Par Hanane Ben

Multiplication des votes défavorables à l'ONU, blocage au Conseil de sécurité et alliés en pleine tourmente : la stratégie de normalisation et de fuite en avant menée par le régime de Rabat se solde aujourd'hui par un isolement géopolitique historique.

La diplomatie marocaine vient d'essuyer un revers majeur sur la scène internationale. Lors des récents débats de l'Assemblée générale des Nations unies, l'institution a une fois de plus réaffirmé avec force le principe inaliénable du droit à l'autodétermination pour le peuple sahraoui. Ce vote massif, soutenu par plus d'une centaine de pays incluant paradoxalement la participation du Maroc lui-même, rappelle une réalité juridique fondamentale que Rabat tente vainement d'effacer : aux yeux du droit international, le dossier du Sahara Occidental demeure une question de décolonisation non résolue, irréductible aux seuls arrangements unilatéraux.

L'illusion d'un consensus autour du plan d'autonomie marocain s'est ensuite heurtée à la dure réalité des rapports de force au Conseil de sécurité. Le projet unilatéral de Rabat a été catégoriquement bloqué par la position ferme de la Russie, qui a opposé son véto et fait échouer les manœuvres visant à valider le fait accompli. Cet échec démontre que le Conseil de sécurité reste un espace où les intérêts des superpuissances priment sur les tactiques diplomatiques régionales, rendant inopérantes les tentatives de contourner les résolutions onusiennes.

Une normalisation sans limites : la souveraineté nationale mise à mal

Pour tenter d'obtenir ces reconnaissances internationales, le pouvoir marocain a engagé une politique de concessions sans précédent qui touche désormais le front interne. Après les atteintes aux repères culturels et cultuels, l'accaparement des habitations et la spoliation de terres agricoles au détriment des citoyens marocains par l’entité sioniste, la normalisation franchit un palier institutionnel inédit. L'annonce récente faite au ministère de l'Intérieur concernant la création d'un parti politique fondé sur la référence religieuse juive et ouvertement rattaché au Likoud illustre l'ampleur des compromissions concédées sur le plan national, sans pour autant garantir un soutien diplomatique indéfectible à l'extérieur.

Pendant des années, le Maroc a fondé sa doctrine extérieure sur un alignement inconditionnel avec quelques grands partenaires clés, escomptant un parapluie diplomatique infaillible. Le résultat est aujourd'hui sans appel : les Etats-Unis n'ont pas pu imposer leur agenda face au multilatéralisme onusien malgré les promesses passées, la France s'est retrouvée incapable d'infléchir les équilibres internationaux en faveur du plan marocain, et Israël n'a offert aucun levier tangible au sein des instances multilatérales mondiales.

La fragilité de cette stratégie est d'autant plus évidente que ses principaux soutiens traversent des crises profondes. En Israël, le génocidaire Benyamin Netanyahou se trouve dans une posture des plus précaires, empêtré dans des scandales de corruption et confronté à une alliance des partis arabes à la Knesset visant sa destitution et le menaçant de prison. En France, le pays traverse une crise sociale majeure, entre manifestations lycéennes, colère des gilets jaunes et grèves syndicales contre la baisse du pouvoir d'achat, ce qui paralyse l'action internationale de Paris. Aux Etats-Unis, le pouvoir exécutif se retrouve affaibli après la perte du contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat lors des élections de mi-mandat.

En misant l'essentiel de sa politique étrangère sur la transaction — bradant ses ressources intérieures contre des reconnaissances diplomatiques factices —, le Maroc se retrouve aujourd'hui totalement démuni. Les revers s'accumulent, les alliés traditionnels vacillent et le droit international réaffirme ses exigences, laissant la monarchie face à une profonde impasse stratégique.

Enfin, si le pouvoir marocaine tente de présenter une éventuelle suppression ou paralysie de la MINURSO comme un semblant de victoire tactique, la réalité s'avère bien plus sombre pour Rabat. L'effacement de la présence onusienne ne fait que briser le dernier verrou diplomatique qui maintenait le statu quo. Loin de consolider le fait accompli, cet événement donne au contraire le signal vert d'une reprise généralisée des armes par le Front Polisario, qui n'attendait que la fin de ce cadre neutre pour déclencher l'offensive, reconquérir ses terres et chasser définitivement l'occupant marocain. La stratégie de la tension maximale menée par le Makhzen risque ainsi de se retourner contre lui en transformant une impasse diplomatique en une défaite militaire ouverte.