» L’histoire, ce témoin des siècles, cette lumière de la vérité, cette vie de la mémoire, cette maîtresse de la vie. »
Cicéron
Par Mohamed Amine Hattou
[Un cas très particulier qu’est celui du royaume de Berghwata, il incarne un élément intéressant de l’omission et la manipulation dans l’historiographie de « Marrakech » puisque ni la généalogie des acteurs, ni les territoires, ni son fonctionnement ne pouvaient confirmer les thèmes et les objectifs associés à l’histoire officielle actuelle de l’entité royale, en effet il fut fondé par une confédération berbère autochtones les « Masmuda » sur la côte Atlantique juste après la révolte berbère, et qui a duré jusqu’aux Almohades , ayant eu de très vastes territoires, du Littoral comprise entre Salé et Azemmour jusqu’à la région d’Anfa et Asfi. Le roi fondateur qui s, était Tarif Abou Saleh, un Berghwata, qui était l’un des chefs de l’armée de Maysara Al Faqir Al Matghari (la révolte de 740), il s’était proclamé « prophète » et avait converti son peuple à sa religion. El-Bakri a décrit la religion des Berghwata qui suivirent les principes religieux de Tarif Abou Saleh, qui régna dès 744 biens avant celle en Tunisie des Aghlabides (800-901). Le royaume de Berghwata perdura jusqu’en 1029 où il finit suite aux attaques des Ifrénides puis sous les coups des Almoravides qui les exterminèrent vers le milieu du XIe siècle.]
Les Berghwata furent toujours accusés d’hérésie par les dynasties voisines qui se succédèrent sur le territoire de l’actuel « Marrakech » (Idrissides, Zirides Fatimides, Almoravides et Almohades) qui déclarèrent une guerre sainte contre eux. Cependant ce royaume réussira pendant 3 siècles à résister aux attaques de ses ennemis jusqu’à l’avènement des Almohades au pouvoir qui par le biais de leur chef militaire Abdelmoumen réussira à conquérir la principauté Berghwata, la vérité est qu’en 1149 et à exterminer totalement sa population “hérétique“. La région de Tamsena fut isolée pendant plusieurs décennies jusqu’à ce que les Almohades dans un acte de punition décident d’y transférer des tribus arabes qui se sont unis au rebelle Ibn Ghania, ennemi des Almohades.

Fin mot sur cet exemple de cas d’omission prémédité
On ne trouve nulle trace du royaume des (742-1148) dans l’histoire officielle royale, ils ne figurent nulle part dans les manuels scolaires d’histoire des voisins de l’ouest.
– Toutes les archives les concernant ont été délibérément détruites pour faire passer sous silence l’existence d’un élément qui dérangeait la pureté de la chronique officielle marocaine lorsque la légitimité religieuse du monarque tel que voulu détient une place importante dans son organisation politique.
– Très peu savent que les Berghwata furent la dernière et la seule dynastie dont les monarques étaient autochtones, ils avaient leur propre prophète, leur livre saint et leurs rites. Ils étaient connus également sous le nom de Béni Tarif, qui avait rejoint le dissident kharijite Maysara et porter le glaive contre les conquérants musulmans. La plupart des historiens affirment que les Berghwata sont de la dynastie berbère de Bocchus, et que Tarif Abou Saleh et sa confédération étaient berbères des Masmuda.
L’interrogation sera : quel Maroc et depuis quand ? Et s’il est peu douteux que l’arrivée de l’islam soit un événement majeur, que l’histoire du Maroc a été marquée par les Idrissides, on peut aussi se demander ce qu’était le Maroc avant le Maroc.
-une autre raison de cette omission à leur histoire s’explique au mieux par l’acceptation et la pratique par les Berghwata d’une doctrine religieuse qui était antithétique et hétérodoxe par rapport à l’islam orthodoxe standard, bien que leur hérésie soit plus profonde que l’islam. L’hérésie des Berghwata a finalement transcendé le dogme religieux et la spiritualité, s’étendant également aux domaines de la gouvernance et de l’organisation militaire. le système « Makhzen » mis à nu, des pratiques qu’il faille utiliser et non divulguer.
Entre l’orient et l’occident : le Maghreb arabe cet espace de toute les convoitises, des états berbères au colonialisme à la projection contemporaine.
Tous ces états ayant régnés dans le « Maghreb arabe » après la révolte berbère contre les Umayyades jusqu’à la veille du colonialisme , leurs modes de gouvernance anciens ou développés , les alliances, les rivalités, trouveront réponses dans le concept d’Al assabiya d’Ibn Khaldun, une simple transposition du concept sur les entités créés par les Zenète, Sanhadja, Masmuda,(carte ci dessous donne un état des lieux avant la venue des Almoravides) révèlera des réalités sur l’ensemble des événements passés, quant à l’historiographie “royale”, démonstration faite sur ses objectifs actuels : l’usurpation n’est plus à établir en voici deux exemples :

