Par Hanane Ben

La décision historique du Royaume d'Espagne d'accorder une existence légale à la branche ibérique du Parti National Rifain (PNR) marque une fissure irréparable dans le mur du déni colonial et de l'oppression centrale du Makhzen. Plus de six décennies après l'annexion forcée du Rif en 1956, la cause rifaine franchit une étape charnière sur le continent européen.

En légalisant la voix du PNR sur son sol, Madrid ne valide pas seulement le droit inaliénable du peuple rifain à s'organiser et à s'exprimer ; elle offre un ancrage officiel à l'héritage politique de la République d'Abdelkrim El Khattabi, faisant passer la lutte pour la dignité de la clandestinité à la lumière de la scène internationale. Cette officialisation sur le sol européen provoque un véritable séisme dans la géopolitique régionale.

En premier lieu, elle fragilise l'équilibre diplomatique complexe entre Madrid et Rabat. Alors que le pouvoir marocain s'est efforcé pendant des décennies de confiner la question rifaine à une simple affaire de sécurité intérieure, la reconnaissance d'un parti ouvertement souverainiste au sein d'un État membre de l'Union européenne internationalise de fait le débat.

Pour Rabat, qui considère le Rif comme une chasse gardée, cette décision constitue un affront direct, susceptible d'inverser la dynamique de rapprochement observée ces dernières années entre les deux rives du détroit de Gibraltar. Sur le plan stratégique, l'émergence d'une entité rifaine structurée à l'étranger vient redéfinir les équilibres territoriaux et sécuritaires en Méditerranée occidentale.

Alors que le Maroc maintient une pression constante sur la souveraineté des enclaves de Ceuta et Melilla, la position du mouvement indépendantiste rifain — traditionnellement favorable au respect des frontières historiques et de la présence espagnole dans ces cités — offre à l'Espagne un partenaire politique alternatif.

Par ailleurs, la légitimation d'un front politique rifain en Europe ouvre un nouveau chapitre d'influence et de pression diplomatique que les acteurs régionaux ne pourront plus ignorer. Enfin, sur le plan juridique et militant, cette reconnaissance dote le mouvement rifain d'un bouclier institutionnel majeur. 

À l'abri des tentatives de répression transnationale et des procédures d'extradition, la diaspora rifaine dispose désormais d'une plateforme légale pour porter ses revendications devant les instances internationales, qu'il s'agisse du Parlement européen ou de l'ONU.

Cette structuration en Espagne ne constitue pas un acte isolé, mais s’inscrit dans le cadre d’un déploiement politique plus large à travers les grandes capitales européennes. Au-delà de la péninsule Ibérique, le Parti National Rifain et les réseaux d’une diaspora rifaine historiquement très mobilisée ont déjà établi une présence active au cœur de l’Europe, notamment à Bruxelles, Amsterdam et Paris. Dans ces centres névralgiques de la politique européenne, la diaspora rifaine s’organise activement sous forme de comités civiques, de manifestations publiques et d’actions de diplomatie citoyenne.

En tissant ce maillage militant depuis les capitales de l’Union européenne, le mouvement renforce sa visibilité institutionnelle, mobilisant ses communautés et sensibilisant ONG, parlementaires et acteurs internationaux à la mémoire et à l'avenir de la cause rifaine.

Pour la diaspora et pour les millions de Rifains sous le joug autoritaire, ce sésame légal en Europe est une tribune d'où résonnera désormais la quête de liberté, d'émancipation et d'autodétermination du peuple du Rif.

La lutte pour la souveraineté du Rif quitte la clandestinité pour s'imposer sur la scène internationale. Pris en étau entre la résistance héroïque du peuple rifain au nord et le combat du peuple sahraoui au sud, le régime marocain voit ses ambitions hégémoniques et ses illusions géopolitiques s'effondrer une à une. 

Face à la double pression de ces luttes légitimes, le pouvoir central sera inévitablement réduit à sa véritable réalité territoriale et politique, au fur et à mesure que ses artifices se fracasseront contre le droit international et le droit inaliénable des peuples à disposer d'eux-mêmes.