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January 13, 2026

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Kidnapping de Maduro et Mad-Maxisation des relations internationales (1ère partie)

Ce qui semble être un événement n’est en fait qu’un non-événement si l’on se réfère à l’expression ironique des Egyptiens :Mout3awidaa(مُتْعَوَِدَا  ="Elle en a l’habitude"). On pourrait décliner une multitude d’exemples ravivant la longue litanie des interventions américaines, masquées sous les oripeaux du combat contre la dictature ou du narcotrafic. L’invasion du Panama en décembre 1989 reste l’archétype : la chute de Manuel Noriega, ancien allié devenu paria, avant son extraction et son emprisonnement aux Etats-Unis, préfigurait déjà cette justice du America First.

Par Dr. SACI

Ce qui semble être un événement n’est en fait qu’un non-événement si l’on se réfère à l’expression ironique des Egyptiens :Mout3awidaa(مُتْعَوَِدَا  =”Elle en a l’habitude”). On pourrait décliner une multitude d’exemples ravivant la longue litanie des interventions américaines, masquées sous les oripeaux du combat contre la dictature ou du narcotrafic. L’invasion du Panama en décembre 1989 reste l’archétype : la chute de Manuel Noriega, ancien allié devenu paria, avant son extraction et son emprisonnement aux Etats-Unis, préfigurait déjà cette justice du America First.

L’enlèvement de Nicolás Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026 n’est pas opération de police internationale ou un simple « changement de régime », mais un acte fondateur d’une géopolitique post-institutionnelle, où la souveraineté nationale s’efface devant la sécurité énergétique, la suprématie algorithmique et le contrôle des terres rares indispensables pour un hégémonisme technologique, ainsi que la sécurisation des couloirs de transit.

Cette Mad-Maxisationne s’arrête pas aux rivages de l’Atlantique. Elle trouve son miroir dans d’autres lieux du monde. Il ne s’agit pas d’une action impulsive ou isolée, mais d’une stratégie dite Corollaire Trump qui imbrique, sous une forme radicalement moderne, la Doctrine Monroe de 1823et le Corollaire Roosevelt de 1904.

On passe ainsi de la Doctrine Monroe à la doctrine MAGA et du corollaire de Roosevelt à celui de Trump avec un agressivité transactionnelle qui impose les Etats-Unis non plus seulement comme gendarme du monde, mais comme propriétaire et gestionnaire de ressources stratégiques planétaires.

Cette agressivité transactionnelle puise ses racines dans la doctrine MAGA de Ronald Reagan, revisitée et élargie par le Corollaire Trump. Cette volonté de maintenir un leadership global ne s’embarrasse plus de diplomatie classique. Elle mobilise les capacités militaires, économiques, industrielles et technologiques pour imposer une hégémonie de fait, comme le souligne les orientations fondamentales de la Stratégie de sécurité nationale (NSS) de novembre 2025.

Cette hégémonie de fait ne s’arrête pas aux frontières des adversaires déclarés. Elle s’exerce avec la même brutalité comptable sur les alliés historiques, tels que le Canada, le Danemark ou bien les pays membres de l’OTAN. Ainsi, la NSS de 2025 marque la fin de l’ordre libéral pour passer à un ordre propriétal.

Désormais, les alliances ne sont plus des partenariats de valeurs, mais des réseaux de sous-traitance logistique et sécuritaire ; et la sécurité nationale américaine se définit désormais par la possession physique etexclusivedes ressources stratégiques (pétrole, terres rares, data) et le contrôle des routes qui les acheminent.

Derrière le Corollaire Trump se cache en réalité le visage d’un Corporate Raider global, pour qui la géopolitique n’est plus un échiquier diplomatique, mais une vaste opération d’asset strippingà l’échelle planétaire. Cette nouvelle doctrine combine mercantilisme agressif, impérialisme technologique et réalisme transactionnel afin d’instaurer une paix transactionnelleimposée par la force des comptes.