Les voyageurs, les chroniqueurs, les historiens, chacun amène à sa manière pour la postérité un témoignage sur un peuple, une entité politique, une civilisation où des acteurs, des faits majeurs, un patrimoine matériel ou immatériel qui laissent des empreintes dans une mémoire collective qui est le substrat d’une résultante mémorielle que si elle est falsifiée, spolié ou usurpé, ne peut amener qu’à la destruction, la disparition de ceux qui en font usage ou qui en sont à l’origine.
[Le Maghreb et la péninsule Ibérique ont été unifiés, par trois fois dans l’histoire, dans un seul conglomérat politique. En premier lieu par : l’empire Romain à partir du Ier siècle avant notre ère jusqu’au Ve siècle, puis les Arabes aux VIIe et VIIIe siècles. Entre la fin du XIe siècle et la fin du XIIIe siècle, enfin, les Berbères et les arabes, les Almoravides et les Almohades, ces derniers étaient contemporains des croisades au « Machrek ».la chute de Constantinople puis de Grenada allaient être le prélude d’une nouvelle étape dans l’histoire du « Maghreb arabe » avec son lot d’alliances contre nature (des musulmans alliés à des chrétiens pour combattre d’au musulmans) , surtout après la récupération d’Al Quds par Salah Eddine Al Ayubi (Saladin) et les premiers raides européens sur les côtes nord africaines.]

Une période historique qui est dans la continuité du processus colonialiste par l’Europe, où les cas de manipulations ou d’usurpations sont nombreux et notoires dans l’historiographie royale, puisque c’est à partir de ces événements que l’on retrouve les premières traces de l’actuelle dynastie “Alaouite” (à Tafilalt et Sijilmassa), celles relatives aux origines et des dogmes, des deux dynasties maghrébines qui ont prôner le Jihad contre le christianisme puis pour des raisons fonctionnelles celles relatives au colonialisme des pays du Maghreb et même de la Palestine plus tard .
[Les Almoravides (1040-1147, Sanhadja, sunnite Malékite), leur « Ribat » (fondé vers1035 dans l’île Tida) ne se trouve pas dans l’actuel royaume chérifien mais dans l’actuel Mauritanie, les fondateurs du mouvement qui a abouti à la dynastie Almoravide, les Lamtuna sont des Sanhadja (parent des Touareg), quant à leurs territoires, ils ne se trouvent pas dans ceux de l’actuel royaume Alaouite mais dans l’Adrar Mauritanien. Motivés par leur volonté de propager l’islam (selon leur dogme Sunnite Malékite), et favorisés par leur maîtrise militaire, les Almoravide ont adopté le modèle du jihâd, de la même manière que Salah Eddine Al Ayubi au « Machrek ». Le jihâd des Almoravide prend deux formes principales : primo diffuser leur perception de l’islam, après la conquête de territoires qui ne leurs sont pas propres contre des po qu’ils considéraient hérétiques ; secundo lutter contre les entités non musulmanes, précisément celles des rois catholiques d’Al Andalus. Le Premier Jihâd Almoravide, s’est d’abord fait dans leur milieu naturel (le désert) sur les routes caravanières, au pays de Ghana (qui s’étalait sur une grande partie du Mali, de confession animistes), et Sijilmassa (Zenète, kharidjite sufrite). La conquête des royaumes Masmuda et Zenète répond au même impératif religieux, comme l’illustre bien la lutte de ‘Abd Allah ibn Yâsin contre le royaume des Berghwata, et leur religion. Si la conquête territoriale est évidente , elle ne l’est pas pour des raisons expansionnistes : l’idée étant avant tout d’imposer l’islam selon le dogme appris dans le « Ribat » pour preuve après avoir défait les royaumes Zenète , les Almoravides se sont arrêtés au cœur de l’Algérie actuelle, car les dynasties dans ces territoires ( actuel Tunisie et la moitié de l’Algérie ),les Zirides et leurs cousins Banu Hamad, étaient des Sanhadja, ils étaient donc de la même confédération, ils ne les attaquèrent pas, ils ont fondé Marrakech en 1062 qu’ils désigneront capita, c’est à partir de cette base que se feront les incursions vers l’ouest et vers Al Andalus .]
Un autre cas de cette usurpation historique royale est celle relative aux Almohades cet autre mouvement religieux né 1120 de la conjonction entre une opposition purement tribale et politique au pouvoir des Sanhadja voilés considérés étrangers , et la volonté de réforme religieuse d’Ibn Tūmart, le fondateur, un Berbère Masmuda qui s’était autoproclamé Al Mahdi ,une autre théorie d’Ibn Khaldun est vérifiée ici : “le rapport entre révolution religieuse et mobilisation tribale “.

