Par Hanane Ben

Depuis plusieurs années, l’entité sioniste mène une véritable offensive pour s’implanter en Afrique ; la formule du génocidaire Benyamin Netanyahou, « Israël revient en Afrique, l’Afrique revient en Israël », n’a jamais été aussi brûlante d’actualité.

En effet, la presse israélienne se félicite déjà de l’accréditation « en grande pompe » de l’ambassadeur de Tel-Aviv au Burkina Faso. Ce même diplomate est d'ailleurs missionné pour étendre cette influence en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Togo.

Le Mali est lui aussi dans la ligne de mire. Selon diverses sources, des manœuvres et des négociations en coulisses durent depuis plusieurs mois entre le pouvoir de Bamako et l’État hébreu. Cette tentative d'infiltration au Sahel est activement facilitée par deux pays pivots de la normalisation dans la région, à savoir les Émirats arabes unis et le Maroc, qui agissent ici comme des relais de la stratégie israélienne pour lui permettre de s’ancrer durablement sur le continent.

Cette stratégie d'ancrage met en lumière une fracture béante au sein du continent africain, divisé entre pragmatisme opportuniste et fidélité aux luttes de libération.

Des régimes comme ceux du Kenya, de l'Ouganda ou du Rwanda ont largement ouvert leurs portes à « l'expertise » de l’entité sioniste. Ce troc sécuritaire repose sur un axe de complicité bien huilé : Tel-Aviv fournit ses technologies de cyber-surveillance pour consolider ces pouvoirs, tandis que ces derniers lui offrent en retour le bouclier diplomatique nécessaire à son ancrage en Afrique.

Outre l'axe très fort avec le Maroc, l'entité sioniste a poussé ses pions fin 2025 en reconnaissant unilatéralement la sécession du Somaliland. Une manœuvre géopolitique flagrante visant à s'offrir une base militaire et maritime stratégique face au Yémen, au mépris de la souveraineté de la Somalie et des positions de l'Union africaine.

Au cœur de cette offensive, la région du Sahel — aujourd'hui structurée autour de la Confédération de l'Alliance des États du Sahel (AES) qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger — est devenue l'épicentre des convoitises de l'entité sioniste. Alors que ces trois pays ont opéré une rupture historique avec l'Occident pour réaffirmer leur souveraineté, Tel-Aviv tente subtilement d'exploiter leurs failles sécuritaires pour s'y frayer un chemin.

L'accréditation de l'ambassadeur israélien à Ouagadougou, au Burkina Faso, n'est que la face visible d'un plan d'infiltration beaucoup plus vaste. En coulisses, l'entité sioniste cherche à tirer profit de la lutte acharnée que mènent les États de l'AES contre les groupes djihadistes. Son arme de séduction ? Une promesse d'assistance technologique, de drones de surveillance de dernière génération et d'outils de cyber-renseignement réputés infaillibles.

Pourtant, cette tentative d'ancrage au Sahel se heurte à un paradoxe idéologique majeur. Les peuples de l'AES, profondément ancrés dans une rhétorique de libération anticoloniale et de panafricanisme, voient d'un très mauvais œil la politique de colonisation menée en Palestine. Pour contourner ce blocage populaire, l’entité sioniste est contrainte d'avancer masquée, en s'appuyant sur le Maroc et les Émirats arabes unis.

Face à ce soft power agressif, un pôle de résistance historique, guidé par l'Afrique du Sud et l'Algérie, continue de porter la voix de la solidarité avec le peuple palestinien. Ce bloc livre une bataille politique acharnée au sein des instances de l'Union africaine pour faire barrage à toute légitimation diplomatique de Tel-Aviv sur le sol africain.

Pour Alger, le soutien à la cause palestinienne est un principe gravé dans son ADN révolutionnaire et anticolonialiste. Quant à Pretoria, les dirigeants sud-africains n'hésitent pas à dresser un parallèle direct entre la politique israélienne dans les territoires occupés et le régime de l'Apartheid qu’ils ont eux-mêmes combattu. C’est d'ailleurs l'Afrique du Sud qui a porté l'affaire devant la Cour internationale de justice (CIJ), un acte salué par une grande partie du continent.

Ce duo de tête est soutenu par un bloc solide d’États d'Afrique du Nord et d'Afrique australe, incluant la Tunisie, la Libye, la Mauritanie, ainsi que la Namibie et le Mozambique. Ensemble, ces pays livrent une guerre diplomatique totale au sein de l’Union africaine (UA). C’est ce front uni qui a réussi à faire suspendre et à bloquer le statut d'observateur que l’entité sioniste tente désespérément d’obtenir auprès de l’organisation panafricaine. Pour ces États, accepter Tel-Aviv à la table africaine serait une trahison flagrante de l'Acte constitutif de l'UA, qui rejette la colonisation et l’oppression des peuples.

En somme, l'Afrique est aujourd'hui le théâtre d'un bras de fer idéologique et stratégique crucial. Plus qu'une simple bataille diplomatique pour glaner des voix à l'ONU, l'issue de cette offensive déterminera l'identité politique même de l'Afrique : restera-t-elle fidèle à son héritage de lutte contre l'oppression et le colonialisme, ou cèdera-t-elle aux sirènes du sionisme ? Une chose est sûre, la résistance africaine prouve que le continent n'est pas à vendre, et que la mémoire des peuples reste le plus solide des remparts.