement pour les Palestiniens. «Si on suit le ministre, les Israéliens n’ont pas le droit de pendre des gens, mais ils peuvent tuer des enfants. Parce qu’ils y sont obligés», a-il écrit, abasourdi par le ton convaincu de Barrot.
Abou Jamous a exprimé l’incompréhension et l’insulte ressentie par les Palestiniens face à cette reprise par la voix de la France. Il a interpellé directement Barrot : «vous êtes la voix de la France. Et nous, les Palestiniens, nous ne comprenons pas que la France nous insulte. Comprenez-vous même ce que signifiait cette citation ? Comprenez-vous qu’elle résume l’esprit colonial en quelques mots ?», a-t-il tancé.
Analysant la citation de Golda Meir pour la relier aux massacres depuis 1948, à l’occupation et à la négation du peuple palestinien, Jamous accuse cette vision de victimiser les auteurs des tueries plutôt que les victimes, y compris les enfants, et de justifier la colonisation conditionnelle. «En exhumant ces mots vieux de plus de cinquante ans, vous justifiez l’occupation d’aujourd’hui. Elle ne cesse de s’étendre, en Cisjordanie, à Gaza et dans une partie du Liban et de la Syrie», a-t-il incriminé Barrot, en poursuivant : «vous validez les massacres qui continuent sans relâche. Et vous nous dites que nous devons être des victimes gentilles, des animaux dociles, des moutons qu’on a le droit d’enfermer derrière des murs. Et si on bouge, il est normal de tuer nos enfants. Les tueurs représentent une humanité supérieure, à laquelle nous n’avons pas accès : ils sont capables de nous pardonner d’avoir tué leurs enfants et ils sont tristes d’avoir à tuer les nôtres», a-t-il fustigé avec amertume.
Jamous a déploré qu’Emmanuel Macron n’ait pas réagi aux propos de Barrot, validant ainsi tout soutien extrême à l’entité sioniste. Il a opposé ce silence au recadrage sévère de Jacques Chirac en 1999 envers Lionel Jospin, qui avait qualifié le Hezbollah de «terroriste» lors d’une visite en Israël et Palestine, provoquant sa fuite sous les cailloux à Birzeit.
Jacques Chirac, a ajouté le journaliste palestinien, n’avait pas toléré l’humiliation infligée à la diplomatie française par Jospin en 1999. Aujourd’hui, Emmanuel Macron reste indifférent face à la dérive de Barrot, qui reprend les slogans éculés de la propagande sioniste devant le Sénat.
L’auteur a cité la suite de la phrase de Golda Meir : «nous n’aurons pas la paix avec les arabes, nous l’aurons que lorsqu’ils aimeront leurs enfants plus qu’ils ne nous détestent», pour affirmer que les Palestiniens aiment bel et bien leurs enfants, protégés à mains nues malgré l’occupation qui leur vole une enfance normale et les génocides à Gaza.
Il a interpellé Barrot sur les massacres des milliers d’enfants depuis plus de 3 ans rejetant l’idée qu’ils «obligent» l’entité sioniste à les tuer.
Le Palestinien a dépeint la souffrance des enfants palestiniens : faim due au blocus de Gaza, naissance en tentes après déplacements et destructions, barrages humiliants, absence d’avenir, tabassages ou assassinats par colons en Cisjordanie. Il les a comparés à des «fleurs fragiles» protégées à mains nues contre chars et bombes, arrachées par l’occupation qui s’empare du «jardin».
Jamous reste effondré trois semaines après, choqué que Barrot discrédite la France – jadis symbole du droit international et des valeurs humaines – auprès des Palestiniens de Gaza, où la vidéo circule et interroge : «qu’est-ce qu’il se passe avec la France ?», se demande-t-il.
L’auteur de la lettre a reproché à Barrot et au monde de pouvoir voir et entendre sur les réseaux sociaux la colonisation et les appels à l’annexion par Israël, mais certains – comme le ministre – semblent aveugles et sourds à ces évidences.
Invitant Barrot à écouter les témoignages des Français résistants à l’occupation nazie, qui n’ont «obligé» personne à tuer des enfants français, Jamous a définit l’occupation comme le pire fléau, sans besoin de justification : elle engendre massacres et crimes, tuant les enfants en premier pour étouffer l’avenir palestinien.
Père de deux fils survivants du génocide à Gaza, «mais on ne sait jamais», il a souligné que l’occupation engendre une résistance militaire légitime, que la France reconnaît ailleurs. «Quand je vous ai entendu, le 20 avril, annoncer l’appui de la France à un tribunal international, j’ai cru un instant que vous parliez de Gaza. Ce tribunal, disiez-vous, devrait jugerles massacres, les déportations d’enfants, les attaques sur les civils, le meurtre de journalistes et tous les crimes de guerre, mais aussi la planification et la mise en œuvre de cette guerre d’agression coloniale, injustifiable et injustifiée. Ah non, vous parliez de la Russie», a-t-il ironisé, accusateur avant de conclure : « votre humanité a une couleur, le blanc, et une géographie, l’Europe».