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January 16, 2026

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Kidnapping de Maduro et Mad-Maxisation des relations internationales (2ème partie )

Ce qui semble être un événement n’est en fait qu’un non-événement si l’on se réfère à l’expression ironique des Egyptiens :Mout3awidaa(مُتْعَوَِدَا ="Elle en a l’habitude"). On pourrait décliner une multitude d’exemples ravivant la longue litanie des interventions américaines, masquées sous les oripeaux du combat contre la dictature ou du narcotrafic. L’invasion du Panama en décembre 1989 reste l’archétype : la chute de Manuel Noriega, ancien allié devenu paria, avant son extraction et son emprisonnement aux Etats-Unis, préfigurait déjà cette justice du America First.

Dr. SACI

De la Mad-Maxisation à la Prédation

3- Le troisième pilier de cet ordre propriétal se déploie sur la plus grande île du monde, appartenant géologiquement à l’Amérique du Nord arctique, c’est le Groenland, que Trump entend transformer en une citadelle des terres rares et avant-poste militaire au profit exclusif de l’industrie de défense et de haute technologie étasunienne. 

Après avoir kidnappé le pétrole vénézuélien et offshorisé les minerais congolais, Trump réactive son ambition sur le fort des terres rares boréales. Le Groenland, avec ses réserves de 36,1 millions de tonnes de terres rares, n’est plus une terre de glace, mais le socle hardware de la puissance américaine. Dans ce monde Mad-Maxisé, la souveraineté du Danemark pèse peu face à l’exigence de contrôler 43 des 50 minéraux critiques nécessaires à la survie de l’empire technologique étasunien. Washington applique une logique de saisie préemptive. Il s’agit de verrouiller la ressource avant que l’Europe ne puisse prétendre à une quelconque autonomie stratégique ou que la Chine ne consolide ses positions. 

Ce pilier place l’Europe devant un dilemme stratégique brutal. Cet ordre s’apparente à un racket géopolitique sophistiqué. Pour l’Administration Trump, la protection militaire n’est plus un principe fondateur de l’OTAN, mais une prestation de service facturable

En instrumentalisant la montée en puissance des présences navales russes et chinoises dans l’Arctique, Washington place le Danemark devant un ultimatum brutal : céder la souveraineté sur les ressources stratégiques (terres rares, infrastructures radars) ou voir le protectorat américain purement et simplement suspendu.

Ici, le Cauchemar Russe devient l’outil de marketing du Corporate Raider. Trump ne cherche pas à rassurer ses alliés, mais à leur faire payer leur sécurité en nature, en s’appuyant sur un fait brut : l’île abrite déjà la base militaire américaine de Thulé, pivot du dispositif de défense antimissile et de surveillance arctique. Si Copenhague ne peut aligner les milliards de dollars réclamés pour la défense de l’Arctique, elle devra solder sa dette en cédant son territoire. Le Groenland n’est donc plus une nation autonome, mais une clause de sortie pour un système de défense devenu mercenaire, où l’allié qui ne peut payer devient une cible d’asset stripping au même titre qu’un adversaire.

Le Corollaire Trump au Groenland agit comme une procédure d’expulsion économique et stratégique. Les Etats-Unis, déjà implantés militairement sur cette île glacière, ne se contentent plus de surveiller les investissements chinois, ils entendent désormais les neutraliser. Cette neutralisation passe par une double stratégie combinant le rachat d’actifs via des entreprises américaines (notamment Critical Metals Corp) et l’instrumentalisation des normes environnementales pour bloquer ou délégitimer les projets concurrents.

Parmi les acteurs et projets chinois au cœur de cette tension figurent :

  • La société Shenghe Resources, actionnaire à hauteur de 9 % de l’australienne Energy Transition Minerals (ETM), détentrice du gisement de Kvanefjeld, l’un des plus grands réservoirs mondiaux de terres rares et d’uranium, susceptible de couvrir entre 20 et 30 % de la demande mondiale en éléments critiques. Le projet, aujourd’hui bloqué par un contentieux financier portant sur 11,5 milliards de dollars de compensation, est utilisé par l’équipe Trump pour justifier une intervention de sauvetage économique ;
  • La China Nonferrous Metal Industry’s Foreign Engineering and Construction (NFC), impliquée dans le projet de zinc de Citronen Fjord (nord du Groenland), via un partenariat avec l’australien Ironbark Zinc.

Le Groenland devient ainsi le verrou boréal du Corollaire Trump et avant-poste militaire et bastion minier. Après avoir décapité le régime vénézuélien, Washington se tourne de nouveau vers l’Arctique non pour une conquête territoriale, mais pour une mise sous tutelle des ressources. En exigeant le contrôle des 43 minéraux critiques de l’île, Trump transforme le Groenland en une citadelle du hardware américain, neutralisant par avance toute velléité d’autonomie technologique européenne ou chinoise.

L’accaparement du Groenland, réactivé avec force après l’opération militaire au Venezuela, marque le passage d’une ambition immobilière à une nécessité de sécurité nationale impériale. En invoquant la protection du domaine hémisphérique contre les incursions russes et chinoises, Washington ne cherche plus à acheter un territoire, mais à instaurer un protectorat de fait sur des ressources minérales critiques (terres rares, uranium) indispensables à la suprématie technologique américaine. Cette stratégie, pilier du Corollaire Trump, transforme le Groenland en une enclave logistique et minière où la souveraineté danoise s’efface devant les impératifs du Pentagone, illustrant une Mad-Maxisation du droit international où la force prime sur les traités, les alliances et les normes héritées.

