Par Hanane Ben
Le processus de réchauffement des relations bilatérales entre l’Algérie et la France va crescendo. Le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, est arrivé tôt dans la journée, ce lundi, dans la capitale française, à l’invitation de son homologue français, Laurent Nunez.
Selon le communiqué du ministère de l’Intérieur, Saïd Sayoud est accompagné d’une délégation de haut niveau, témoignant de l’importance d’une telle visite.
Cette visite officielle, la première depuis 2022, s’inscrit dans un contexte très particulier. Elle intervient après plusieurs mois d’intenses tensions diplomatiques qui avaient paralysé les échanges officiels. La reprise des contacts physiques de haut niveau s’est faite en deux temps cette année. La visite de Laurent Nuñez à Alger les 16 et 17 février 2026, qui a amorcé ce dégel. Ensuite, pendant le mois de mai, la dynamique s’est accélérée avec les visites successives à Alger de la ministre déléguée française Alice Rufo, puis du ministre de la Justice Gérald Darmanin.
C’est le premier grand déplacement à Paris pour ce portefeuille depuis près de 3 ans et demi de turbulences. Pour la presse française, le mot d’ordre est la reprise du dialogue pragmatique. Après les tensions de 2024 et 2025, notamment liées au virage de Paris sur le dossier du Sahara Occidental, les médias soulignent que la sécurité et la lutte contre les réseaux criminels forcent les deux pays à retravailler ensemble. qualifiant la venue de Saïd Sayoud de «signal très positif», la presse y voit la preuve concrète que la coopération bilatérale est en train d’être «progressivement restaurée».
Certaines analyses ont indiqué qu’au-delà des dossiers techniques, cette visite est avant tout un acte politique fort qui démontre une volonté partagée par Paris et Alger de tourner la page des crises successives et d’installer un climat d’apaisement.
«En choisissant le canal des ministères de l’Intérieur et de la Justice pour opérer ce rapprochement, les deux gouvernements avancent sur un terrain concret et mesurable. C’est une diplomatie du résultat qui vise à prouver que, malgré les différends passés, la coopération franco-algérienne reste une nécessité absolue pour les deux rives de la Méditerranée», indique-t-on encore.
Pour l’Algérie, l’objectif de cette visite de Saïd Sayoud est de faire valoir ses propres intérêts tout en fixant des lignes rouges. La question du double jeu ou des revirements de la diplomatie française pousse l’Algérie à aborder cette reprise avec une grande exigence et un pragmatisme froid. Alger ne cherche pas de grandes effusions d’amitié politique, mais des engagements concrets sur des dossiers précis.
Alger aborde cette reprise de dialogue menée par Saïd Sayoud avec des attentes très pragmatiques, centrées sur le principe de réciprocité : une gestion équilibrée du dossier migratoire, la réciprocité sécuritaire et judiciaire,et le plus important de tous, une diplomatie de terrain, d’égal à égal.
L’Algérie aborde Paris avec une posture de fermeté. Elle accepte de coopérer là où elle y trouve un intérêt mutuel (sécurité, fluidité des transports, criminalité), mais elle n’accorde aucun blanc-seing politique à une diplomatie française dont elle surveille les moindres mouvements.