Chaque capture est un coup porté à la Route de la Soie ou à l’influence énergétique russe. En verrouillant le pétrole et les minerais critiques, Washington impose un blocus matériel qui rend caduque toute velléité de nouvel ordre mondial multipolaire, transformant la compétition en une guerre d’asphyxie via le contrôle des stocks stratégiques.

Au-delà de la prédation, le Corollaire Trump s’articule comme une manœuvre d’encerclement géo-économique visant à neutraliser les seuls adversaires pouvant contester la primauté américaine : la Chine et la Russie. En frappant au cœur des BRICS, ce Corporate Raider global ne cherche pas seulement à acquérir des actifs, mais à en priver ses rivaux. Chaque capture est un coup porté à la Route de la Soieou à l’influence énergétique russe. En verrouillant le pétrole et les minerais critiques, Washington impose un blocus matériel qui rend caduque toute velléité de nouvel ordre mondial multipolaire, transformant la compétition en une guerre d’asphyxie par le contrôle des stocks stratégiques en terres rares. 

Le corollaire Trump ne se limite pas seulement à l’accaparation des minerais et gisements, il s’étend au contrôle des artères maritimes vitales du commerce mondial. Nous ne sommes plus face à une logique classique d’intervention ou de dissuasion, mais devant une tentative de prise de contrôle du spectre stratégique dans sa globalité.

Ce système ne repose plus sur des traités, mais sur cinq piliers de capture des ressources, transformant des zones géographiques clés en actifs sous séquestre stratégique: Le Vénézuéla, la République démocratique du Congo, le Groenland, le Canada et le Canal de Panama et autres passages maritimes essentiels.

1-Le premier pilier de cetass et stripping géopolitique s’est cristallisé au Vénézuéla, où l’extraction de Nicolás Maduro dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, sous des prétextes insoutenablestel que la présidence fictive du Cartel de Los Soles(Soleils), a redéfini les normes de l’interventionnisme. Cette capture marque l’avènement d’une norme où la souveraineté s’efface devant le MAGA (Make America Great Again ), la doctrine Monroe et le corollaire de Roosevelt.  

Cette Mad-Maxisation n’est pas qu’une métaphore, c’est une réalité statistique. Le Vénézuéla est assis sur 304 milliards de barils, soit 17,5 % des réserves mondiales. Pour la Chine, ce pays n’est pas seulement un allié, c’est un réservoir stratégique vital : Pékin absorbe 90 % des exportations pour compenser une dette de 60 milliards de dollars. En kidnappant Maduro, Trump ne fait pas que renverser un régime, il confisque le premier stock pétrolier de la planète et brise le pipeline financier qui alimente en partie la croissance technologique chinoise.

Au-delà des réserves de 304 milliards de barils de pétrole, le Venezuela, coffre-fort des minéraux du futur, est devenu aussi le théâtre d’une course effrénée pour les ressources indispensables à la révolution de la haute technologie et l’innovation, comme :

  • Le Coltan et le Thorium dans l’Arc Minier de l’Orénoque (sud du pays).
  • Les Terres Rares, dont principalement le monazite, nickel, cassitérite, etc, indispensable au sursaut, au développement et l’indépendance.

C’est un hold-up sur l’énergie et les composants stratégiques permettant une suprématie algorithmique de la révolution technologique.

Au plan des échanges et des flux financiers, il s’agit d’extirper le Venezuela du secteur énergétique lié au système de paiement de la Chine (CIPS) et du panier de devises indexé sur le Yuan, pour remettre le dollarau centre du contrôle énergétique globale.   

2- Le deuxième pilier de cette stratégie, dont la mise en œuvre a précédé l’intervention au Venezuela, s’ancre en République démocratique du Congo, véritable cœur du hardware mondial. Ici, le Corollaire Trump substitue à l’influence diplomatique classique une pression stratégique sur les chaînes d’accès aux minerais critiques. Alors que la capture du Venezuela visait le réservoir énergétique, la RDC a constitué une étape préalable et indispensable : sécuriser l’accès aux composants vitaux de la transition technologique

En RDC, la stratégie n’est pas l’occupation, mais le Contournement Stratégique. En imposant un accord de paix au Rwanda et à la RDC, Trump change la nature du conflit et neutralise l’instabilité qui permettait à la Chine de négocier des contrats miniers opaques dans le chaos. C’est une pacification utilitaire.

