Artifices comptables et opacité budgétaire : un article d'Orient XXI dénonce les méthodes douteuses du gouvernement marocain pour masquer le niveau réel de sa dette publique. En transformant des emprunts souverains en loyers pluriannuels sur des bâtiments publics, la Royauté recourt à des artifices financiers qui risquent de peser lourdement sur les générations futures.

Au cœur des révélations d’Orient XXI, un constat alarmant. Derrière le jargon policé des « financements innovants », le gouvernement marocain orchestre une véritable braderie du patrimoine national. Pour combler ses trous budgétaires sans assumer l'explosion de ses comptes, le pouvoir s'est résolu à vendre les murs de ses propres infrastructures fondamentales, à commencer par les hôpitaux publics et les centres hospitaliers universitaires (CHU).

Une fois ces biens bradés à des investisseurs institutionnels — souvent les caisses de retraite de la population —, l'État devient simple locataire des lieux qu'il a lui-même bâtis, s'enchaînant au paiement de loyers sur le long terme.

Ce montage relève d'une pure manipulation d'affichage. Plutôt que d'assumer en toute transparence la hausse de sa dette souveraine par un emprunt classique, le pouvoir exécutif préfère maquiller ses comptes. En transformant un capital d'emprunt en une suite de loyers pluriannuels, la dette réelle disparaît magiquement des bilans officiels.

Ce tour de passe-passe permet au gouvernement de bomber le torse sur sa prétendue maîtrise budgétaire tout en léguant un passif colossal aux générations futures.

Pourtant, les institutions financières internationales ne sont pas dupes de cette stratégie : si elles ferment parfois les yeux pour préserver la vitrine macroéconomique du Royaume, elles connaissent parfaitement la réalité de ces engagements hors-bilan et de la fragilité financière qu'ils masquent.

Le prix de cet artifice comptable est payé au prix fort par les citoyens. Le piège de ce montage est aussi simple que redoutable. Le chèque encaissé lors de la vente des hôpitaux est dépensé immédiatement par le gouvernement pour éponger ses déficits courants.

Une fois cette somme évaporée, le secteur de la santé se retrouve piégé. Alors qu'il n'avait auparavant aucun loyer à payer puisqu'il était propriétaire de ses murs, le ministère de la Santé doit désormais prélever chaque année des centaines de millions de dirhams sur son budget ordinaire pour régler les loyers dus aux nouveaux propriétaires.

Ce transfert de charge impose une véritable double peine à un secteur hospitalier déjà à l'agonie. L'argent public — qui devrait servir à recruter des médecins, revaloriser les salaires du personnel soignant ou acheter des équipements médicaux indispensables — se retrouve irrémédiablement siphonné par ces loyers obligatoires.

C'est une logique absurde où le maquillage à court terme des chiffres prime sur la qualité du service public. Ce bradage scandaleux permet de comprendre directement le manque criant de ressources sur le terrain et les difficultés quotidiennes des Marocains pour accéder à des soins de santé décents.

La crise de l'hôpital public atteint un point de rupture critique. Pénurie aiguë de personnel soignant, déserts médicaux, équipements en panne et urgences débordées. Alors que des millions de Marocains peinent quotidiennement à accéder à des soins élémentaires et que les professionnels de santé désertent le secteur public ou manifestent leur détresse dans la rue, l'Etat marque l'abdication pure et simple du pouvoir face à la crise sociale et à la souffrance de sa population.