Par Hanane Ben
Les illusions du Makhzen s’effondrent une à une. Ni le soutien inconditionnel de Washington, ni le troc diplomatique avec Tel-Aviv n’auront suffi à masquer la réalité historique et juridique. Le Sahara Occidental demeure un territoire à décoloniser, et le peuple sahraoui n’abdiquera jamais son droit inaliénable à l’autodétermination.
Rabat pensait avoir plié le match. Porté par des alliances toxiques et fort d’un chantage diplomatique permanent, le régime marocain célébrait déjà la concrétisation de ses rêves expansionnistes. C’était compter sans la ténacité de la légalité internationale et la résilience d'un peuple en lutte.
Le camouflet est monumental. La Quatrième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, chargée des questions politiques spéciales et de la décolonisation, vient de porter un coup d'arrêt brutal aux prétentions de Rabat en réaffirmant catégoriquement le droit à l’autodétermination du peuple sahraoui.
Même l’Espagne, dont le gouvernement socialiste s’était abîmé en 2022 dans un renoncement moral et stratégique, s'est vue rappelée à la réalité du droit international : le Sahara Occidental demeure un territoire non autonome en attente de décolonisation. Malgré les pressions féroces, le chantage migratoire et la diplomatie du bras de fer exercée sur les chancelleries européennes pour imposer son plan d’autonomie bancal, la majorité des Etats a choisi la légalité contre le fait accompli.
Le sommet du ridicule a été atteint lors du vote onusien. Pris dans ses propres contradictions et incapable d'assumer sa posture d'occupant face à un consensus mondial, le représentant du Maroc s'est retrouvé à voter une résolution qui condamne, noir sur blanc, la politique coloniale de son propre pays.
L’impasse négociée et la fuite en avant répressive
Sur le terrain diplomatique, l'assurance de la diplomatie marocaine vire à la farce. Les négociations sous l'égide américaine patinent lourdement. Rabat pensait n'avoir qu'à dicter ses conditions ; elle se heurte aujourd'hui au vide de ses propositions, l'envoyé américain Boulos lui-même devant reconnaître l'absence totale de progrès.
Face à ces revers successifs et sous le projecteur des initiatives internationales, l'occupant marocain choisit la méthode des régimes aux abois en imposant la terreur à huis clos. Dans les territoires occupés, la répression contre les civils atteint des sommets graves et inédits. Villes bouclées, observateurs internationaux et journalistes bannis, arrestations arbitraires : le territoire est placé sous coupe réglée.
Dans les geôles du Makhzen, les prisonniers politiques sahraouis, à commencer par les héros du groupe de Gdeim Izik emprisonnés illégalement depuis des années, paient le prix fort. Leur réponse face à l'arbitraire et au déni de justice s'exprime à travers des grèves de la faim héroïques menées au péril de leur vie.
Pendant que Rabat s'enferme dans le déni, la solidarité continentale et internationale se renforce. La récente visite d'une délégation de haut niveau du Comité des services de renseignement et de sécurité africains (CISSA) dans les camps de réfugiés en est une preuve éclatante. Venue s'enquérir du travail remarquable des organisations sahraouies des droits de l'homme, de lutte anti-mines et de défense de l'autodétermination, cette mission rappelle que l'Afrique n'a pas oublié ses idéaux de libération.
En marge de l'audience accordée à cette délégation, le président de la RASD Brahim Ghali a rappelé avec force que le peuple sahraoui, attaché à son droit et convaincu de la justesse de sa cause, poursuivra sa lutte et sa résistance pour arracher la liberté et l'indépendance et faire prévaloir sa volonté de choisir librement son avenir.
Cette alerte retentit partout. À Dakar, lors de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, la délégation sahraouie a une nouvelle fois exposé au monde la gravité des violations systématiques commises par les forces d'occupation.
L'opportunisme moral : la faillite finale
L'impudence du régime marocain ne connaît plus de limites. Même devant le Comité exécutif du HCR, l'occupant, qui porte la responsabilité première et entière de ce drame humanitaire et du déracinement de milliers de familles, a osé se poser en donneur de leçons en matière de solutions durables. Ce passage honteux du déni brutal à la prétention morale traduit l’opportunisme dans sa forme la plus abjecte. Mais la mascarade ne prend plus. La communauté internationale connaît l'histoire, connaît les faits et sait parfaitement d'où vient l'injustice au Sahara Occidental.
L'échéance approche et la pression monte d'un cran. L'adoption récente de la résolution de la Quatrième commission de l’Assemblée générale de l’ONU, réaffirmant le droit inaliénable du peuple sahraoui à l'autodétermination, place désormais le Conseil de sécurité face à ses responsabilités. Le rendez-vous crucial du 31 octobre représente l'opportunité d'asséner le coup de massue définitif; contrer les tentatives marocaines d'imposer un fait accompli et exiger une prise de position ferme de l'ONU face aux violations des droits humains et à l'absence de perspectives de décolonisation effective.