Pour Saïd Ayachi, la faible participation aux législatives traduit un profond désenchantement à l’égard du pouvoir et de la classe politique, sur fond de difficultés sociales et de contestation de la normalisation avec l’entité sioniste.
 
Le faible taux de participation enregistré lors des élections législatives du 23 septembre au Maroc constitue, selon Saïd Ayachi, président du Comité national algérien de solidarité avec le peuple sahraoui (CNASPS), un révélateur de la crise de confiance qui traverse le pays.
Plusieurs lectures doivent, selon lui, être faites de ce scrutin, à commencer par le chiffre officiel de 38 % de participation, qu’il affirme devoir être relativisé. Il avance que « plusieurs sources et nombre d’observateurs » ramèneraient ce taux à près de 16 %.
 
Selon Saïd Ayachi, cette abstention ne se résume pas à un simple désenchantement vis-à-vis de la classe politique. Elle constituerait, selon son analyse, l’expression d’une désaffection plus large à l’égard du régime marocain et de ses dirigeants. Il cite notamment les classes moyennes et populaires, les fonctionnaires, les enseignants, les techniciens, les ingénieurs, les femmes et les jeunes parmi les catégories qui auraient massivement boudé les urnes.
 
Cette désaffection serait étroitement liée, estime-t-il, à la situation sociale. Le pouvoir d’achat, la hausse des prix de l’énergie et des produits de première nécessité, l’augmentation des coûts des soins de santé et des loyers figurent parmi les principales difficultés évoquées. Saïd Ayachi considère que la dégradation persistante des conditions de vie aurait progressivement creusé le fossé entre une large partie de la population et les institutions du pouvoir.
 
Il établit également un lien entre cette situation sociale et les mouvements de protestation observés ces dernières années dans plusieurs grandes villes marocaines. Selon lui, ces mobilisations traduisent le mécontentement d’une population confrontée à une précarité persistante, tandis qu’une partie des richesses du pays serait, affirme-t-il, accaparée par le palais royal, l’oligarchie et le Makhzen, ainsi que par des intérêts étrangers.
 
Dans cette lecture, le scrutin du 23 septembre ne serait donc pas uniquement une échéance électorale, mais également l’expression d’un rejet. Saïd Ayachi parle d’un « divorce consommé entre le roi et son peuple » et considère le quasi-boycott des élections comme une sanction adressée à l’ensemble des partis politiques marocains, indépendamment de leurs orientations.
 
Il estime par ailleurs que les résultats électoraux et la répartition des sièges ne sauraient, à eux seuls, rendre compte de la représentativité politique. « C’est de la pure arithmétique », affirme-t-il, considérant que la faible participation aurait adressé aux formations politiques un message de défiance de la part d’une partie importante de l’électorat.
 
La normalisation avec l’entité sioniste au cœur des critiques
 
Saïd Ayachi revient également sur le recul du Parti de la justice et du développement (PJD), arrivé en quatrième position, qu’il met en relation avec la politique de normalisation engagée par Rabat avec l’entité sioniste. Il estime que cette question constitue l’un des facteurs ayant aggravé la situation politique et sociale du pays.
Selon lui, la normalisation aurait profondément heurté une partie de la population marocaine attachée à la cause palestinienne. Il affirme que son rejet se serait exprimé à travers les manifestations organisées au Maroc ces dernières années et dénonce une extension de la coopération maroco-israélienne à plusieurs secteurs.
 
Il évoque notamment l’armée, l’agriculture, l’économie, les finances, la justice et l’université, estimant que cette coopération aurait atteint un niveau sans précédent. Il présente cette évolution comme une « colonisation rampante » et une « judaïsation » du pays, des qualifications qui relèvent de son analyse politique.
 
La question palestinienne occupe ainsi une place centrale dans sa lecture du scrutin. Saïd Ayachi estime que la politique menée par Rabat sur ce dossier aurait contribué à accentuer la défiance d’une partie de la population à l’égard du pouvoir et des formations politiques qui l’accompagnent.
 
Le Sahara occidental, autre point de tension
 
Dans son analyse, Saïd Ayachi établit enfin un lien entre les difficultés internes du Maroc et la question du Sahara occidental. Il estime que le pouvoir marocain pourrait chercher à s’appuyer sur ce dossier pour raviver le sentiment patriotique et détourner l’attention des difficultés économiques et sociales auxquelles fait face la population.
 
Il considère toutefois que cette démarche se heurterait à la détermination du peuple sahraoui à exercer son droit à l’autodétermination. Il rappelle à ce titre la position qu’il attribue au droit international et au cadre des Nations unies concernant le règlement de la question sahraouie.
 
Au-delà des résultats électoraux, Saïd Ayachi voit ainsi dans le scrutin du 23 septembre le symptôme d’une crise plus profonde, nourrie à la fois par les difficultés sociales, la défiance envers les institutions politiques et le rejet qu’il attribue à une partie de la population de la politique de normalisation avec l’entité sioniste. Pour lui, la faiblesse de la participation constitue avant tout un signal politique adressé au pouvoir et aux partis marocains.
 
Manifestations, abstention et crise de confiance, les signes d’un profond malaise social
 
Le Maroc connaît des manifestations sur fond de dégradation des conditions de vie et de crise de confiance à l’égard du pouvoir. Les protestataires dénoncent la situation sociale et réclament des mesures concrètes pour améliorer le quotidien des Marocains, ainsi que des réformes dans les secteurs de l’éducation et de la santé publique, davantage de transparence et une reddition des comptes dans les affaires de corruption.
 
Ces mobilisations apparaissent également comme une réponse aux dernières élections. Dans la région du Rif, la participation aurait été particulièrement faible, près de 90 % des électeurs n’ayant pas pris part au scrutin. Cette abstention traduirait, selon cette analyse, une profonde défiance à l’égard du processus électoral marocain, dans un contexte où la confiance de la population s’est largement érodée. Le gouvernement actuel ne bénéficierait ainsi pas, selon cette lecture, d’une véritable légitimité populaire.
 
Autre point soulevé, l’absence de débat autour de la normalisation avec l’entité sioniste durant les campagnes électorales. Aucun parti politique marocain ne se serait clairement positionné sur cette question, pourtant sensible et qui demeure largement absente du débat politique national.
 
Cette situation intervient alors que les difficultés sociales occupent une place croissante dans les revendications exprimées dans la rue. La hausse du coût de la vie, les difficultés d’accès aux services publics et les demandes de réformes nourrissent ainsi une contestation qui dépasse la seule question électorale et met en lumière une défiance plus large à l’égard du fonctionnement politique du pays.
 
Rédaction Algérie 54