Par Hanane Ben

Lors d'un entretien accordé au média espagnol El Independiente, le journaliste et universitaire Omar Brouksy revient sur les tensions entourant la succession de Mohammed VI. Dans son livre Maroc, Fin de règne, il détaille les mécanismes de pouvoir du Makhzen et le rôle central joué par le Collège Royal. Selon lui, cette institution permet de former le prince héritier, Moulay Hassan, tout en sélectionnant la future élite de courtisans qui l'entourera et l'influencera lors de son futur règne.

L'analyse d'Omar Brouksy s'étend également au rôle déterminant de la princesse Lalla Salma. Après des années d'ostracisme à la suite de son divorce, le retour progressif et mesuré de l'ex-épouse du roi dans la sphère publique témoigne de reconfigurations profondes au sein de la famille royale. La complicité étroite qu'elle entretient avec son fils laisse présager un potentiel remaniement des dynamiques de pouvoir à la cour, faisant planer la menace de règlements de comptes envers les conseillers influents, tel Fouad Ali El Himma, qui avaient orchestré sa marginalisation.

Sur le plan institutionnel, bien que le prince héritier de 23 ans suive scrupuleusement le cursus traditionnel — combinant rangs militaires et études supérieures en relations internationales —, le Palais maintient une stratégie d'affichage calculée au millimètre. Chaque apparition du jeune prince, comme lors de sa rencontre avec le président chinois Xi Jinping, est minutieusement dosée afin d'éviter tout signal interprétable comme une passation de pouvoir prématurée, qui viendrait fragiliser un monarque à la santé de plus en plus vacillante.

Enfin, le journaliste souligne l'ampleur des défis socio-économiques qui attendent le futur Hassan III. Le prince devra prendre les rênes d'un royaume asphyxié par la hausse des prix, le chômage et un sentiment de résignation généralisé, où plus de la moitié des moins de 30 ans aspirent à l'émigration. Face à une jeunesse individualiste et détachée des symboles monarchiques traditionnels, le futur souverain devra imposer son autorité tout en répondant aux urgences sociales. Sur la scène internationale, Brouksy balaie toutefois les spéculations quant à d'éventuelles pressions sur Ceuta et Melilla, rappelant que la priorité absolue du monarque sera avant tout d'asseoir son assise politique et de consolider son entourage immédiat.

Cette transition intervient dans un climat de tensions palpables où plusieurs observateurs ont longtemps spéculé sur les équilibres de pouvoir au sein de la famille royale. Certains observateurs évoquent la présence de plusieurs figures dans l'entourage royal. Si le prince héritier Moulay Hassan demeure le successeur légitime et constitutionnel, la place du frère du roi, Moulay Rachid, ou les positions critiques du cousin Moulay Hicham — installé aux États-Unis — ont souvent alimenté les débats sur l'avenir de la dynastie alaouite. Toutefois, au-delà des rivalités de cour ou des jeux d'alliances diplomatiques, le véritable risque de déstabilisation réside dans l'accentuation de la colère populaire. Cette transition s'annonce d’ores et déjà explosive face à la dégradation du niveau de vie et à la colère d'une jeunesse à bout de souffle.