Par Fatma Zohra Hamza.
 
Au moment où l'enquête judiciaire instruite par la juge María Tardón sur la crise migratoire de Ceuta lorsque plus de 80 000 jeunes et enfants marocains ont rejoint, le 30 et 31 juillet dernier l'enclave espagnole d'abord aidés puis violement réprimés par La police marocaine, une répression sanglante dont le bilan a fait état de 100 morts- incrimine directement le Makhzen. La presse ibérique, révèle que Rabat utilise sa coopération dans la gestion de la frontière pour faire chanter l'Espagne.


La coopération à la frontière de Ceuta, entre le Maroc et l'Espagne, est conditionnée par une réalité, qui en pratique confère à Rabat une position de force (décisive) notamment en matière de coordination sécuritaire contrairement au discours officiel du palais royal.
 
Le  journal espagnol El Independiente explique que dans les cas de renvoie de migrants marocains, entrés illégalement à l'enclave espagnole, est tributaire de la décision du Maroc; « Ils décident s’ils acceptent ou non les leurs », expliquent des sources policières liées à l’enquête judiciaire sur la crise migratoire de Ceuta.
Bien loin du traité d'amitié et de coopération signé en 1991 entre les deux royaumes, les questions du transfert des rapatriés, de l’échange d’informations ou de la coordination des services opérant des deux côtés de la frontière, répondent à l'agenda du Makhzen.

Ces sources, citées par le journal, résument la situation de manière plus large : « Les relations sont contrôlées par le Maroc ». Non pas parce que Rabat a des pouvoirs sur les autorités espagnoles, mais parce qu’une grande partie de la gestion d’une frontière comme Ceuta dépend de la coopération du pays voisin, le Maroc qui tentent de maintenir sa pression sur les autorités espagnoles en faveur de son alignement sur sa position dans le dossier du Sahara Occidental.

Cette position douteuse de Rabat sur cette coopération est désormais au coeur de l'enquête instruite par la magistrate de la Cour nationale; María Tardón, tente désormais de reconstituer les communications entre le Centre national de renseignement (CNI) et les services de renseignement marocains afin de déterminer quelles informations ont été échangées entre les deux pays et, surtout, quelle a été la réponse du Maroc aux communications espagnoles, pour découvrir ce qui s’est passé de l’autre côté de la frontière avant et pendant l’entrée massive du 30 juillet dernier.

La question est particulièrement pertinente car la frontière de Ceuta ne peut être analysée uniquement du côté espagnol. Le Maroc contrôle le territoire immédiatement avant la frontière et ses forces de sécurité jouent un rôle clé dans les déplacements vers les points de passage frontaliers. Parallèlement, tout retour sur le territoire marocain exige que les autorités du pays voisin acceptent la livraison.
La demande de Tardón au CNI nous permettra de voir comment cette coopération a fonctionné durant les jours entourant la crise. La question n’est pas seulement de savoir s’il y avait des contacts entre les services des deux pays, mais aussi du contenu de ces communications.
C’est-à-dire si l’Espagne a transmis des avertissements ou des demandes à ses interlocuteurs marocains, si elle a reçu une réponse et quelle position Rabat a maintenue face aux demandes espagnole, précise le journal.
C’est précisément cette dépendance opérationnelle qui, selon les sources consultées, explique la stratégie de Rabat dans la relation frontalière. Une décision prise par l’Espagne ne garantit pas en soi qu’elle puisse être mise en œuvre de l’autre côté de la frontière. Pour certaines actions, il est essentiel que le Maroc coopère, relève El Independiente.
Le Maroc refuse de récupérer ses enfants!

L’Espagne peut identifier une personne ayant l’intention de revenir et certes activer les mécanismes correspondants, mais le retour nécessite l’acceptation du Maroc; seulement la situation sur le terrain est toute autre.
La situation actuelle, est décrite par les sources consultées, par El Independiente comme « à faible visibilité » de la part du Maroc. Alors que le Makhzen affiche publiquement et à haut niveau, soit par la voix de Mohammed VI et de ses ministres une volonté absolue de récupérer tous ses mineurs, les faits sur le terrain témoignent du contraire; un décalage technique majeur que les syndicats policiers et les autorités locales espagnoles qualifient de "silence administratif" ou plutôt de blocage intentionnel notamment pour la question des mineurs.

Le ministre de la Présidence et du Gouvernement de Ceuta, Alberto Ramón, assure que des mesures ont été prises concernant 73 mineurs, mais qu’ils n’ont pas reçu de réponse des autorités marocaines.
"Il n’y a pas eu de rapatriement dans la ville de Ceuta », a déclaré Ramón tout en insistant sur le fait que le retour des mineurs est une demande que le gouvernement de Ceuta a transférée depuis le début à l’exécutif central et à la délégation gouvernementale, resté lettre morte à cause du blocage marocain.