Cette Mad-Maxisation enterre définitivement l’utopie du Patrimoine commun de l’humanité au sens large du droit international. A la vision d’une ressource partagée et protégée par le droit, il substitue celle d’une Ressource Critique Privatisée. Ce que l’Organisation des Nations Unies (ONU) appelait bien commun est désormais traité comme un actif stratégique sous séquestre. L’humanité n’est plus une communauté de partage, mais une clientèle mondiale dépendante du bon vouloir du propriétaire des flux, des stocks et des routes.

Face à cette offensive, l’Europe se trouve plongée dans un dilemme stratégique existentiel : C’est de choisir entre la loyauté envers l’alliance atlantique et la défense de l’intégrité territoriale de l’un de ses membres. La menace de Trump d’imposer des tarifs douaniers punitifs à Copenhague ou de réduire la protection de l’OTAN si le Danemark refuse de céder le contrôle de l’île, place l’Union européenne devant ses propres failles sécuritaires. Pour les dirigeants européens, accepter cet état de fait reviendrait à entériner la fin de l’ordre libéral fondé sur les règles et à admettre que l’Europe est devenue un simple spectateur de la partition de son propre voisinage arctique. Le Groenland devient ainsi le test ultime de l’autonomie stratégique : soit l’Europe bâtit une capacité de dissuasion propre, soit elle accepte d’être la cliente de l’empire américain qui gère désormais les ressources mondiales comme un patrimoine privé.

Dans ce contexte, les gesticulations politiques de certains États européens, affichant un refus de céder à la pression trumpienne et annonçant l’envoi de contingents militaires, notamment par le Royaume-Uni ou l’Allemagne, relèvent moins d’une stratégie de rupture que d’une mise en scène destinée à la consommation interne. Elles visent avant tout à rassurer des opinions publiques inquiètes et à préserver l’illusion d’une souveraineté stratégique intacte. En réalité, ces postures ne constituent nullement un rejet définitif de la logique imposée par Washington, mais un moment de négociation symbolique dans un rapport de forces profondément asymétrique.

Le scénario d’une confrontation ouverte entre l’Europe et les Etats-Unis apparaît, à ce stade, hautement improbable. Une rupture franche supposerait une capacité européenne à assumer seule les coûts sécuritaires, économiques et énergétiques d’un tel choix, capacité qui fait aujourd’hui défaut. Une issue transactionnelle finira donc par s’imposer, d’autant plus si l’administration Trump officialise son désengagement d’Ukraine et transfère explicitement à l’Europe la charge exclusive de la dissuasion face à la Russie. Dans une telle configuration, l’argument sécuritaire deviendrait un puissant levier de pression : l’Europe serait sommée de choisir entre la protection américaine conditionnée et une autonomie stratégique encore largement théorique.

Le Danemark, soutien affirmé de l’Ukraine et Etat pivot dans le dossier groenlandais, se retrouverait alors dans une position particulièrement délicate, pris en étau entre solidarité européenne, engagements atlantiques et vulnérabilité stratégique directe. Cette tension rendrait toute posture de fermeté prolongée difficilement soutenable. Dès lors, la seule issue réaliste serait l’émergence d’un compromis asymétrique : Le scénario le plus probable serait celui d’une solution formellement respectueuse des souverainetés européennes, mais matériellement alignée sur les intérêts américains, entérinant de facto la subordination stratégique de l’Europe dans la nouvelle architecture géopolitique issue de la Mad-Maxisation du système international.

Devant la coercition maximale de Trump, une configuration se dessine. C’est celle du scénario du Condominium Sécuritaire et de Joint-Venture Minérale : Il s’agit d’une extension du traité de 1951 permettant à Copenhague de garder le drapeau sur l’ile (respect formel de la souveraineté) et à Washington d’intégrer totalement le Groenland dans le périmètre de défense nord-américain, avec une présence symbolique des européens (40 militaires de 4 pays de l’Europe, dont 15 militaires français). Par ailleurs, les Etats-Unis obtiendront un droit de préemption total sur les terres rares (cobalts, uranium…) extraites dans un cadre d’un consortium américano-groenlandais. 

A ce stade, il ne s’agit plus d’un risque mais d’un basculement historique. L’Europe, jadis centre de gravité du système international, productrice de normes, d’équilibres et de puissance, se retrouve reléguée à la périphérie stratégique d’un monde désormais structuré autour de trois pôles décisionnels réels : les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Elle n’est plus un acteur autonome, mais une zone : zone de transit énergétique, zone de projection logistique, zone tampon sécuritaire et, à terme, zone de délégation politique.

Privée de souveraineté militaire effective, dépendante technologiquement, financièrement et énergétiquement, incapable d’imposer ses propres lignes rouges, elle cesse d’être un sujet de la puissance pour devenir un espace administré par procuration. Dans ce monde de rapports de force bruts, l’Union européenne ne négocie plus : elle s’adapte. La Mad-Maxisation du système international ne laisse aucune place aux entités normatives désarmées ; elle transforme les continents en terrains, les alliés en clients et les règles en variables d’ajustement. L’Europe, en renonçant à se penser comme puissance centrale, accepte désormais sa requalification en périphérie fonctionnelle du système international et son basculement définitif en Europe-zone, membre passif de l’Otan. L’Organisation Atlantique cessera d’être une alliance de valeurs pour devenir l’appareil sécuritaire d’un monopole territorial et l’Article 5 de la charte de l’Otan (défense collective) subira une réinterprétation comptable.

En conclusion, l’OTAN devient officiellement un syndic de copropriété dont Trump est le seul décideur.

A Suivre, au second du monde occidentalisé… 

Lire: Kidnapping de Maduro et Mad-Maxisation des relations internationales (1ère partie)

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