Au moment ou le front social est en ébullition et risque un embrasement généralisé avec l'appel à l'organisation de grandes manifestations demain samedi 17 octobre, dans la foulée de la colère des lycéens accompagnée d'une atroce répression, largement condamnée, la situation économique et financière de la France est au rouge, menacée par un effondrement.
Si les manifestations réclament une augmentation des dépenses publiques, les taux d'intérêt exigés par le marché pour l'achat d'obligations françaises à dix ans approchent les 5 % et leur prime de risque dépasse les 100 points de base, un niveau jamais atteint depuis la crise de l'euro de 2012.
La France est scrutée de près par les marchés, et à juste titre. Sa dette publique passera de 115 % du PIB en 2025 à 120 % fin 2026, et le déficit reste d'actualité . De plus, avec une croissance projetée de seulement 0,5 % et des charges d'intérêts annuelles d'environ 90 milliards d'euros, la marge de manœuvre de l'État français pour équilibrer son budget se réduit comme peau de chagrin.
Aujourd'hui, il ne s'agit pas uniquement de facteurs économiques et financiers, mais aussi du facteur politique qui alimente la méfiance des investisseurs. A quelques mois de la présidentielle de 2027, l’incertitude plane sur la crédibilité financière du pays.
Et, tandis que les marchés s'interrogent sur la capacité de la France à corriger ses déséquilibres, une autre question demeure : jusqu'où la Banque centrale européenne serait -elle réellement prête à aller pour prévenir une éventuelle crise de la dette française ?
Sur ce registre, l'économiste Paul Krugman, lauréat du prix Nobel, note que la France est passée du statut de « trop grande pour faire faillite » à celui de « trop grande pour être renflouée ».
La Commission européenne , et plus précisément le commissaire aux Affaires économiques, Valdis Dombrovskis, a appelé jeudi dernier, lors de la réunion de l'Eurogroupe, les gouvernements à faire preuve de « prudence budgétaire », c'est-à-dire à maîtriser les dépenses publiques. Un concept lié à la prime de risque.
« Ces dernières semaines, nous avons constaté une hausse des taux d'intérêt sur les marchés mondiaux de la dette souveraine et un élargissement des écarts de taux au sein de la zone euro (en référence à la prime de risque). La prudence budgétaire est de mise », a déclaré le commissaire Valdis Dombrovskis
La prime de risque mesure l'écart entre le taux d'intérêt qu'un pays paie pour emprunter à dix ans et le taux proposé par l'Allemagne pour émettre une dette de même échéance. L'obligation allemande sert de référence dans la zone euro en raison de la sécurité et de la liquidité que lui attribuent traditionnellement les investisseurs : elle est, en quelque sorte, la référence absolue.
Plus l'écart entre les deux est important, plus il est coûteux pour un pays d'emprunter par rapport à l'Allemagne, car le marché exige un taux d'intérêt plus élevé pour compenser ce risque. Or, ces dernières semaines, les spreads de plusieurs économies européennes se sont creusés, mais un pays retient particulièrement l'attention des investisseurs : la France.
Cette tension se répercute sur le marché obligataire français. Le taux d'intérêt que l'État français doit payer pour émettre sa dette a grimpé à 4,99 %, son plus haut niveau depuis 2002 , creusant l'écart avec l'obligation allemande à 146 points de base.
Le plus inquiétant ? « Les experts soulignent que les indicateurs techniques ne permettent pas de penser que nous ayons déjà atteint un pic », avertit Jakob Lichwa , gérant de portefeuille chez 24 AM ( une boutique du groupe Vontobel ). Autrement dit, le taux pourrait encore augmenter, même s'il s'agit de niveaux jamais vus depuis les pires années de la crise financière mondiale de 2008.