Par Hanane Ben
À 24 heures du voyage historique des souverains espagnols dans les deux enclaves de Ceuta et Melilla, la tension reste palpable entre l'Espagne et son voisin marocain. Entre les alertes d'un syndicat de police dénonçant une crise migratoire incontrôlée et la vive réaction du régime de Rabat, la visite du roi Felipe VI et de la reine Letizia intervient dans un climat socio-politique particulièrement électrique.
Les médias ibériques mettent à nu la fracture béante entre le discours rassurant du gouvernement espagnol et la réalité explosive du terrain. Alors que l'Exécutif crie victoire après l'évacuation des grands campements, le syndicat de police SUP fait voler en éclats cette vitrine institutionnelle. En vérité, jusqu'à 18 000 migrants s'entassent toujours à Ceuta, dont des milliers de clandestins invisibles réduits à se cacher dans la ville. L'opération d'évacuation n'a été qu'un ravalement de façade précipité pour préserver les apparences devant la couronne, condamnant les habitants à une insécurité constante et poussant des milliers d'exilés vers une précarité extrême.
Mais au-delà du fiasco migratoire, la crise a failli basculer dans le défi militaire. Selon les révélations d' El País, des navires de guerre de la Marine royale marocaine ont délibérément violé les eaux territoriales de Ceuta durant l'été, frôlant l'affrontement direct avec la Marine espagnole envoyée en urgence pour dissuader l'intrus. Cette provocation navale coordonnée, révélatrice d'une posture agressive de Rabat, a poussé Felipe VI à convoquer en urgence son État-major en tenue de combat, réaffirmant le rôle pivot de la Couronne face à cette menace sécuritaire inédite.
Face à cette démonstration de force espagnole et à l'approche de la visite royale, le régime de Rabat s'enferme désormais dans un dilemme stratégique. Prises au piège entre leurs revendications territoriales et leurs intérêts politiques à Madrid, le régime de Rabat cherche la riposte adéquate sans pour autant commettre d'impair. Si les médias proches du palais royal multiplient les invectives qualifiant la visite de « provocation », une surréaction risquerait de discréditer davantage le royaume voyou du Maroc sur la scène internationale à l'approche de la Coupe du monde 2030.
Selon les médias espagnols, le régime de Rabat craint par-dessus tout d'offrir une tribune aux conservateurs espagnols à la veille des élections. Satisfait des concessions inédites accordées par Pedro Sanchez — qui a préféré désavouer ses propres services de renseignement plutôt que d'incriminer le Maroc —, le pouvoir marocain multiplie soudainement les gestes de coopération à la frontière pour consolider le bilan du gouvernement sortant. Faute de pouvoir frapper fort sans compromettre son allié à La Moncloa, Rabat s'oriente vers des protestations de façade, réservant ses coups de pression pour l'éventuelle arrivée de la droite au pouvoir.
En définitive, le régime de Rabat s'obstine à jouer les puissances régionales et à vouloir faire peur à l'Espagne, mais la réalité rattrape rapidement ce royaume voyou. Ne tenant que par le rôle de proxy que lui confèrent les États-Unis et l’entité sioniste pour servir leurs propres intérêts, le royaume alaouite se bombe le torse face à Madrid tout en restant incapable d'offrir un avenir à sa population. Réduit à des provocations de façade et à des calculs électoraux basiques, ce pays proxy montre surtout qu'il est pris au piège de ses propres contradictions.