Par Hanane Ben
Une instructive enquête de l’Observatoire des multinationales révèle la double facette de Nicolas Pouvreau-Monti, , directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), qui vient de publier son premier essai, Immigration : mythes et réalités. Qualifié d’expert anti-immigration omniprésent dans les médias Bolloré et soutenu par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, il voit ses connexions discrètes avec l’extrême droite américaine et les réseaux de Viktor Orbán mis en lumière par cette enquête.
Pour légitimer ses thèses auprès du public français, notamment à droite, le directeur de l’OID met en avant la prétendue scientificité de ses données. En utilisant cette étiquette de rationalité et de rigueur, il cherche à donner une apparence de vérité incontestable à son discours anti-immigration.
Derrière cette vitrine scientifique, l’OID est en réalité accusé de manipuler les chiffres pour faire du sensationnalisme. De nombreux chercheurs et journalistes ont fréquemment épinglé le think tank pour ses données sorties de leur contexte et son manque total de rigueur.
L’enquête qui contredit totalement sa posture d’expert neutre et rigoureux, indique que le directeur de l’OID, cache en réalité un discours de guerre civilisationnelle, confirmé par ses alliances secrètes avec des réseaux réactionnaires internationaux, de l’extrême droite américaine à la Hongrie d’Orbán.
L’enquête dévoile la stratégie de communication de l’OID pour influencer les débats et pourquoi il est si difficile de la contrer. Selon les rédacteurs, l’OID calque sa méthode sur celle du réseau ultra-conservateur international Atlas : utiliser une façade d’expert neutre pour diffuser des idées radicales. Sa stratégie repose sur la production massive de notes scientifiques en apparence, mais en réalité simplistes et biaisées, calibrées pour les médias. Les chercheurs scientifiques peinent à contrer cette méthode : il est instantané de propager une fausse information percutante, mais extrêmement long et complexe de la démonter avec de vrais faits.
Le discours de Nicolas Pouvreau-Monti s’inscrit directement dans le combat idéologique mené par Vincent Bolloré pour promouvoir l’extrême droite. Le directeur de l’OID bénéficie pour cela d’une immense vitrine médiatique, étant omniprésent sur les antennes de CNews, d’Europe 1 et dans les pages du JDD (Journal du Dimanche). L’enquête illustre parfaitement l’action du réseau Bolloré : offrir une tribune permanente à des thèses radicales sous couvert d’expertise.
L’OID utilise ses réseaux pour imposer ses thèses racistes dans tout le spectre politique. Si ses données sont massivement reprises par l’extrême droite (RN, Marion Maréchal) et la droite classique (LR) à l’Assemblée et au Sénat, les rédacteurs de l’enquête font savoir que le think tank s’est aussi infiltré avec succès au sein du parti présidentiel (Renaissance). Reçu par le cabinet de Gérald Darmanin en 2023, son directeur a collaboré avec des députés macronistes devenus ministres et a été officiellement auditionné à l’Assemblée pour le budget 2025, bénéficiant du soutien public de figures de la majorité.
Quant à ses accointances internationales, l’OID abandonne sa posture de neutralité scientifique pour s’intégrer pleinement dans l’«internationale réactionnaire» de Viktor Orbán. Cofondateur d’un réseau européen de think tanks anti-migrants, l’organisme collabore étroitement avec des instituts hongrois proches du pouvoir pour lier l’immigration au terrorisme ou au déclin de la culture européenne. Loin de la modération affichée en France, l’enquête révèle encore que l’OID utilise ces tribunes à Budapest et Bruxelles entre 2023 et 2026 pour faire l’éloge de la politique migratoire hongroise et prôner des positions extrêmes, comme la remise en cause de traités internationaux et de la Convention européenne des droits de l’homme.
Selon la même source, L’OID calque son modèle sur la droite radicale américaine et prend pour modèle le CIS (Center for Immigration Studies), un think tank d’inspiration suprémaciste financé par de riches fondations ultra-conservatrices du réseau Atlas. À l’international, l’OID multiplie les partenariats avec les organisations derrière la politique migratoire de Donald Trump et prône ouvertement la création d’une police de l’immigration «à la française» sur le modèle de l’ICE américain. Ces réseaux américains et hongrois s’entrecroisent lors de sommets transatlantiques, unissant les soutiens de Trump et d’Orbán autour d’une même idéologie anti-immigration.
Enfin, l’enquête de l’Observatoire des multinationales démontre que l’OID utilise des statistiques officielles de l’Insee de manière sélective et décontextualisée pour dramatiser les flux migratoires, évitant soigneusement de rapporter les chiffres à la population globale ou de faire des comparaisons internationales qui placeraient la France dans la moyenne basse occidentale.
Selon le chercheur François Héran, les publications de l’OID s’apparentent souvent à des «billets d’humeur» radicaux et vindicatifs. Ce dernier pointe notamment l’obsession de l’OID pour l’accord franco-algérien de 1968, un texte pourtant quasiment plus appliqué aujourd’hui, mais érigé par le think tank en cible idéologique majeure pour alimenter son discours anti-immigration.