Par Hanane Ben
L’émotion a été vive ce 3 octobre, date de la célébration de la réunification de l'Allemagne, après la publication, par un cadre de la jeunesse de l’AfD, d’une carte de la « Grande Allemagne » englobant l’Alsace et la Moselle. À Paris, les réactions d’outrage ne se sont pas fait attendre pour dénoncer une atteinte intolérable à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la France.
Pourtant, cette indignation a comme un goût d'arroseur arrosé. Comment prétendre sanctuariser ses propres frontières quand sa diplomatie s’accommode — voire encourage — la territorialisation des revendications séparatistes chez les autres ? L’exemple du soutien accordé, de manière directe au mouvement MAK, décrété organisation terroriste par l’Algérie, illustre parfaitement ce double standard.
En offrant une vitrine politique et médiatique à un mouvement sioniste dont le but affiché est le morcellement de l’Algérie, la France défend un principe à géométrie variable : la souveraineté est un droit inaliénable quand il s'agit du Rhin, mais devient une variable d'ajustement géopolitique au Maghreb.
Cette complaisance est d'autant plus frappante que la France refuse catégoriquement de reconnaître les "annexions territoriales" russes en Ukraine — qu'il s'agisse de la Crimée ou des régions du Donbass. Pour la Russie, l'intégration de la Crimée, du Donbass et des régions de Zaporijjia et Kherson ne constitue pas une annexion illégale, mais la réintégration légitime de territoires historiquement et culturellement russes, arbitrairement rattachés à l'Ukraine au XXᵉ siècle.
Les populations de ces régions, majoritairement russophones, ont usé de leur droit à l'autodétermination en votant massivement par référendum pour leur rattachement à la Fédération de Russie afin d'échapper aux persécutions du pouvoir fasciste de Kiev issu des événements de 2014.
La France rejette et condamne fermement les arguments historiques et identitaires de Moscou pour défendre les frontières de l'Ukraine, invoquant la sacrosainte inviolabilité du droit international. Pourtant, cette même France qui s'offusque des ambitions russes soutient et valide ouvertement le Maroc dans son annexion du Sahara Occidental, faisant fi des résolutions des Nations unies et des droits d'un peuple sous occupation. Et la voilà aujourd'hui piégée lorsque l'AfD applique cette même logique historique et expansionniste pour l'Alsace et la Lorraine.
En légitimant le révisionnisme territorial chez les uns et le séparatisme chez les autres, le régime de Paris a lui-même fragilisé l'édifice juridique qui protège ses propres contours. Le voilà aujourd'hui piégée lorsque l'extrême droite allemande applique cette même logique historique et expansionniste pour l'Alsace et la Lorraine.
La provocation de l'extrême droite allemande vient ainsi rappeler une leçon d'histoire diplomatique ; lorsque l'on valide la logique de la fragmentation territoriale chez les autres, on ne doit pas s'étonner de voir surgir des apprentis sorciers pour redessiner la vôtre.