Le Maroc poursuit le renforcement de son arsenal militaire en s'appuyant sur les États-Unis et l'entité sioniste, dont l'industrie d'armement bénéficie de commandes marocaines. Une réalité reconnue par un haut responsable espagnol de la Défense, alors que les crimes commis contre les Palestiniens à Ghaza placent la coopération militaire avec l'entité sioniste au cœur des interrogations politiques.
 
Le réarmement du Maroc et ses achats d'armes auprès de l'entité sioniste sont désormais ouvertement évoqués par les responsables militaires espagnols. Mardi 20 octobre, le lieutenant-général Miguel Ivorra, directeur général de la Stratégie et de l'Innovation de l'industrie de défense au ministère espagnol de la Défense, a reconnu que Rabat s'approvisionnait en équipements militaires auprès des États-Unis et de Tel-Aviv, rapporte le média espagnol The Objective.
 
Cette déclaration met en évidence la place prise par l'entité sioniste dans les acquisitions militaires marocaines. Elle intervient alors que l'agression contre la bande de Ghaza a provoqué des destructions massives et un bilan humain dramatique parmi les Palestiniens, suscitant une condamnation internationale et des interrogatoires sur les relations entretenues avec Tel-Aviv.
 
Les données de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) confirment l'ampleur des achats marocains. Pour la période 2021-2025, les importations de grands systèmes d'armes du Maroc ont augmenté de 12 % par rapport aux cinq années précédentes, faisant du royaume le premier importateur africain de ces équipements.
 
Les États-Unis ont fourni 60 % des armes importées par le Maroc, tandis que l'entité sioniste en a représenté 24 %, devant la France, avec 10 %. Ces chiffres illustrent la place occupée par les fournisseurs américains et sionistes dans l'approvisionnement militaire de Rabat.
 
Derrière ces achats se dessine une coopération militaire qui s'est développée depuis la normalisation des relations entre le Maroc et l'entité sioniste en décembre 2020. La signature d'un accord de coopération en matière de défense en novembre 2021 a ouvert la voie à un rapprochement institutionnel, suivi par des contrats d'armement et des échanges entre les acteurs des deux industries militaires.
 
Le Maroc ne se contente donc pas d'entretenir des relations diplomatiques avec Tel-Aviv : il contribue également, par ses commandes, aux activités de son industrie militaire.
 
Des contrats d'armement malgré les massacres à Ghaza
 
Le maintien de cette coopération prend une dimension particulièrement sensible au regard de la situation palestinienne. Alors que les Palestiniens de Ghaza subissent les conséquences dévastatrices de l'offensive militaire israélienne, Rabat continue de faire appel à l'industrie d'armement de l'entité sioniste pour renforcer ses capacités militaires.
 
Ce choix soulève une question politique fondamentale : quelle portée accorder aux déclarations de solidarité avec le peuple palestinien lorsque les relations avec l'entité sioniste se prolongent dans un domaine aussi sensible que celui des armes ?
 
Au-delà des discours, les chiffres des importations et les accords de défense témoignent de la continuité des relations entre les deux parties. Le rapprochement militaire engagé depuis 2020 ne relève plus uniquement des échanges diplomatiques, mais repose également sur des intérêts matériels et des contrats.
 
La présence d'entreprises sionistes au Salon aéronautique de Marrakech, du 7 au 10 octobre 2026, a également illustré cette proximité. Des industriels de l'armement ont pu y présenter leurs équipements et nouer des contacts avec des acteurs du secteur marocain. Cette présence commerciale contribue à renforcer les liens entre les deux industries de défense.
 
Madrid souligne les limites des achats d'armes
 
Lors de son intervention, Miguel Ivorra a toutefois rappelé que l'achat d'équipements étrangers ne garantissait pas, à lui seul, l'autonomie technologique ni la maîtrise des capacités militaires. Le développement, l'évolution et la maintenance des systèmes d'armes constituent également des éléments déterminants, at-il souligné.
 
Pour le Maroc, la progression des achats d'armes auprès des États-Unis et de l'entité sioniste pose la question de la dépendance technologique et du poids de ces fournisseurs dans l'évolution de son arsenal.
 
Le constat est donc double : Rabat augmente ses importations militaires et accorde une place importante à l'industrie d'armement de l'entité sioniste, tandis que l'expérience espagnole rappelle les conséquences possibles d'une dépendance à l'égard de technologies étrangères.
 
Au moment où la question palestinienne demeure au centre des préoccupations régionales, la poursuite de cette coopération place les autorités marocaines face aux conséquences politiques de leurs choix. Les achats d'armes ne sont pas de simples opérations commerciales : ils engagent des relations durables, des intérêts industriels et des responsabilités politiques.
 
 
Rédaction Algérie 54