La 81e session de l’Assemblée générale des Nations unies à New York aura été marquée, selon l’expert en gestion des conflits et président du Centre d’études pour le développement et la prévention de l’extrémisme (CEDPE), Ahmet Yacoub Dabio, par des déclarations et des décisions qui interrogent profondément la capacité de l’organisation internationale à faire respecter les principes qu’elle est censée défendre.
Pour l’expert, le contraste est particulièrement frappant lorsqu’il s’agit de la question iranienne. « Depuis des années, on reproche à Téhéran ses appels à l’anéantissement de l’entité sioniste », relève- t-il, avant de s’interroger sur la portée des déclarations du président américain Donald Trump à la tribune de l’Assemblée générale. Celui-ci aurait évoqué publiquement l’alternative entre un accord et l’« anéantissement » de la République islamique d’Iran.
« Est-ce que j’anéantis la République islamique, et rapidement ? », rapporte Ahmet Yacoub Dabio, en soulignant qu’une telle déclaration ne relève pas d’un slogan lancé dans la rue, mais d’une menace formulée depuis la tribune de l’Organisation des Nations unies par le dirigeant d’une puissance disposant de moyens militaires considérables.
L’expert estime ainsi que les déclarations faisant référence à « l’anéantissement » d’un peuple ou d’un État sont « inacceptables et condamnables ». Il rappelle que la Charte des Nations unies consacre l’interdiction de la menace ou de l’emploi de la force dans les relations internationales. À ses yeux, le fait que cette déclaration n’ait suscité aucune réaction visible dans la salle constitue en lui-même un sujet d’inquiétude. « Le silence de l’institution est plus assourdissant que le discours », estime-t-il.
Le dossier palestinien au cœur de la crise
Ahmet Yacoub Dabio pointe également ce qu’il considère comme une autre contradiction majeure : les conditions d’accès à la tribune de l’Assemblée générale pour les dirigeants concernés par le conflit palestinien.
Il relève notamment que Benjamin Netanyahu, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale, peut se rendre à New York et prendre la parole devant l’Assemblée générale, tandis que le président palestinien Mahmoud Abbas s’est vu refuser un visa américain et ne peut intervenir qu’à distance.
L’expert revient également sur le vote de l’Assemblée générale autorisant Mahmoud Abbas à s’adresser aux États membres par visioconférence. « 152 voix pour, trois contre, celles de l’entité sioniste, des États-Unis et du Paraguay », souligne-t-il, y voyant le reflet d’une profonde contradiction entre les décisions de la majorité des États membres et les conditions concrètes dans lesquelles celles-ci peuvent être mises en œuvre.
Pour Ahmet Yacoub Dabio, cette situation pose plus largement la question du rôle du pays hôte du siège des Nations unies et de sa capacité à déterminer quels dirigeants peuvent physiquement accéder à la tribune de l’organisation.
« Un pays hôte qui filtre qui a le droit de parler à l’ONU est un pays hôte qui dicte l’ordre du jour de la planète », affirme-t-il, allant jusqu’à considérer qu’il devient nécessaire de « revoir le siège de l’ONU ».