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March 7, 2026

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Wittgenstein et la stigmatisation de la langue Arabe en France.

Ludwig Wittgenstein fut peut-être le philosophe le plus énigmatique du XXe siècle et parmi les plus ardus à lire. Cette injonction, qui clôt son tractatus logico-philosophicus (édit.Gallimard, 1961) a des résonances quelques peu mystiques. Et pourtant, elle parachève un ouvrage qui se présente comme un traité de logique.

Par Mohamed Belhoucine*

« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire ».

L.Wittgenstein (1889-1951) Tractatus logico-philosophicus Gallimard, 1961, &7, p.107

Ludwig Wittgenstein fut peut-être le philosophe le plus énigmatique du XXe siècle et parmi les plus ardus à lire. Cette injonction, qui clôt son tractatus logico-philosophicus (édit.Gallimard, 1961) a des résonances quelques peu mystiques. Et pourtant, elle parachève un ouvrage qui se présente comme un traité de logique.

C’est que Wittgenstein distingue radicalement les énoncés qui prétendent décrire le monde et ceux qui expriment des valeurs. Les premiers, tels les énoncés scientifiques, sont soumis à des règles strictes de construction afin de décrire des états de choses possibles. Ils peuvent être vrais ou faux. Les seconds, en revanche, n’ont aucune valeur de vérité, car ils ne correspondent à rien de réel.

Les jugements moraux, par exemple, ne décrivent pas les caractéristiques du Bien puisque celui-ci n’est pas un objet du monde. Ils manifestent plutôt ma volonté de donner telle ou telle forme à ma vie. A mi-distance de Karl Popper, Wittgenstein conclut que ces jugements sont donc des pseudo-énoncés : ils tentent d’exprimer quelque chose mais ne peuvent, par nature, jamais rien «ne dire » de la réalité.

Pour autant, le philosophe autrichien ne condamne nullement l’éthique ou les questions existentielles, qui demeurent fondamentales à ses yeux. Il revendique seulement, au nom de la rigueur philosophique, le silence sur l’ineffable (l’inexprimable). Puisque le langage ne doit pas violer les règles qui permettent de faire sens, il ne reste qu’à se taire sur ce dont on ne peut parler. Ce qui vaut également pour son propre ouvrage, lequel se conclut sur une sorte d’autodestruction terminale.

En nous inspirons de ce concept, la langue Arabe et son enseignement légitime aux 6 millions de jeunes d’origine Arabe vivants en France, est devenu un thème ineffable (inexprimable, tout le monde le tait) dans tous les cénacles de la République Française, des gardiens du temple aux politiques, de l’extrême gauche à la droite éclairée.

In concreto, c’est la seconde langue de France. Elle est usitée dans les familles, dans les cages d’escaliers, dans les quartiers. Elle domine dans les banlieues, dans les prisons. Pourtant, elle n’est pas enseignée à l’école primaire, elle est marginalisée au lycée, elle est réservée à une élite à l’université. L’arabe en France est la langue aux deux extrêmes soit celle des sous-scolarisés et ou celle des savants. 

L’éducation nationale la considère comme une langue étrangère alors qu’elle fait partie intégrante du patrimoine culturel de 8 millions de français. Pire, elle est poussée au rang de langue liturgique ou savante au même titre que le breton, le provençal, le chti ou le patois berrichon.

Un boulevard pour les intégristes qui proclament : “pour savoir l’arabe, apprenez le Coran !’’ : Un pétard à mèche lente pour le FN qui va un jour se pencher sur les ELCO et autres aberrations du système éducatif français.

Sacralisée ou bougnoulisée, dans le narratif officiel, cette langue n’est ni un facteur de valorisation ni une promesse d’ascension sociale. Pas de TV française publique en arabe (sauf quelques heures sur France 24 qui émet surtout à destination de l’étranger pour aliéner le monde et masquer la connivence de l’occident en Syrie avec Daesh et les takfiristes), à quelques rares exceptions il n’y a pas de radio laïque sur la bande FM ! La plus forte audience, Radio Orient (financée par Hariri et l’Arabie Saoudite, et la présence permanente de prêcheurs makhzanis marocains) lance cinq fois par jour l’appel à la prière ! Le PAF (Paysage Audiovisuel Français), son équivalent en arabe c’est 400 chaînes satellitaires parfaitement débilitantes, dés-identitaires et aliénantes.