Après le décès d’Ibn Tumert vers 1130, c’est Abdul-Mu’min ben Ali Agoumi, un Berbère Zenète originaire de Nedroma dans les monts Trara (Algérie) qui fut désigné comme successeur, il mit en place un état avec un règne héréditaire: la dynastie Almoravide. Le nouveau calife arriva á consolider son pouvoir personnelle en s’appuyant sur les Zénètes et sur les Arabes hilaliens qu’il intégra dans son armée régulière. Sous son règne, les Almohades renversent les Almoravides en 1147, puis conquièrent le Maghreb central Hammadide, l’Ifriqiya (alors morcelée depuis la chute des Zirides) et les Taïfas. Ainsi, le Maghreb et l’Al-Andalus sont entièrement sous domination almohade à partir de 1172.
[L’histoire officielle du royaume de « Marrakech » a toujours omis les origines des Almoravides et ensuite d’Abdul Moumen, ainsi que les causes
Réelle du soulèvement d’Ibn Tumert et des Almohades, afin de dissimuler les véritables origines de deux des plus grandes dynasties ayant régné en Méditerranée occidentale, puisqu’ils étaient considérés comme étrangers par les Masmuda jadis et que l’historiographie royale considère comme pure « Marrakech »]
Sur cette période Almohades , Une halte s’impose à la fois à Bejaia et à Tlemcen (en Algérie, ces deux villes plusieurs fois capitale de royaumes Berbères ont en commun un illustre personnage venu dal Andalus, ” l’imam de référence et le soufi Abou Mediène Chouaïb Al Ghaout avait diffusé le savoir en Algérie et conduit les Algériens dans la bataille pour la libération de El-Quds au XIIe siècle” comme le décrit Kamal Chekkat(, chercheur en soufisme et membre fondateur de la Ligue des Oulémas, prêcheurs et imams du Sahel (LOPIS),) si pour la deuxième ville, c’est son lieu de sépulture, c’est à partir de Bejaia qu’il avait levé l’armée Fédérée de populations berbères de la région qui a participé avec vaillance dans la fameuse Bataille de «Hattin » (1187) décisive lors de la récupération d’Al Quds par Salah Eddine Al Ayubi (Saladin) qui avait attribué des biens, un quartier de la ville sainte , un Wakf Symbole de la libération de la ville sainte des Croisés, un Wakf en propriété à Boumediene Al Ghout, ce composé de plusieurs habitations, une mosquée et une zaouïa destinée à l’hébergement des pèlerins maghrébins, du domaine d’Ein Kerem, renfermant des terres incultes et de labours, des jardins avec sources et puits, un Wakf qui abrite le mur d’ [lamentations].

[Ce qui est lamentable par contre c’est l’appropriation et la manipulation de cette vérité notoire par l’histoire royale de « Marrakech », ainsi, « North African gate» [Bâb al maghariba] devint par enchantement « Morroco gate» (porte du Maroc), ce tour de passe passe historique en dit long sur les rapports entre deux grands bandits.]

Un rapt odieux, après celui entrepris par l’entité sioniste qui a détruit des siècles après, « Harat al maghariba» (quartier des Maghrébins), un grand vestige afin d’aboutir à l’esplanade de la mosquée du dôme que l’on connaît aujourd’hui, l’historien Français en parle : «Il y a des documents absolument incontestables», souligne-t-il, citant le compte-rendu d’une réunion entre le maire de Jérusalem et le commandant de l’armée en charge de Jérusalem, le vendredi 9 juin 1967, (36 heures avant la destruction) .
«Un des points à l’ordre du jour est la destruction du quartier maghrébin», souligne Vincent Lemire. Et le même jour, «une note interne du ministère israélien des Affaires étrangères prépare des éléments de langage pour la destruction programmée du quartier, visant à faire croire qu’il s’agissait de taudis, de bâtiments dangereux», ajoute-t-il. «J’ai même trouvé dans les archives des travaux publics de la municipalité, une petite note incidente où l’on indique qu’il faut évacuer les gravats du quartier détruit sur ordre du commandement militaire », ajoute-t-il
Nous passerons la revue des dynasties Wattasside (1509-1649) , Saadéen et alaouite, puisque sur un plan politique ces principautés ne présentaient pas les constituants d’un état proprement dit mais seulement des dynasties régnantes en quête de maintien au pouvoir , et c’est à cette époque que la partie occidentale du « Maghreb arabe » en soumissions ou alliances moyennant protection vu les relations conflictuelles avec les tribus locales et l’Ayala d’Alger , d’où ces enclaves et territoires au profit des Portugais et Espagnols, puis terre d’enjeux entre ces derniers et leur paires européens, les Allemands, les Britanniques et les Français qui eurent le dernier mot .
A suivre.
Part -1
https://algerie54.dz/2022/03/04/histoire-maghreb/
Part-2
https://algerie54.dz/2022/03/05/une-usurpation-venant-dun-pays-de-bilad-al-maghreb-part-2/