L’accord signé à Washington le 5 décembre 2025 ne se limite pas à la paix : il propose un partenariat stratégique structuré autour de l’exploitation et de la gestion des minerais critiques comme le cobalt, cuivre, germanium et autres. Dans ce cadre, la RDC et les Etats-Unis ont convenu d’un mécanisme qui offre aux investisseurs américains un accès privilégié et une visibilité réglementaire accrue sur certains projets miniers, reflétant la nouvelle logique de concurrence globale des ressources.

Cette annexe constitue le socle du Corollaire Trump en R.D.Congo. Il transforme la région orientale du Congo en une zone de ressources sous protectorat économique. La paix signée à Washington n’est pas seulement diplomatique, elle est le contrat qui permet aux entreprises américaines d’opérer dans un environnement de droit d’exception, isolant de fait les gisements congolais de l’influence chinoise.

Ce partenariat transforme la région orientale du Congo en un carrefour géo-économique stratégique, dans lequel la compétition avec la Chine, qui dominait largement le secteur minier congolais, est désormais frontale.

L’accord impose aussi la création d’une « Réserve d’Actifs Stratégiques »(SAR) où la RDC désigne des mines de cobalt, lithium et coltan exclusivement réservées aux partenaires étasuniens, court-circuitant les contrats historiques de Pékin qui domine environ 70 % du secteur minier congolais.

L’accord mentionne également le projet ducorridor Sakania-Lobito, infrastructure stratégique reliant la RDC à l’océan Atlantique via l’Angola, pour le transport et l’exportation de cuivre, de cobalt, de zinc et d’autres minéraux critiques, ainsi que d’autres marchandises commerciales, de la RDC vers les Etats-Unis.

L’objectif c’est de détourner physiquement les richesses de l’Afrique centrale qui partent vers des infrastructures contrôlées par la Chine à l’Est de l’Afrique et l’Océan Indien.

Ce choix vise, d’une part, l’évitement et le contournement de ports et de certains itinéraires contrôlés ou influencés par la Chine, et, d’autre part, le démantèlement physique de la Route de la Soie.

Outre le Congo, le corollaire Trump trouve un terrain d’application au Nigéria, où Washington compte démanteler la présence chinoise. Sous des motifs officiellement humanitaires, Donald Trump a ordonné, le 25 décembre 2025, des frappes de missiles Tomahawk dans l’État de Sokoto. Si le discours officiel invoque la protection des communautés chrétiennes face « au terrorisme islamique », la réalité géopolitique est bien plus froide.

Ces frappes interviennent quelques semaines après qu’Abuja a conclu un accord pétrolier massif de 12 milliards de dollars avec la Chine, libellé en yuans. Pour Washington, le message est clair : toute nation tentée par la dédollarisation de son énergie s’expose à des actions militaires

Ainsi, Washington installe un péage sécuritaire et un verrou maritime dans le Golfe de Guinée : le pétrole doit rester sous pavillon financier américain et sous le contrôle opérationnel des héritières des « 7 Sœurs ».

Pour Washington, la souveraineté nigériane ou angolaise s’arrête là où commence le besoin de sécuriser le pétrodollar. En transformant le Golfe de Guinée en une zone d’exclusion pour les intérêts chinois et sources d’approvisionnement de pétrole, Trump ressuscite le cartel pétrolier du 20èmesiècle, mais cette fois, les majors ne négocient plus : elles s’installent dans le sillage des missiles Tomahawk. Le brut africain n’est plus une ressource nationale, mais un actif global sous gestion sécurisée, dont le profit est capturé par Washington avant même d’avoir quitté les terminaux de chargement.

A Suivre, mais dans un monde occidentalisé… 

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