Dans une interview accordée à Algérie54, l'auteur, journaliste et expert géopolitique Jacob Cohen, revient sur la répression accompagnant la contestation sociale en France, les accusations mensongères de cette "élite" hexagonale, visant certains pays, les prochaines élections de l'entité sioniste et celles de Mi-Mandat aux USA, ainsi que l'escalade armée au Proche-Orient.
Algérie54: la France vit au rythme de la contestation sociale, la violence, et le spectre de l'effondrement de son économie. Quel tableau dressez-vous sur l'état des lieux à quelques mois de la présidentielle de 2027?
Jacob Cohen: L’état des lieux est catastrophique, sur tous les plans, mais cela n’est pas dû au hasard. Les pays occidentaux ont été placés sous la coupe de divers lobbies et multi- milliardaires qui exigent de prendre une plus grande part de la richesse nationale, au détriment des salariés et des services publics qui leur sont consacrés. Par ailleurs, ces forces pas si occultes que cela, ont exigé de ces pays occidentaux de verser des centaines de milliards à l’Ukraine sans espoir de les récupérer et de se couper des énergies russes au risque de voir leurs économies s’effondrer. Tout cela ne pourra finir que dans des conflits dévastateurs ou des crises sociales telles qu’elles pourraient entrainer des violences internes qui détruiraient le pays.
Algérie54:Pour de nombreux observateurs, la persistance d'un narratif néocolonial véhiculé par cette "élite" française entraînerait la chute de la Vème république. Qu'en- pensez-vous?
Jacob Cohen: La France est loin des conditions qui ont vu éclore la Vème République et qui l’ont portée au zénith dans pratiquement tous les domaines. On peut avoir les meilleures institutions dont un pays peut rêver, encore faut-il qu’ils y ait des hommes politiques dignes de la faire vivre. Cette décadence et cette corruption montrent à quelle point la classe politique a trahi ses engagements patriotiques. Et c’est pire à chaque gouvernement. Celui de Macron a achevé de détruire la France et il faudrait je ne sais quels miracles ni quels sacrifices pour la rétablir. On commence à réaliser l’étendue du désastre mais on ne sait pas par quel bout commencer pour le réparer.
Algérie54:Cette "élite " française a accusé la semaine dernière des pays comme l'Algérie, la Russie et l'Iran d'ingérence étrangère, après les manifestations du 17 octobre.. Macron estimait que Trump et Netanyahou utilisaient la situation en France à des fins électorales. Qu'en dites-vous?
Jacob Cohen:Le recours à l’étranger, source de tous les maux et de toutes les perfidies, est une technique vieille comme le monde pour se disculper. Quels autres prétextes pourraient chercher cette « élite » française dont on peut dire qu’elle a échoué sur tous les plans ? Il est vrai que le matraquage contre ces trois pays, la Russie venant en tête puis l’Iran, est d’une rare intensité et d’une permanence absolue, qu’on serait étonné à quel point il marche. On leur a ajouté l’Algérie pour diversifier le tableau, et pour se conformer à une hystérie islamophobe qui accompagne les médias français.
Algérie54:Les élections générales en Palestine occupée, et celles de mi-mandat aux USA, attirent de plus en plus l'attention, compte tenu de la situation explosive au Moyen-Orient, le spectre de la reprise de l'agression contre l'Iran, et l'escalade militaire entre les houthis et l'Arabie saoudite. Quel impact auront ces élections sur la situation à court terme?
Jacob Cohen: Ces élections ont constitué un élément de poids sur l’opportunité de cette frappe sur l’Iran – que la plupart des observateurs américains considèrent comme plus que probable – avant qu’elle aient lieu, de manière à gagner un avantage décisif auprès des électeurs. Oui mais, si le résultat n’était pas probant, cela risquait d’avoir l’effet inverse. Il semble que les gouvernements américain et sioniste aient reporté cette attaque à après les élections. Sauf si celles-ci leur apportaient un désaveu cinglant. Bref, comme ces deux gouvernements ne peuvent admettre un règlement qui signerait leur défaite, et comme le régime sioniste ne laissera jamais l’Iran se développer de manière indépendante, les hostilités reprendront d’une façon ou d’une autre, puisque c’est Tel Aviv qui dicte sa loi à Washington.
Algérie54: Le prix du baril de pétrole a atteint vendredi 117 US dollars, suscitant de plus en plus d'inquiétudes sur la progression de l'inflation et l'arrivée de l'hiver qu'on annonce rude dans les pays occidentaux. Pensez-vous que l'arrivée de quantités de diesel russe aux USA, serait une solution?
Jacob Cohen: Cette affaire de diesel russe a tout l’air d’une opération de propagande. Ou plutôt d’une opération pour calmer les marchés, manipulés de main de maitre par Trump, qui au passage a fait fructifier sa fortune et celle de sa famille, en spéculant sur les cours du pétrole. D’abord la Russie ne peut fournir que de faibles quantités. Les quantités évoquées représentaient quelques jours de consommation. Et la Russie a des engagements auprès de clients importants et fiables, comme la Chine et l’Inde. Le problème est plus large. Le diesel n’est pas le seul problème du blocage du détroit d’Ormuz. Il y a aussi le gaz, les engrais, certains acides vitaux... On doit chercher une solution globale et raisonnable, et cela Trump ne le veut pas.
Algérie54: Des sources occidentales annoncent un sommet tripartite américano-sino-russe à la mi-novembre. Est-un nouveau Yalta?
Jacob Cohen: Il est probable que les trois dirigeants se rencontreront en Chine en novembre. A priori pour évoquer l’Ukraine. Mais rien n’empêche de penser qu’ils aborderont d’autres problèmes. De là à parler d’un nouveau Yalta, il y a une marge, une très grande marge. A Yalta, les trois puissances qui combattaient l’Allemagne étaient unies et planifiaient leurs stratégies communes. Aujourd’hui, Trump attaque la Russie et la Chine par proxis interposés. Le leader américain rêve toujours de restaurer l’empire yankee, et ne s’en cache même pas. Donc la Chine et la Russie vont rester sur leurs gardes. Il y a une très grande méfiance vis-à-vis de Trump, incapable de respecter la parole donnée et ne voyant dans sers partenaires, y compris ses alliés, que des vassaux potentiels. La Chine et la Russie attendront l’élection d’un nouveau président américain pour envisager des relations de confiance et de partage.
Interview réalisée par M.Messaoudi