Par Hanane Ben

Connaîtrons- nous bientôt l’identité de tous les espions marocains ? C’est la question qui enflamme les réseaux sociaux et fait trembler la royauté du Maroc depuis que le mystérieux groupe de hackers Jabaroot a lancé un ultimatum sur Telegram. En représailles à l’entrée massive de migrants dans l’enclave de Ceuta, le collectif menace de publier la liste nominative des agents du renseignement marocain opérant à l’étranger.

La menace est prise au sommet de l'État avec un effroi glacial : parmi les noms figurant sur cet extrait de dossier figureraient deux conseillers royaux ainsi que le patron de la DGST en personne. Ce coup de semonce n'est pourtant pas un coup d'essai. Depuis plus d’un an, Jabaroot est devenu le pire cauchemar de Rabat.

De la fuite des fiches de milliers d’employés des palais royaux à la divulgation des registres de la Sécurité sociale — exposant au grand jour les salaires mirobolants des dirigeants d'entreprises publiques —, le groupe a méthodiquement mis à nu les rouages du pouvoir, s'attaquant désormais au cœur même du renseignement marocain.

Les moyens de Jabaroot (tyrannie) en arabe, dépassent le piratage opportuniste. Le groupe utilise des attaques par injection SQL sophistiquées, exploite des vulnérabilités Zero-Day sur les serveurs gouvernementaux, et s'appuie sur une infrastructure distribuée qui rend la traçabilité presque impossible.

Leurs motivations affichées relèvent du cyber-activisme idéologique : punir les élites qu'ils accusent de corruption et déstabiliser les réseaux de pouvoir. Cependant, la précision géopolitique de leurs cibles suggère un appui tactique de haut niveau ou l'accès à des données de renseignement préexistantes.

L'annonce de la fuite imminente sur Telegram a immédiatement déclenché une alerte rouge au sein de l'appareil sécuritaire marocain. Le compte à rebours de 48 heures fixé par les hackers a plongé le pouvoir makhzenien dans une dans une sacrée pagaille.

Le groupe  inscrit ses offensives dans le cadre d'une cyberguerre régionale ouverte. Cependant, l'attribution exacte du collectif reste nuancée : plusieurs spécialistes soulignent qu'il pourrait s'agir d'une nébuleuse transfrontalière regroupant des activistes de diverses nationalités — notamment des hackers sahraouis, tunisiens ou libyens — unis par un agenda anti-institutionnel commun.

Cette diversité opérationnelle leur permet de démultiplier leurs angles d'attaque tout en brouillant efficacement les pistes face aux services de contre-espionnage. Pour diffuser leurs cyber-attaques et leurs leaks, le groupe s'appuie principalement sur des canaux Telegram très suivis ainsi que sur des forums spécialisés du Dark Web.

Contrairement aux pirates informatiques classiques motivés par des demandes de rançon financières, Jabaroot privilégie la fuite gratuite de données massives pour infliger un dommage institutionnel maximal.

Leurs faits d'armes réels ont d'ailleurs provoqué un véritable choc systémique au Maroc. Le groupe est à l'origine du piratage spectaculaire de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS), exfiltrant et publiant les fiches de paie, numéros d'identité et salaires de près de deux millions de citoyens et d'employés d'entreprises publiques ou privées.

Ils ont dans la foulée ciblé l'Agence nationale de la conservation foncière en divulguant des milliers de titres de propriété, piraté le Ministère de l'Inclusion Économique, et revendiqué des intrusions au cœur du ministère de la Justice. Ce parcours démontre que derrière la posture militante se cache une capacité de frappe redoutable, capable de paralyser des administrations entières.

Jabaroot mettra -t-il ses menaces à exécution ? Wait and see.