Par Hanane Ben
La visite officielle du ministre français de la Justice à Alger s'est achevée dans la plus grande discrétion. Après des séances de travail à huis clos et une audience capitale avec le président de la république Abdelmadjid Tebboune.
Signe de l'extrême sensibilité des sujets sur la table, aucune conférence de presse n'a été organisée et rien n'a fuité des négociations. Les discussions ont pourtant porté sur des dossiers brûlants : l'extradition d'ex-responsables recherchés par Alger, la restitution des biens mal acquis, ainsi que les tractations autour de la libération du journaliste français Jean-Christophe Gleizes.
Face à ce silence radio, seule une brève formule protocolaire a été diffusée par la présidence algérienne, tandis que le ministre français s'est contenté de saluer un échange «fructueux» et empreint de «respect». La visite est peut-être terminée, mais la suite des relations algéro-françaises va désormais se jouer dans l'ombre, là où se mesurera la réelle volonté de Paris de passer des discours aux actes concrets.
La visite officielle du ministre français de la Justice à Alger marque un tournant potentiellement décisif pour les relations bilatérales. Accompagné d'une délégation de magistrats de haut rang, le Garde des Sceaux, Gérard Darmanin, est venu aborder de front des dossiers historiquement complexes et longtemps restés au point mort.
Cette visite après celles de hauts responsables de la sécurité et de la défense, ainsi que le retour à Alger de l’ambassadeur de France Stéphane Romatet, est vue, de l’autre côté de la Méditerranée, comme la tentative d'ouvrir un nouveau chapitre et de rétablir une confiance gravement ébranlée, suite au soutien de Paris au plan d'autonomie marocain pour le Sahara Occidental, entraînant le rappel d'ambassadeurs.
L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, multiplie les déclarations depuis son retour à Alger et a préparé le terrain en annonçant publiquement les thèmes qui allaient être abordés lors de cette visite éclair.
Dans un entretien accordé à la chaine de télévision, AL24 News, il a déclaré que la coopération judiciaire entre les deux pays allait connaître une nouvelle dynamique après des années de blocage. Le diplomate a également annoncé la relance immédiate des travaux de la commission mixte des historiens afin d'avancer sur le chantier de la mémoire.
L'ambassadeur s'est félicité de la volonté partagée des présidents Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron d'accélérer la reprise du dialogue bilatéral. Selon lui, cette dynamique marque une nette détente après une période de fortes tensions.
Au-delà de la rhétorique de la relance, la visite du ministre français de la Justice à Alger constitue un véritable crash-test bilatéral. La question est désormais de savoir si la France va concrétiser ses promesses et répondre favorablement aux attentes algériennes.