Le Français arabophone absorbe insidieusement la « vision » des monarchies et des dictatures orientales dépravées et moyenâgeuses ou la propagande woke et sioniste du makhzen marocain. Il devient malgré lui « concerné » par des préoccupations étrangères à sa nation. Il est défrancisé à son insu. Il est « conditionné » à se passionner pour « Guingamp-Sochaux » alors qu’au fond de lui-même il vibrerait plutôt pour « Algérie- et le reste du monde ».

L’espace culturel : édition, presse écrite, publicité, spectacles est inexistant ou importé parcimonieusement sous l’œil vigilant de la DCRI, me confit mon libraire aguerri Franco-Syrien. L’Institut du Monde Arabe est trop souvent une vitrine bucolique des arts islamiques ou une exposition photos de quelques Oasis perdus entre Timimoune et Samarkand, alors qu’elle devrait être la maison de la langue et peut-être essaimer sur le territoire français, mais le principal verrous sont les gardiens du temple, les recteurs d’académie ces sentinelles qui sous injonctions de l’Etat profond français refusent d’octroyer des classes pour enseigner la langue Arabe dans les écoles et les lycées sous couvert de faux prétextes, arguties et contournements savamment calculés.

La langue Arabe fait peur à la France, fille ainée de l’église, depuis les croisades jusqu’à la colonisation de l’Algérie, rude concurrente, elle n’a cessé de la combattre avec acharnement y compris sur son dernier carré, l’Hexagone et Mayotte (peut-être aussi la Nouvelle Calédonie vu que les Algéro-caldoches, il leur était interdit de donner des prénoms arabo-musulmans à leurs enfants).

Quel sera le paysage linguistique dans 20 ans ? Cette langue dite « morte » dans le mental ignorant et les aprioris coloniaux toujours vivaces, aura alors une audience unique au contenu sacralisé incontrôlable. On ne dira plus « Bonjour » mais « que tu sois béni de Dieu et de ses apôtres ». On ne saura plus dire « au revoir » (ila lika) mais « Dieu est avec toi » Toutes les phrases seront ponctuées de bondieuseries (des faux dévots).

Cette dérive de la langue, je l’observe personnellement depuis 20 ans dans le monde arabe (depuis la déliquescence des régimes nationalistes et progressistes arabes : Irak, Yémen, Syrie et dans une moindre mesure Tunisie, Algérie, Liban). Il s’en ressent une mainmise du dogme sur la pensée et sur le comportement quotidien d’une partie de la population française (que nos jeunes beurs suivent aveuglement sans connaitre un mot d’Arabe ni même la simple Sourat El Fatiha, l’ouverture pour toutes nos cinq prières quotidiennes).

Est-il possible d’être Français et penser Voltaire, Kant, Heidegger, Russel ou Vialatte en langue arabe et être musulman ? La réponse est oui indubitablement, liée à l’extrême richesse sémantique et syntaxique de la langue Arabe, supérieure aux langues latines et anglo-saxonne de parole d’un grand linguiste moscovite, l’Arabe est un vecteur de pensée comme toutes les langues, en réalité sa sacralisation et sa régression à la mode du 14ème siècle ne lui permet plus d’aborder avec neutralité les concepts républicains de la France d’aujourd’hui.

Alors que la langue Arabe est tout à fait étrangère à cette sacro-bondieuserie.

L’éducation nationale française n’a pas anticipé le mouvement, elle est aujourd’hui dépassée. Pourtant Paris a produit bien plus de savants dans cette langue que la plupart des pays arabes. Pour l’establishment inculte, l’Arabe est devenu la langue des terroristes.

Dans l’administration, son apprentissage est encouragé seulement dans la police, l’armée pour les futurs espions, les services de renseignements (l’institut d’études politiques de Paris, réservoir de recrutement des étudiants pour la DGSE), ou pour vendre les parfums LVMH à Alger ou Dubai, et chez les gardiens de prisons.

Laisser une langue devenir l’arme d’un mouvement de pensée c’est prendre le risque d’une fragmentation politique disait le grand idéologue colonial Ernest Renan.

Tenter d’éradiquer son usage par la suspicion et la répression, c’est précipiter le mouvement car on ne tait pas une langue adossée à une grande religion, l’Islam, Arnold Toynbee le spécialiste des civilisations universelles l’a démontré.

*Docteur en Physiques et DEA en économie 

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