Réagissant à la visite du roi d'Espagne, Philippe VI et son épouse Letizia, prévue les 13 et 14 du mois en cours, Mohammed VI compte faire une virée du côté de la frontière avec l'enclave espagnole Melilla. Des sources makhzeniennes annoncent une visite imminente du commandeur à Nador, dont la date n'a pas encore été dévoilée.
La visite de Mohamed VI n'a pas été officiellement annoncée, mais plusieurs instruments de la propagande du régime du Makhzen, évoquent un voyage de Mohamed VI, à Nador et Beni Ensar, qui coïncide avec le lancement du port de Nador Ouest-Méditerranée . Les mêmes sources avancent que la visite aura lieu en octobre et suggèrent même qu'il pourrait se dérouler cette semaine, coïncidant avec la présence du roi d'Espagne Felipe et de la reine Letizia dans les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Ceuta a été le théâtre d'une invasion migratoire massive orchestrée par le régime du Makhzen les 30 et 31 juillet dernier, dates de la célébration de la fête du trône et du 27 ème anniversaire de l'arrivée au pouvoir de Mohamed VI succédant à son père Hassan II.
Exerçant le chantage et la surenchère à merveille, Mohamed VI avait affirmé mensongèrement vendredi dernier devant les nouveaux députés du parlement marocain, issu de la législative du 23 septembre dernier, que la coopération migratoire avec l’Espagne avait « atteint ses limites », qu’il ne négocierait sous « aucun chantage » et qu’il présenterait désormais aux pays européens un document- cadre assorti d’«une nouvelle vision stratégique orientée vers le codéveloppement ».
Le roi et la reine d'Espagne se rendront à Ceuta et Melilla après deux mois de crise suite à l'invasion massive de juillet dernier , et au lendemain de la célébration de la fête du trône.
IL convient de rappeler, que suite à la visite du roi Juan Carlos Ier et de la reine Sofia à Ceuta et Melilla en 2007, Rabat avait convoqué son ambassadeur à Madrid, ce qui a provoqué une crise diplomatique qui a duré un peu plus de deux mois.
Philippe VI et Letizia, les premiers monarques de l'ère démocratique espagnole passeront la nuit de mardi à mercredi à Ceuta : lors de leur séjour, ils visiteront un cimetière musulman.
Par conséquent, si Mohammed VI se rend finalement dans la région en même temps que le roi et la reine d'Espagne, le Maroc projettera une image de défi et une revendication de "souveraineté" , même s'il ne prononce pas un mot à ce sujet.
Sa simple présence à Nador, à quelques kilomètres seulement du roi et de la reine d’Espagne, serait une image difficilement dissociable du conflit territorial, qui s’est intensifié après l’entrée de plus de 80 000 personnes à Ceuta les 30 et 31 juillet . La décision finale de se rendre à la frontière de Melilla ne pourrait être influencée que par l'état de santé fragile de Mohamed VI ou s'il finissait par suivre les conseils de ses conseillers qui lui recommandent de ne pas envenimer davantage les relations avec l'Union européenne.
Dans le même cadre, des sources makhzeniennes confirment que Mohamed VI se rendra à Nador : « Il inaugurera le nouveau port de plaisance et le port de pêche de Beni Ensar. » Nador se situe à quelques kilomètres de Melilla, et Beni Ensar marque la frontière avec cette enclave espagnole .
Parallèlement, à Beni Ensar, Yahia Yahia , ancien sénateur et ancien maire de la ville, et chef de file du des appels pour "l'annexion" des enclaves espagnoles, a appelé à des manifestations jusqu'aux 13 et 14 octobre contre la visite du roi Felipe VI et de la reine Letizia.
Rabat est resté silencieux face à ces appels. Il est important de comprendre que le développement de cette partie du nord du pays a permis à Rabat de maintenir le poste frontière bloqué, empêchant ainsi le trafic commercial et de passagers. Cette situation a asphyxié économiquement les citoyens des deux côtés de la frontière.
Le ministre de l'Énergie des îles Canaries reflète le malaise qui règne dans l'archipel : « Vu ce qui s'est passé à Ceuta, on craint d'être les prochains. » Le nouveau port touristique de Beni Ensar accueillera les navires de croisière et détournera l'activité économique de Melilla. Le Maroc ne reconnaît pas la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla et, de fait, continue de les considérer comme des villes occupées. stratégie à « long terme »
Toutefois, Rabat a revu sa position sur cette revendication, compte tenu du resserrement de ses relations avec l'Espagne. Le Makhzen privilégie désormais une stratégie à long terme, selon le chef de file de la propagande makhenienne Hespress . Par conséquent, la "revendication annexionniste" territoriale demeure, mais le coût d'une rupture des relations est également beaucoup plus élevé, ce qui exige une plus grande prudence.
Depuis l'accord de Gibraltar, des démarches diplomatiques ont été entreprises au Maroc, qui espère que ses frontières terrestres avec l'Espagne évolueront également vers une cosouveraineté ou une prospérité partagée. En tout cas, l'annonce de la visite du roi et de la reine à Ceuta et Melilla a provoqué une réaction beaucoup plus vive dans la presse makhzenienne que dans les institutions de Rabat.
Par ailleurs, il faut rappeler que le ministre marocain des Affaires islamiques, dans un narratif d'instrumentalisation religieuse, avait exigé la "libération" des villes comme Ceuta, sous le joug de Mohammed VI et de son fils héritier.
Le propagandiste média Le360, proche du Palais , a qualifié la visite du roi d'Espagne et de son épouse, chez lui à Ceuta et Melilla, de « provocation » et l'a présentée comme contraire à la logique de détente qui régit les relations entre les deux pays depuis 2022, date à laquelle Mohamed VI et Pedro Sánchez ont signé la feuille de route.
Plus précisément, ce document stipule que les pays ne s'ingéreront pas dans les affaires intérieures de l'autre et qu'ils respecteront la souveraineté de chacun. De toute évidence, Rabat n'a jamais obtempéré, continuant de qualifier Ceuta et Melilla de « prisons » ou de « villes occupées ».
Dans un document soumis à l'ONU en septembre 2022, le Makhzen affirme n'avoir aucune frontière terrestre avec l'Espagne.
Semer le chaos à Ceuta
L'intention de l'armée marocaine à Ceuta serait de semer la peur et le chaos, selon les services de renseignement de l'armée espagnole qui ont identifié 72 militaires marocains comme coordinateurs des envahisseurs à l'intérieur de Ceuta. Le Makhzen compte profiter de la visite du roi d'Espagne et de son épouse, pour remettre publiquement la "revendication annexionniste" territoriale sur le devant de la scène.
Par ailleurs, un nouvel élément du discours de Felipe VI est relevé par les médias makhzeniens : la dimension européenne de Ceuta. Les mêmes sources mettent en avant les déclarations du roi d'Espagne en Finlande, dans lesquelles il a présenté la ville espagnole comme faisant partie de la frontière extérieure de l'Union européenne et a affirmé que la protection de cette frontière incombait aux 27 États membres.
Ce message est particulièrement pertinent pour Rabat, car il déplace en partie le débat de la sphère bilatérale à la sphère européenne. Ceuta n'est plus perçue uniquement comme un différend entre l'Espagne et le Maroc.