Par Hanane Ben
La question de la provenance des œuvres, qu’elles proviennent de spoliations, de vols ou de contextes coloniaux a été encore une fois soulevée par un reportage sur Franceinfo sur les moyens qu’ont les musées pour vérifier la provenance d’œuvres spoliées.
Émilie Salaberry, directrice des musées d’Angoulême, a présenté une collection de 3 200 œuvres offerte dans les années 1930 par un médecin charentais. Ce don, réalisé au cœur de l’apogée colonial français, interroge aujourd’hui la légitimité de ces acquisitions.
«Comment peut-on rassembler autant d’objets sans quitter la France à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ?», s’est questionnée la directrice des musées d’Angoulême, qui dit avoir «toujours été interpellée» par la manière dont ce médecin de La Rochefoucauld et donateur de 3 200 pièces au musée dans les années 30, «a pu acquérir autant d’œuvres, alors que c ‘est un homme qui n’a jamais voyagé».
La responsable du musée cite un exemple frappant : un collier d’amulettes typique d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb, dont la légitimité d’acquisition fait sérieusement douter. Pour elle, ce collier, exhumé d’une tombe d’un cimetière par un lieutenant, fut offert au médecin – fait attesté par un courrier récemment découvert
«Ce collier aurait été extrait d’une tombe dans le cimetière de Sétif par un lieutenant qui en fait don au docteur Lhomme. Ceci est tracé dans un courrier qu’on a découvert il y a peu de temps», a-t-elle révélé, quasi certaine que le pillage de ce collier a été fait durant la colonisation française de l’Algérie.
Depuis 2017, dans une revendication globale et persistante, l’Algérie exige la restitution de biens culturels et historiques spécifiques spoliés (1830-1962), dont les crânes de résistants, archives, armes et œuvres d’art. Malgré 24 crânes remis en 2020, Paris invoque «l’inaliénabilité des collections publiques» et le statut de «prises de guerre légitimes» pour bloquer les transferts massifs.
L’examen parlementaire en cours de la loi sur les œuvres pillées durant la colonisation pourrait accélérer les demandes de restitution des biens extra-européens. L’Algérie récupérera-t-elle tous ses biens spoliés ? A suivre de près donc.