Par Hanae Ben
Djanina Messali-Benkelfat, figure mémorielle importante, portant l’héritage de son père, Messali El Hadj, considéré comme le père du nationalisme algérien, a accordé un entretien au journaliste Rachid Arhab, à l’occasion du centenaire de l’Étoile Nord-Africaine, fondée en juin 1926 et qui a marqué l’acte de naissance du nationalisme révolutionnaire algérien, et c’est sous l’impulsion de Messali Hadj qu’elle a structuré les premières revendications d’indépendance totale.
Depuis son domicile au Canada, Djanina Messali revient sur le parcours de son père et livre un témoignage poignant qui dit avoir appris à marcher en allant voir son père incarcéré.
Le journaliste lui rappelle sa formule célèbre : «76 ans de vie, 25 ans de liberté», selon sa fille, Messali Hadj a passé les deux tiers de sa vie en prison. «Je l’ai vu, surtout en prison !», a-t-elle indiqué, évoquant ses visites à son père à la prison de Lambèse et le souvenir terrible qu’elle garde de son père, enchaîné dans une cage.
Interrogé sur le père qu’il était, Djanina garde aussi le souvenir d’un père tendre et charmant avec beaucoup d’éducation.
Djanina Messali est revenue sur le parcours de sa mère, Emilie Busquant, issue d’une famille ouvrière et syndicaliste française, et qui est devenue la compagne de route, l’épouse et la muse politique de Messali Hadj. C’est d’ailleurs elle qui a cousu le premier exemplaire du drapeau de l’Algérie. Issue de la Lorraine, la militante Emilie Busquant a géré les affaires de son mari et l’éducation de ses enfants alors qu’il était en prison.
Évoquant les circonstances terribles de la mort de sa mère qui n’a pas vécu l’indépendance de l’Algérie pour laquelle elle s’est battue, Djanina Messali est revenue sur l’incroyable hommage fait à Alger, lors du rapatriement de la dépouille de sa mère vers la France.
«Les dockers ont arrêté le travail, se sont inclinés devant la dépouille et une fois le cercueil chargé, toutes les sirènes des bateaux présents ont retenti», a-t-elle raconté avec émotion.
Lors de cet échange, elle a rappelé que son père se trouvait en France lorsque l’Algérie a arraché son indépendance. Pour l’illustrer, elle a montré une carte d’identité établie au nom de son père en 1963 par le consulat général à Paris.
Leïla, la fille de Djanina Messali, a ensuite rejoint l’entretien. Elle a évoqué l’invitation reçue de la part de l’Algérie en 2011, à l’occasion de l’inauguration de l’aéroport de Tlemcen baptisé du nom de Messali Hadj. Elle a également partagé sa grande surprise d’avoir rencontré Ahmed Ben Bella dès leur arrivée à Alger.
Leïla explique comment la mémoire de sa mère s’est forgée alors que cette dernière n’était qu’une petite fille : «on parle toujours de transmission, de ces bribes d’histoire qui nous parviennent, puis vient le moment où l’on apprend véritablement la grande Histoire. Lorsqu’elle a décidé d’écrire son ouvrage, j’ai participé à la correction du texte. C’est à ce moment-là que j’ai énormément appris».
Djanina a résumé son rôle en une phrase : «Je suis une transmission, j’ai transmis à tout le monde. Djanina a cessé d’être seulement la fille de Messali Hadj pour devenir un passeur d’Histoire. Elle a accompli son devoir : veiller à ce que les racines du nationalisme algérien ne soient pas oubliées par les générations futures.