Des analystes politiques ont souligné que le rejet, vendredi, du projet de résolution sur le Sahara Occidental au Conseil de sécurité des Nations unies (ONU), à la suite du recours de la Russie à son droit de veto, a permis de replacer la question sahraouie dans son contexte naturel, en tant que question de droit d’un peuple et de son droit à l'autodétermination, ainsi qu'un conflit dont le règlement politique ne saurait intervenir sans traiter ses fondements juridiques et historiques.
Dans ce contexte, Ahmed Mizab, spécialiste des questions politiques et expert en géopolitique et en sécurité, a affirmé que la session du Conseil de sécurité consacrée au Sahara Occidental n'avait pas été une simple confrontation diplomatique ayant abouti au rejet d'un projet de résolution, mais avait constitué un "tournant politique majeur" dans le processus de la cause sahraouie.
M. Mizab a indiqué que ce qui s'est produit vendredi au Conseil de sécurité avait constitué "un moment qui a replacé la question dans son contexte naturel, en tant que question de droits d'un peuple et de son droit à l'autodétermination, tout en mettant en évidence une responsabilité onusienne dont les exigences n'ont pas été pleinement satisfaites, ainsi qu'un conflit dont le règlement politique ne saurait intervenir sans traiter ses fondements juridiques et historiques".
Il a également souligné que cette évolution avait "réhabilité la centralité de la légalité internationale et mis en évidence les limites des tentatives de remodelage du conflit en dehors de ses références juridiques et historiques", soulignant que "le veto russe a véhiculé un message politique clair" et que "la question relève, dans ses fondements de référence, du processus de décolonisation".
Dans cette perspective, il a relevé que cette étape avait démontré que "la légalité internationale ne saurait être tributaire d'un remodelage diplomatique conduit par une puissance donnée, et que le Conseil de sécurité, malgré ses déséquilibres, ne pouvait devenir un instrument permettant de conférer une légitimité juridique définitive à des options politiques qui ne reposent pas sur l'exercice par le peuple sahraoui de son droit à l'autodétermination".
De son côté, M. Redouane Bouhidel, enseignent universitaire et chercheur en sciences politiques et relations internationales, a souligné que "ce qui s'est produit constitue un échec retentissant de la diplomatie marocaine et des thèses marocaines concernant ce qui est présenté comme le plan de +soi-disant autonomie+, mis en échec par le veto russe, ramenant ainsi la question à son point de départ, à savoir la légalité internationale dans le cadre du référendum et le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination".
Il a ajouté que ce qui s'est passé traduit "une préservation du cadre de référence onusien de la question", considérant que la proposition marocaine "a été rejetée aujourd'hui et a essuyé un échec cuisant", tout en soulignant la nécessité de "réfléchir désormais à des solutions politiques réalistes garantissant le droit du peuple sahraoui à l'autodétermination".
Pour sa part, M. Idriss Attia, enseignent en sciences politiques et relations internationales, a indiqué que le veto russe a fait échouer le projet de résolution qui mettait l'accent sur ce qui est appelé le plan d'autonomie comme unique base de négociation, estimant qu'il s'agissait également d'une anticipation du processus de négociations toujours en cours entre les deux parties au conflit, le Front Polisario et le Maroc.
Ce projet visait également, a-t-il poursuivi, à "supprimer toute référence au référendum ou à l'autodétermination qui sont parmi les missions fondamentales de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), constituant ainsi une tentative de redéfinition du référentiel juridique, institutionnel et politique de la question du Sahara Occidental".
Il a ajouté que le veto russe "a défendu le principe de l'autodétermination, en reprenant les propos du représentant permanent de la Russie auprès des Nations unies, selon lesquels la question du Sahara Occidental ne peut être tranchée à l’avance sur la base d’une vision unilatérale, sans l'accord des deux parties au conflit, à savoir le Front Polisario, représentant légitime et unique du peuple sahraoui, et le Maroc", soulignant qu'il ne saurait être question de faire abstraction du principe de l'autodétermination, qui constitue un cadre de référence fondamental du processus de règlement de la question sahraouie.